Alger - A la une

Le pouvoir recule mais ne cède pas



Dixième vendredi de mobilisation. Le mouvement populaire ne s'essouffle pas. Il se nourrit, au contraire, au fil des semaines au rythme des annonces faites par les actuels tenants du pouvoir. S'il donne le sentiment de faire des concessions, il ne cède pas sur l'essentiel : le départ effectif du régime. La rue l'a bien compris, le chemin risque d'être encore plus long que prévu. Le bilan de dix semaines de contestation se résume pour l'heure au départ de Bouteflika et à l'annulation du cinquième mandat qu'il espérait briguer.Nawal Imès - Alger (Le Soir) - Ceux qui tablent sur l'essoufflement du mouvement populaire ont pu, ce vendredi encore, prendre la mesure du degré d'engagement des millions d'Algériens. D'une seule voix , ils continuent de réclamer le départ du système, tout le système. Cette revendication est déjà vieille de plus de dix semaines.
Depuis le 22 février dernier, l'exigence est la même, intransigeante et implacable. Les Algériens exigent la fin d'un système et ils savent désormais que la marche risque d'être longue. Plus de deux mois après le début du processus révolutionnaire, un bilan s'impose. Qu'est-ce que la mobilisation citoyenne a-t-elle pu arracher '. Incontestablement, le départ de Bouteflika est à mettre à l'actif de ces millions d'Algériens sortis dans les rues crier leur refus d'un cinquième mandat que d'aucuns qualifiaient d'inéluctable. Les relais du système, ses partis satellitaires l'avaient même présenté comme la seule et unique issue possible.
Le peuple a dans sa majorité tranché sans avoir à passer par des urnes bourrées : pas de cinquième mandat, avait entonné à l'unisson le peuple.
L'ancien Président avait tenté de manœuvrer en proposant une prolongation déguisée de son mandat. L'entourage de l'ex-président a bien tenté de faire la promotion du projet mais la réponse du peuple a été sans appel.
Le 3 avril, après plus d'un mois de mobilisation, le président de la République a été forcé à la démission. Le chef de l'état-major ne lui a visiblement pas laissé de choix. Il avait estimé inévitable l'application de l'article 102. La nouvelle du départ de Bouteflika a rapidement pris des allures de désillusion. Lucide, le peuple n'a pas laissé exploser sa joie. AprÈs 20 ans d'un règne sans partage, Bouteflika s'en allait laissant derrière lui un système indéboulonnable. La rue l'avait bien compris. Le vendredi suivant son départ de la tête de l'Etat, les revendications populaires étaient une fois de plus rappelées. Le peuple avait alors pris acte du départ de Bouteflika et de l'annulation de l'élection présidentielle mais restait sur sa faim. Le système qu'il honnit était toujours en place.
Le dégagisme est alors devenu plus qu'une revendication, une exigence urgente. Depuis, les solutions proposées par les tenants actuels du pouvoir sont systématiquement rejetées. C'était le cas lors de la nomination du gouvernement avec à sa tête une figure de l'ancien système. Idem pour le chef de l'Etat actuel. En prenant les rênes, le chef de l'état-major force les Algériens à n'entrevoir les prémices d'une sortie de crise que par le prisme de l'article 102. Ce dernier à lui seul ne pouvait répondre à une attente populaire qui se fait pressante. Les solutions purement constitutionnelles ont montré leurs limites. Le plan de sortie proposé actuellement et devant être couronné par une élection présidentielle organisée par ceux-là mêmes qui, des années durant, ont falsifié les résultats des élections. De l'aveu même des magistrats, habilités à encadrer les rendez-vous électoraux, les textes de loi actuels ne permettent pas d'organsiner des élections libres et honnêtes. Dans une énième tentative de détourner l'attention de la rue de ses objectifs, c'est cette fois la justice qui est actionnée pour instruire des dossiers liés à la corruption. Des noms sont jetés en pâture, des hommes d'affaires croupissent en prison.
La justice s'accélère au moment où la rue répond ce vendredi en exigeant, une fois de plus, que soit jugée toute « la bande » à leur tête le frère de l'ex-Président. La rue refuse un simulacre de justice et exige que cette dernière s'applique à tous sans règlements de comptes.
En ce dixième vendredi, les millions d'Algériens ne se laissent pas duper par les départs en cascade annoncées du P-dg de Sonatrach, du wali d'Alger ou du P-dg de la Résidence d'Etat du Club-des-Pins. Hier encore, ils ont profité de l'espace public qu'ils se sont réapproprié, fait preuve, une fois de plus, d'une prise de conscience sans perdre de vue que la route risque d'être encore longue face à un pouvoir bien décidé à ne pas céder sur l'essentiel : sa propre survie.
N. I.
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