Un nouvel acquis pour la lutte antiterroriste
Il vient de tomber l’information qu’il a été, enfin, décidé que le corps de la magistrature algérienne va se doter de juges spécialisés dans l’antiterrorisme. Ce n’est pas trop tôt. Aucun observateur de la situation sécuritaire, et en particulier dans son volet relatif à la lutte contre le terrorisme dans notre pays, n’a manqué de s’interroger sur l’absence de magistrats spécialisés dans ce domaine alors que ce fléau est en train de ravager notre pays depuis plus de quinze ans. Dans ces mêmes colonnes, il a été, plus d’une fois, abordé cette question. Comparativement à toutes les affaires judiciaires qu’a à traiter la justice algérienne, celles liées au terrorisme sont autrement plus complexes du fait qu’au-delà de leur nature de crime organisé qu’elles partagent avec d’autres types de crimes, elles portent une spécificité qui nécessite des juges qui les étudient d’être considérablement outillés. Cet outillage porte, notamment, sur l’idéologie, l’histoire et une connaissance parfaite de l’évolution de l’organisation terroriste. Et ceci indépendamment, évidemment, des lois de la République sur le sujet. A titre d’exemple, tout récemment (début décembre dernier, ndlr), un chef terroriste arrêté en novembre 2005 a été jugé par une cour algérienne. Le magistrat lui a posé la question de savoir pourquoi il ne s’est pas rendu pour bénéficier de la loi sur la Rahma en 1997, la Concorde en 1999 et la Réconciliation en 2001. Pourtant n’importe quel observateur sait que la Rahma date de 1995 et non de 1997 et la Réconciliation à partir de février 2006 (après un référendum qui l’a plébiscitée en octobre 2005) et non en 2001 et qu’à cette date le concerné était déjà arrêté (novembre 2005). Avec des bourdes pareilles, il y va de la crédibilité de la justice algérienne, en plus de la lutte antiterroriste, elle-même, pour laquelle se sont sacrifiés des milliers de nos soldats et policiers. Et, ne parlons pas de l’Histoire, demain.
La lutte contre le terrorisme est, en fait, une guerre qui ne dit pas clairement son nom. Et comme dans toute guerre, le combat ne doit pas s’arrêter à l’aspect militaire, mais s’élargir aux plans, à la fois, intellectuel, juridique, politique, idéologique, médiatique et diplomatique. Jusqu’à présent, mis à part l’existence d’un attirail juridique qui n’est pas toujours adapté à la réalité du phénomène terroriste tel que l’endure le pays, autant dire que les autres aspects de ce combat ont été plutôt négligés. Sinon comment comprendre, par exemple, qu’après plus de 15 ans de terrorisme, l’Université algérienne n’a quasiment rien produit, à l’exception de quelques rares travaux d’étudiants pour leurs diplômes et qui ne sont d’ailleurs jamais accessibles au grand public ou (plus rares encore) certaines «contributions» d’enseignants dans la presse ou sur Internet. Il en est de même sur le plan politique où l’on ne peut s’interroger sur ce qui, par exemple, retient l’Assemblée nationale de se doter d’une «commission» (ou sous-commission) qui s’intéresse de près au phénomène qui pourrait l’amener à proposer des textes de loi pour mieux le cerner. Et tout autant sur le plan diplomatique, ce qui aurait pu faire taire, une fois pour toutes, hier, les partisans du «Qui tue qui?» et aujourd’hui un Ban Ki-Moon de décider une «commission d’enquête indépendante» sur l’attentat kamikaze contre le HCR et le PNUD de décembre dernier à Alger.
La question de «spécialisation» ne se limite, évidemment pas, à ces quelques exemples et devrait, dans le cas de l’Algérie, s’élargir à un nombre considérable de «départements», de la recherche scientifique aux Affaires religieuses en passant par des publications spécialisées, sans négliger les supports culturels et artistiques. A la guerre comme à la guerre. Le terrorisme le sait et le pratique. Au combat contre le terrorisme d’aller plus loin.
Mohamed Issami
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com