Alger - Revue de Presse

Le fordisme, c'est pour les voitures et pour la «démocratie»



Ily a quelque chose d'amusant dans ce chassé-croisé de définition de la souve raineté entrel'ambassade US à Alger et le gouvernement algérien, déclaré officiellement trèssourcilleux. Intéressés par l'exportation, la surveillance et l'élevage desdémocraties périphériques comme politique sécuritaire, souci économique etdésir d'expansion, les Américains suivent de près les évolutions des moeursdans bon nombre de pays arabes. Le suivi se fait selon des règles d'intérêtsqui n'ont jamais été discrètes et avec des calculs variables et des critèresextensibles selon les nécessités du moment. Personne ne s'en cache et tout lemonde s'y plie. La seule marge de manoeuvre permise pour les pays faibles étantdans l'habillage de cet interventionnisme, les façons de le vendre à leursopinions « maison » ou de le couvrir avec des discours d'indépendance et desouveraineté non négociable oralement.Réaménagerune constitution, fermer une démocratie ou baliser une alternance n'étant plusune affaire interne pour l'Algérie ou pour d'autres pays du genre, la questiondu 3ème mandat pour Bouteflika et la « correction »de la loi fondamentale ne pouvaient pas ne pas intéresser la première puissancedu monde. L'Algérie possédant trop de pétrole, trop d'islamistes et trop deterritoires, sa politique interne n'est plus une politique interne mais unecuisine internationale, ou au moins régionale. Voir l'ambassadeur US « inviter» des partis algériens à s'exprimer puisqu'ils ne peuvent le faire à haute voixchez eux, à l'ENTV ou même dans la presse, allaitpresque de soi. Du coup, on ne pouvait plus s'intéresser qu'à la curiosité quepouvait être la réaction algérienne. Celle-ci sera tardive puis brusquementalambiquée. Le chef du gouvernement trouvera même une curieuse façon de lefaire: il invitera « nos partis », selon sonexpression tendre, à ne pas aller à l'ambassade et, indirectement, par la voied'un journal, l'ambassadeur US à ne pas trop en faire. Peuplade rusée et trèsconsciente des rapports de force, on s'imagine un peu ce que vaut, au taux dechange politique, la mise en garde algérienne et son poids, même en vrac. Siles Américains ne sont pas encore chez nous comme en Irak, nous sommes presquetous chez eux puisque le monde leur appartient. Et croire que cette simplecrispation musculaire nerveuse peut sauver la face, c'est croire pouvoirchanger son monde en montrant les dents. Cela vaut ce que vaut cette faussenégociation algéro-américaine sur les détenusalgériens de Guantanamo. Mais même là, la « souveraineté » ne sera pas sauve etpeut à peine être considérée comme une monnaie d'échange ou une réponse polie àl'ambassadeur US à Alger. La partie algérienne est allée les recompter endéclarant poser la condition de ses propres tribunaux pour juger des cas, etpas traiter une offre de sous-traitance pour débarrasser la démocratie US del'un de ses cadavres illégaux.Ondevine tous cependant ce que valent nos « manières » et nos verdicts aux yeuxdes Américains. Bien sûr, il faut défendre son pays, son territoire et sasouveraineté, que l'on soit un simple piéton ou un officiel désigné, mais lesrègles de politesse envers l'intelligence de ses concitoyens voudraient qu'onne nous raconte pas des histoires, ou qu'on le fasse bien. Depuis Saddam, noussavons tous ce que valent un pays et son territoire et nous avons suffisammentfait de ce pays un bien vacant international et un butin en attente du plusfort, pour venir aujourd'hui répéter qu'on peut taper sur les doigts d'unambassadeur des Puissances pour croire et faire croire que nous sommestotalement libres. Ceux qui nous gouvernent, du Golfe à l'Océan et du pipelineau caniveau, n'ont pas tous les mains propres, les dossiers vierges et lescomptes sains pour pouvoir échapper soit au protectorat, soi à la tutelle, soià l'agrément. Dans presque tous les pays arabes, les « propriétaires» ont unjour ou l'autre volé, trahi, frappé, tué ou fraudé, et ils sont tous coupablesde dictatures, de petits arrangements et de gros larcins pour échapper à lamenace, au chantage et se réclamer d'une véritable indépendance ou d'unepossible souveraineté.Lorsqu'onn'a pas une armée forte, on peut compter parfois sur la force de sa démocratie.Lorsqu'on n'a pas les deux, il faut parfois se taire et se contenter de baisserla tête en levant les yeux. Quant aux étrangers, il faut les supporter pourencore trois ou quatre siècles, le temps d'un changement climatique majeur. Cesont eux qui tiennent les clefs de ces fameux placards où les nôtres cachentleurs squelettes.
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