Alger - Revue de Presse

La déprime des Algériens devant les étals «ça brûle, ça brûle...!»



Le pouvoir d'achat des Algériens est rudement malmené, les chiffres de l'Office national des statistiques le confirment. Dans les marchés, les ménagères oscillent entre déprime et exaspération. C'est un marché, dans un quartier populaire de la capitale, réputé pour sa «rahma» pour les petites bourses et où l'on vient en voiture aussi pour s'approvisionner moins cher. Le «gardien des voitures», un personnage haut en couleurs, qui connaît les ressorts intimes de son marché, annonce la couleur: «ça brûle, mon frère, ça brûle!» Ça brûle, en effet, et au troisième degré. Devant les étals, les clients balançaient entre l'abattement et l'exaspération, les réflexions indignées à l'égard de la «houkouma» se terminant par un long soupir: «mais comment font les familles qui n'ont qu'un seul salaire?». C'est le gardien du marché, absolument incollable sur tout, qui donne la réponse: «Elles peuvent se rabattent sur la pomme de terre qui est tombée à 35 DA, mais attention, elles ne doivent pas en faire des frites car l'huile est bouillante. Ce qu'elles peuvent faire, c'est de la patate bouillie, c'est ce qu'il y a de plus abordable». Les détaillants jurent, la main sur le coeur, que leur marge n'a pas augmenté avec cette flambée généralisée et qu'ils ont même eu tendance à la réduire. «Nos clients ne sont pas des riches, on en tient compte...» Mais le «marché des pauvres» a de la peine, désormais, à tenir sa petite réputation face à la spirale des hausses des prix. Les marchands ont renoncé à proposer de la banane car elle coûte 160 DA au prix de gros. «Même si on la vendait à ce prix, c'est beaucoup trop», explique un marchand avec un regard dépité sur les courgettes, bien belles, mais qui sont justement vendues à 160 DA le kg. Un prix de Ramadhan qui a tendance à durer. C'était, hier, le jour de la courgette, ou plutôt du commentaire sur «el-kerâa», devenue, aux yeux des ménagères outrées, le symbole de ce qui ne va plus. «Ils nous tuent!», s'écrie une femme dont le couffin est resté presque vide après avoir fait plusieurs fois le tour des étals. Les marchands comme les clients approuvent. Il n'y avait pas besoin d'explication pour savoir que «ils», désigne les gens du gouvernement et que les discussions codées entre Ahmed Ouyahia et certains de ses anciens ministres, toujours en place, ont l'air de se dérouler sur la planète Mars. Au marché des légumes -les fruits, devenant un trop grand luxe-, le crédit des responsables est aussi mince que le pouvoir d'achat littéralement assommé par la hausse des prix des produits de large consommation. Une situation confirmée par les chiffres de l'Office national des statistiques qui fait état, selon l'agence de presse APS, d'un rythme d'inflation de 3,5% au cours des 11 derniers mois, porté essentiellement par les fortes hausses des produits alimentaires. Le chiffre pour toute l'année atteindrait 3,8% . PAS DE FRITES, MAIS DES PATATES BOUILLIES
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