La qualité ne peut pas tout garantir
Un président de parti se posait, ré-cemment, la question de savoir «qui commandait en Algérie». Provenant d’un parti d’opposition, ces propos -et la question- pourraient trouver une légitimité aux yeux et des militants et de ceux qui se positionnent dans le même bord. Le propos n’est pas de se faire l’écho d’une association à caractère politique, ni de chercher à amplifier une opinion formulée dans le cadre de la loi, du reste, c’est le rôle de toute opposition que de chercher les failles qui existent dans le «système» afin d’en tirer avantage. D’autant plus que l’échéance présidentielle approche à grands pas et qu’il s’agit d’aller tôt à la chasse aux électeurs. Une autre voix s’était élevée, il y a quelques jours, pour alarmer -et non alerter- l’opinion nationale sur l’état des réserves algériennes en gaz qui ne seraient pas au niveau décrit par les responsables du secteur. S’il est clair que le chef du parti concerné cherchait, sans doute, à s’adresser à des oreilles étrangères «dollarées» parce qu’à ses yeux ils pèsent plus lourd que toute une population rassemblée, l’attitude du gouvernement qui n’a pas répondu l’est beaucoup moins; même si le silence a parfois valeur de gifle.
Le fait est que le chaudron est en ébullition. Entre les grèves sporadiques qui saignent l’économie nationale, déclenchées par les enseignants, les fonctionnaires, et les vétérinaires, des émeutes éclatent et gagnent du terrain. Après Gdyel, c’est au tour de Chlef. Peu importe les motifs qui sont à l’origine de cette ébullition, si la cherté de la vie -ou la baisse du pouvoir d’achat- en est la cause, s’il s’agit de manipulations ou si ce comportement est cyclique dans un pays qui a connu une longue période de violence et qui a produit une génération qui ne sait pas ou qui s’est convaincue qu’il n’y a plus de place aux négociations, si par le langage des pneus brûlés, des édifices publics incendiés, des routes barrées et de l’instauration d’un climat d’insécurité on renverra dos à dos ceux qui sont confortablement assis dans le train, et ceux qui le regardent passer. Des réformes, censées faciliter la vie aux citoyens, sont introduites, mais sur le terrain elles ne font que leur compliquer la vie. L’exemple des remboursements de médicaments est un cas d’espèce. Les assurés qui patientaient quelques heures avant de recevoir leur argent, en faisant la chaîne devant les guichets des caisses, se retrouvent à attendre deux, trois et parfois quatre mois avant de voir la couleur de leur monnaie. Parce que l’administration a décidé de simplifier la vie à des malades, des vieux en majorité, en introduisant le remboursement par CCP. Pour ceux qui ont un compte bancaire, la situation est pire. Tant qu’il s’agit de gamins qui se défoulent sur des trains parce que leurs équipes de foot ont perdu, ou que des villageois manifestent leur colère parce qu’on ne peut pas distribuer un logement à tous les demandeurs, cela pouvait passer. Et l’arrestation de quelques excités calmera les esprits.
Faut-il voir des vieux, des malades et une génération qui a résisté à trois cycles de violence -1985, 1988 et 1992- perdre patience et s’en aller saccager ce que leur permettra de faire encore un état de santé plus très reluisant, pour se décider à enlever le couvercle et voir ce qui se passe dans cette marmite? Ou se féliciter que cette dernière soit de bonne qualité et se convaincre qu’elle est capable de résister à toutes les pressions?
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Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com