Alger - Revue de Presse

Le Makhzen embarrassé par les prédictions sur les législatives de demain



Et si les islamistes marocains sortent victorieux... Les élections législatives marocaines débuteront demain vendredi, et les prédictions, à défaut de sondages fiables, accréditent le parti de la justice et du développement (PJD) d’un très «bon score». Par très bon score, il s’agit, en fait, bel et bien, d’une victoire des islamistes à ces législatives. Ce qui n’est pas de très bon augure pour le pouvoir de Mohamed VI au moment où celui-ci présente le Maroc comme un pays progressiste ayant engagé une lutte sans merci contre l’extrémisme islamiste et son corollaire le terrorisme. Ses «amis» occidentaux risquent, au cas où ces projections se concrétisent, de voir le royaume chérifien d’un tout autre œil.Le PJD est dès lors présenté, par les médias, marocains d’abord, comme un parti islamiste, certes, mais modéré n’ayant aucune commune mesure avec les islamistes qui font peur. Déjà le coup de semonce avait été tiré en 2002, lorsque le PJD avait réussi à rafler 42 sièges sur les 325 devenant, du coup, le premier parti d’opposition, et ce, malgré le taux moyen de participation de 52% derrière le parti de l’Istiqlal et l’Union socialiste des Forces populaires (USFP), membres de la coalition gouvernementale. Le PJD avait accepté, en 2002, de ne pas présenter de candidats dans toutes les circonscriptions. Cinq ans après, il devrait faire mieux, bien que le Makhzen, inquiet de sa montée en puissance, ait remanié au printemps les circonscriptions pour limiter la victoire attendue du parti islamiste. Les causes qui motiveraient une éventuelle victoire de ce parti sont d’ordres économique et social. En effet, la croissance économique enregistrée par le Maroc -de l’ordre de 8,1% l’année dernière- ne profite pas à tout le peuple mais plutôt à une minorité. Ajouté à cela le fait que 11% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté en plus d’un taux de chômage de près de 15%, le discours usé des islamistes accroche à tous les coups en plus du fait de la technique qu’ils utilisent et qui est d’une efficacité redoutable : l’infiltration de toute la société. En effet, il n’est pas rare d’entendre des témoignages faisant la gloire du PJD parce qu’il assiste les plus démunis là où précisément le gouvernement a échoué. Un sondage réalisé en 2006 par l’International Republican Institute (IRI, basé à Washington et proche des républicains américains) a abondamment commenté une éventuelle victoire de ce parti car, selon lui, 47% des Marocains soutiendraient le PJD. Jusqu’ici, le Makhzen avait fait le choix d’accepter le PJD: à la différence du reste des islamistes marocains, ce dernier reconnaît l’autorité de Mohammed VI. En 2007, le PJD a fait campagne sur des thèmes imparables: lutte contre la mauvaise gouvernance et la corruption, rationalisation de la bureaucratie, réorganisation du système éducatif pour l’adapter aux besoins économiques... Si l’Islam est son inspiration, le PJD se veut moderniste, comme son modèle, l’AKP turc, mais rien ne dit que la brèche ne sera pas ouverte pour des extrémistes comme Al-Adl Wal Ihssane de cheikh Abdeslam Yassine qui n’attendent qu’une légère baisse de vigilance pour mettre à exécution leurs plans. Les analystes notent également que le PJD a mis la pédale douce ces dernières années, après les attentats de Casablanca en 2003 qui ont fait 45 morts. Même si on est loin du scénario de l’ex-FIS qui a mis à feu et à sang l’Algérie dans la décennie 90, cette donne a de quoi inquiéter en dépit du fait que le pouvoir suprême revient au roi qui désigne un Premier ministre de son choix. On n’en est pas encore là, les électeurs marocains livreront leur verdict demain.
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