Deux poids, trois mesures?
Benbouzid -et c’est déjà méritoire- a mis 4.000 logements à la disposition d’en-seignants désirant dispenser le savoir dans dix wilayas du Sud défavorisées. Et même si le ministre ne précise pas si les logements seront cédés aux enseignants dans le cadre d’une opération particulière dont a le secret le Gouvernement, ou si les postulants connaîtront le même sort que leurs 24 confrères vacataires qui ont été «remerciés» de la manière que l’on sait, posséder un toit une trentaine d’années durant est déjà rassurant. C’est, d’ailleurs, la moyenne nécessaire pour en obtenir un après avoir déposé un dossier complet auprès de cinq ou six agences compétentes. Si, bien sûr, on n’a pas raté un train ou si, par hasard, l’ordinateur a bogué juste au moment où le tour du bénéficiaire est arrivé. Le mieux aurait été de céder -avec acte de propriété, pour éviter toute surprise- ces fameuses carottes pour fixer des milliers de familles. Zerhouni aurait été d’accord pour affirmer qu’il s’agit-là de la plus intelligente des façons de peupler ce Sud. Peut-être que, par jeu de visites familiales, arrivera-t-on à faire, enfin, connaître aux Algériens leur propre pays?
Benbouzid ne dit pas si les candidats à cet espace, où il fait très tôt 40° à l’ombre au moment où au Nord on porte encore des manteaux, auront un doublement de salaire, voire un triplement; s’ils auront une prime de logement de 5 millions -même si le ministère leur en offre un dans des conditions douteuse- car il faut bien le meubler, et l’on imagine mal un enseignant se permettre un déménagement Alger-Tam ou Oran-Timimoun avec ce que lui permet sa paie revalorisée. Benbouzid ne précise pas, non plus, si ces enseignants auront une prime de restauration de 4 briques ou s’ils devront se mettre à la datte locale et au lait de chamelle. Idem pour le transport, les risques de piqûres de scorpion, le manque de loisirs, l’adaptation, l’obligation de pointer chaque matin que Dieu fait dans une école en terre rouge et d’affronter une cohorte d’enfants prédisposés aux mauvais résultats puisque tous les examens -de la 6ème au bac en passant par le BEM- ont prouvé que les Sudistes sont des «tarés» ou presque. De mémoire d’Algériens, d’ailleurs, on n’a jamais vu le président remettre son prix à un lycéen de Bordj Badji Mokhtar ou d’Adrar parce qu’ayant réussi la prouesse de damer le pion à un camarade de Lotfi ou de Pasteur et se classer 1er au bac qui est pourtant une session nationale. On aurait pu continuer à citer d’autres contraintes qui attendent ces futurs battants, à qui on suspend une carotte éphémère. La liste aurait été trop longue et aurait pu décourager les vaillants candidats à aller connaître leur pays profond sous une forme de service national qui ne dit pas son nom. On aurait pu, au moins, pour faire bonne mesure, obliger les députés et sénateurs à assister à toutes les séances parlementaires, leur supprimer ce droit de voter par procuration car au moment de la paie chacun perçoit son salaire sans donner de procuration à quiconque. On aurait pu, également, obliger les députés à exercer dans leurs circonscriptions pour être à l’écoute de ceux qui leur ont permis de s’octroyer des salaires de rêves en travaillant -mis bout à bout- quinze ou vingt jours par an. On aurait pu choisir un restaurant -un peu plus sélect que ceux de Meïdet Ramadhan- cela aurait coûté beaucoup moins cher. On aurait pu tout, on n’aurait jamais découragé les candidats à la députation.
De toutes les façons, et dans tous les pays du monde, il n’existe pas un député ou un sénateur qui paie ce qu’il consomme puisque ce ne seront pas les «bienfaiteurs» qui manquent. On comprend pourquoi les enseignants sont de plus en plus nombreux sur les listes lors des législatives. Ne croyez surtout pas qu’ils le font pour l’argent ou les privilèges. L’Etat se charge de réaliser tous leurs fantasmes. Et l’Etat est certainement plus généreux que Benbouzid.
Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com