Les Algériens ont marché de nouveau par millions, hier, pour le 10e vendredi consécutif. La mobilisation n'a pas faibli. Mieux, hier, il y avait plus de rigueur et d'engagement avec des slogans plus poussés.Karim Aimeur - Alger (Le Soir) - Mais, au-delà de cette mobilisation, une question se pose : quelle issue à cette crise et quel avenir pour le mouvement qui a mis en échec tous les plans du système politique pour se maintenir ' Faut-il le structurer ' Comment et avec qui ' Faut-il le laisser perdurer et accompagner un plan de sortie de crise en maintenant la mobilisation jusqu'à la satisfaction des revendications '
La solution constitutionnelle, avec l'application stricte de l'article 102 de la Constitution, s'éloigne de plus en plus, d'abord en raison du rejet massif du peuple puis à cause du temps qui passe et qui n'offre plus la possibilité aux tenants du changement de façade pour man?uvrer.
La solution est donc politique. Mais comment l'envisager avec un mouvement horizontal qui n'accepte pour le moment aucune tutelle, y compris celle de l'armée ' Mokrane est banquier. Chaque vendredi, il est au centre d'Alger pour participer à la marche. Il estime que le moment est venu pour structurer le mouvement, le doter de représentants et d'un plan de sortie de crise.
« Il faut que le mouvement dégage des représentants dans chaque wilaya. Un nouveau chef de l'Etat sera désigné par les délégués. Il faut former par la suite un gouvernement de transition et entamer tout de suite après la transition. Ce processus aboutira à l'organisation de l'élection présidentielle afin d'élire un Président légitime et clore la transition par des élections législatives et locales », détaille-t-il.
Mais avant cela, notre interlocuteur estime que tous les facteurs de blocage doivent sauter. Dans ce sens, il soutient que le chef d'état-major de l'armée est un facteur de blocage au même titre que le chef de l'Etat et doivent céder au plus vite et pacifiquement.
Mais cette issue peut buter sur un problème sérieux, selon Mokrane. « Le pouvoir est dangereux. Il peut corrompre et soudoyer les représentants du peuple et avorter le mouvement. Il ne faut pas oublier ce qui s'est passé en Kabylie en 2001 », a-t-il expliqué.
Salah A. est médecin. Lui aussi est mobilisé depuis le 22 février. Après 10 semaines de contestation, il plaide pour la désignation de représentants du mouvement en vue de le structurer.
« Mais il faut d'abord que les figures du système partent », a-t-il précisé. Pour lui, ces représentants, issus du mouvement, doivent être intègres et crédibles et dont le CV ne comporte aucune fonction officielle.
« Ils vont établir une feuille de route, qui réponde aux aspirations du peuple et l'imposer. Le peuple doit rester mobilisé et accompagner l'exécution de cette feuille de route en maintenant les manifestations jusqu'à l'aboutissement de ses revendications », a-t-il soutenu.
D'autres manifestants ont d'autres idées, dont certaines sont partagées par des partis politiques de l'opposition.
C'est le cas de Hocine, avocat, habitué aux marches. A ses yeux, il serait nécessaire, pour sortir indemne de la crise, de mettre en place un conseil présidentiel de 5 à 8 membres pour gérer la période de transition. Ce conseil présidentiel sera désigné en même temps qu'un gouvernement de transition qui gérera les affaires courantes jusqu'à l'organisation des élections.
Brahim, commerçant, a une autre idée. « Il faut laisser le peuple poursuivre son mouvement. Il est en train de se réapproprier le domaine politique. Une fois mûri, il faudra refonder la classe politique car celle d'aujourd'hui est en déphasage avec le peuple. Aucun parti n'a des leaders au niveau des différentes régions. Ce qui est grave », a-t-il dit.
Parmi toutes les personnes interrogées, aucune n'a évoqué un quelconque rôle politique de l'armée.
Elles ont tous insisté que l'institution militaire doit se suffire d'accompagner la transition en protégeant son processus.
K. A.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim Aimeur
Source : www.lesoirdalgerie.com