Et si chacun se regardait dans la glace?
Peut-être ne viendra-t-il jamais le temps où nous serons arrivés à une situation où chaque acteur, toutes colorations politiques confondues, et tous niveaux de responsabilités occupés, se permettra d’interpeller sa conscience et dans son intime conviction, en se posant la question de savoir s’il est assez compétent à exercer sa mission dans le sens d’une contribution décisive à la réalisation de l’intérêt général, c’est-à-dire sortir le pays de la crise multiforme. Quand bien même qu’il ne se sache pas capable d’y contribuer, qu’au moins il se dise s’il n’est pas en train d’empêcher quelqu’un d’autre d’y contribuer. On a trop souvent incriminé ce qu’on appelle le système qui survit depuis des décennies, on lui a fait tout porter sur le dos et c’est en partie valable, mais, tout de même, il y a les hommes qui ont leur part de responsabilité. Celle-ci peut, parfois, être négative comme elle peut être positive. Il est impossible de dire que tous ont «fauté», que tous ont failli. C’est bien parce que ce ne sont pas tous qui ont failli qu’il y a quand même un Etat, même s’il est arrivé que des hommes, au pouvoir, ont travaillé à l’affaiblissement de l’Etat. Il est vrai qu’il y en a qui ne sont pas à leur place, si on se rappelle de la phrase d’un ancien président de la République, à savoir «l’homme qu’il faut à la place qu’il faut». Peut-être que si réellement chacun était à sa place, si chacun reconnaissait qu’il serait ou ne serait pas rentable au poste qu’il occupe ou qu’il est appelé à occuper, cela serait mieux pour le pays. Il est encore vrai que si on en avait tenu compte depuis très longtemps, l’économie aurait décollé. En tout cas, elle serait mieux qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il est vrai que si on en avait tenu compte, il n’y aurait pas eu la violence qu’on a connue, en tout cas pas avec cette intensité, pas dans cette ampleur. Peut-être que si le processus de démocratisation avait été initié depuis très longtemps, depuis le début, depuis que des Algériens avaient eu l’occasion d’être au pouvoir en étant maîtres de la décision nationale, il n’y aurait pas eu tant d’intolérance, tant de haine portée par des Algériens à l’égard d’autres Algériens. Une haine exprimée par des rivières de sang.
Avec des «si», dit-on, on reconstruirait le monde, mais des «si» peuvent constituer une prise de conscience, juste pour se convaincre que tout n’est pas foutu, qu’on peut recommencer, qu’il est possible d’instaurer des légitimités qui ne seront jamais remises en cause, car, quand une légitimité est mise en doute, plus rien de bien ne pourra être fait.
Rochdi Ould Yahia
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com