Les candidats attendent la décision de Bouteflika
En dehors de Moussa Touati et de Abdallah Djaballah qui ont annoncé des candidatures peu solides, l’écrasante majorité des candidats potentiels attend le dénouement du suspense quant à la révision constitutionnelle. Pour eux, une seule question se pose: la Présidentielle de 2009 se fera-t-elle avec ou sans Bouteflika?
C’est la première fois dans l’histoire du pluralisme politique en Algérie qu’une présidentielle suscite si peu d’engouement. Contrairement à celles de 1995, de 1999 et de 2004 qui furent de grands moments de la vie nationale et qui furent vécues avec une grande intensité, la Présidentielle à venir semble constituer un sujet de second plan, autant pour la classe politique, les médias que la population elle-même, tant la majeure partie de l’opinion nationale et une partie de l’opinion internationale sont convaincues qu’il n’y aura aucune surprise: Abdelaziz Bouteflika sera bel et bien le président de la République en 2009 et donc réélu pour un troisième mandat.
Le poids de cette hypothèse est si fort d’ailleurs qu’elle a fini par revêtir un effet repoussoir et créer un sentiment de découragement, pour ne pas dire de résignation, chez les candidats potentiels, les «présidentiables» comme on les appelle qui doivent, tous, penser que la révision de la constitution dans le sens de la levée de la limitation des mandats équivaut à une présidentielle jouée d’avance. En d’autres termes, si Abdelaziz Bouteflika réussit à faire sauter le verrou constitutionnel, c’est qu’il bénéficie d’un consensus politique sur sa personne qui soit en même temps suffisant pour qu’il reste au pouvoir pour les cinq ans à venir. Dans cette optique, les candidats qui auraient souhaité se présenter comme alternative au président sortant -et les deux élections de 1999 et de 2004 ont démontré qu’ils étaient assez nombreux- doivent être convaincus que participer alors à la Présidentielle de 2009 reviendrait, pour paraphraser Ahmed Benbitour, à «servir de lièvre» à Abdelaziz Bouteflika.
L’on note, jusque-là, les candidatures de Moussa Touati et de Abdallah Djaballah. Mais que valent l’un et l’autre? Le président du FNA est à la tête d’un parti que l’Alliance présidentielle classe dans la case des petits partis, comme on l’a vu lors des élections locales de novembre 2007. Cela, d’autant plus que le FNA n’a pas réédité, en 2007, son score des législatives de 2002, à l’issue desquelles il s’est distingué comme le troisième parti de la mouvance nationaliste aux côtés du FLN et du RND. Mais son manque d’endurance, le peu d’originalité de son programme et «la très mauvaise communication de son président», pour reprendre les termes d’un observateur de la scène politique, rendent improbables la solidité de la candidature de Moussa Touati. Ce dernier devait, en toute logique, se poser en candidat opposé à Abdelaziz Bouteflika, puisqu’il s’était déclaré contre la révision de la constitution et, en tous cas, pour un régime parlementaire et non présidentiel. Ce qui devait, et ce serait la cohérence même, l’inciter plutôt à boycotter l’élection au cas où une révision de la constitution aurait été faite préalablement.
Il n’y a pas que la candidature de Moussa Touati qui soit discutable. Celle de Abdallah Djaballah aussi. L’ex-président d’El Islah n’a plus de troupes et on ne le voit même plus sur la scène politique. Sa décision d’aller à la Présidentielle, exprimée fin 2007, semble plutôt tenir de l’offre de service adressée à qui de droit, afin de bénéficier de meilleures chances de récupérer le parti qu’il a créé et dont il a été exclu après un marathon judiciaire inachevé.
Hamrouche, Sadi, Soltani et les autres
Mais deux candidats déclarés seulement à moins de sept mois de la Présidentielle, est-ce politiquement normal? Est-ce que cela se passe ainsi dans la majorité des pays du monde? Ce qui est clair, c’est que les annonces faites par MM. Touati et Djaballah n’ont eu aucun effet d’entraînement sur les autres «présidentiables».
Le fait est que la campagne et la pression faites par le FLN, alors que l’actuel locataire d’El Mouradia ne s’est même pas prononcé, ont été telles que tout le monde préfère finalement attendre la décision de Abdelaziz Bouteflika. Que celui-ci décide de modifier la Constitution et de se représenter et, alors, la messe serait dite. Qu’il prenne tout le monde à contre-pied et décide de ne pas aller plus loin dans la conduite des affaires du pays, l’on assistera alors à une profusion des ambitions les plus cachées. Les plus évidentes sont certainement celles de Mouloud Hamrouche qui semble déjà bénéficier du soutien du FFS et d’une partie du FLN encore fidèle à Abdelhamid Mehri, de Saïd Sadi qui ne s’est pas exprimé mais a appelé à des mesures contre la fraude, de Abou Djerra Soltani qui verrait ainsi l’unique moyen de sauver sa carrière politique ou encore d’autres auxquels on ne pense même pas.
En revanche, la question qui se pose est de savoir si, dans le cas d’une révision de la constitution et si alors, comme l’a dit Abdelaziz Belkhadem, Bouteflika ne subit plus aucune exclusion, les candidats seront-ils suffisamment nombreux et assez crédibles ? En effet, à quelle présidentielle devrions-nous assister? Ce problème, à lui seul, peut expliquer pourquoi la révision de la Constitution est aussi problématique pour son initiateur, dans la mesure où sa mise en œuvre ne doit en aucun cas déteindre sur la crédibilité de la présidentielle. Ce serait-là un revers insupportable et que la sagesse politique recommande à tout prix d’éviter, quand on tient une élection qui rend confortable tout le mandat à venir. Cette double nécessité, qui n’est rien moins qu’un dilemme complexe, peut expliquer pourquoi le président de la République (si telle est son intention), prend tout son temps avant de modifier la Loi fondamentale. Car, en dehors de cela, il semble que toutes les conditions pour y procéder semblent plus que jamais réunies. A moins que ce soit, justement, parce que le Président a pris sa décision qu’il n’a donc aucune raison de se presser. On peut même avancer qu’il est davantage dans son intérêt de reculer le plus possible la révision de la Constitution afin que l’illusion qu’elle n’aura pas lieu puisse encourager un maximum de candidatures déclarées!
Amine B.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com