«10 000 tonnes/jour de farine hors circuit officiel»
«Les boulangers de l’Oranie sont les plus touchés par les fluctuations intempestives des prix de la farine. Durant l’année dernière et chaque semaine, une boulangerie baissait son rideau à Oran.
La proximité des frontières marocaines en est la cause majeure. Autrement dit, la contrebande maffieuse de la farine vers le Maroc est un fléau qui annihile toutes les volontés étatiques relatives au maintien de l’équilibre dans le marché. «Notre subsistance est également menacée» a déclaré, hier, le responsable du bureau d’Oran du Comité National des Boulangers (CNB). A posteriori, les temps sont propices à exagérer le moindre frémissement du marché du pain. Autrement dit, tous les facteurs de la «crise» du pain -comme la qualifient certains- sont exagérés et récupérés par divers protagonistes et même par ceux de la sphère du pouvoir. Bref, il est à rappeler que les subventions de l’Etat algérien pour maintenir le prix de la baguette à hauteur 7,5 DA (les boulangers cèdent la baguette à 8,50 DA), prodiguent chaque année, plus de 55 milliards de dinars. Cette enveloppe déjà faramineuse pourrait augmenter encore plus, les années prochaines, si on prend en considération l’essor des prix dans les marchés mondiaux, relèvent plusieurs observateurs.
Le prix de cession de la tonne de farine aux boulangers est fixé par décret exécutif à hauteur de 2.000 DA. Pour les minotiers, le prix du grain de blé fixé par l’OAIC, varie entre 1200 et 1300 DA la tonne. Les boulangers oranais ont déclaré que le prix de la farine a atteint 2050 DA, plus le prix du timbre de la taxe estimé à 120 DA.
Certains, ont même avancé qu’ils ont acheté la tonne de farine au prix de 2200 DA. Les spéculations sont un secret de Polichinelle. Par ailleurs, il faut savoir que le prix du blé a fait un bond exponentiel de 140 Dollars la tonne en 2005, pour atteindre les 450 dollars, à la fin de l’année dernière. Selon la DCP Oran, plus de 500 registres de commerce de boulangeries sont inscrits. Il faut compter, également, une dizaine de boulangeries traditionnelles qui sont enregistrées à la Chambre de l’Artisanat et la Direction des PME/PMI et de l’artisanat. Quant aux besoins quotidiens en farine de la wilaya d’Oran, ils sont estimés à hauteur de 14.000 tonnes/jour, par la DCP. Par contre, notre interlocuteur du CNB récuse l’estimation de la DCP et la qualifie «d’extravagante». «L’approvisionnement en farine pour toutes les boulangeries oranaises, ne dépasse guère les 3.000 tonnes/jour……disons 5.000, pas plus «, a déclaré le porte-parole du CNB d’Oran. En extrapolant, 10 000 tonnes subventionnées à coups de milliers de milliards par les caisses de l’Etat véhiculent par le circuit informel: une partie assez importante disparaît dans la nature via les mailles des frontières Ouest et une autre plus infime, approvisionne le marché local de l’informel. L’affaire n’est pas du tout vénielle. «Il faut terminer avec les palabres et les dialogues de sourds. La situation a mis son warning!», Alertera le CNB.
L’essor vertigineux des prix du blé dans les marchés mondiaux a encore accentué l’hémorragie de la farine vers le Maroc. Lors de la réunion d’Alger avec les boulangers et les minotiers, on apprendra que le ministère du commerce s’est tapi dans des supputations technocratiques. Le ministère a été, sans doute, logique dans son arithmétique en avançant que la farine est disponible pour les huit mois à venir, mais la réalité du circuit du blé transcende tous les chiffres et tous les canevas de régulation du ministère. Quant à l’OAIC, il a affirmé que les minotiers sont régulièrement approvisionnés en farine pour le prix moyen de 1200 DA. Enfin, les minotiers et les boulangers n’ont pas été convaincus par les chiffres avancés et se sont accusés mutuellement. Après la levée du monopole de ERIAD, les boulangers déclarent qu’il est impossible de savoir la quantité exacte qui est véhiculée dans le marché, puisque le mode procédural entre les différents agents activant dans le domaine, reste archaïque. Les rencontres organisées, ces derniers jours, entre le Comité des boulangers, les représentants des minotiers, le ministère du commerce et ses satellites de la DCP et des Directions de wilaya, l’OAIC entre autres, cherchent plus un équilibre entre les différents intérêts que la réorganisation du secteur le plus vital de tous. In fine, les boulangers d’Oran sollicitent les responsables de les exonérer de la TVA, surtout celle relevée dans les factures de gaz et électricité.
Benachour Med
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com