Un tapis ça trompe énormément
Le Transport se taille la part du lion dans cette Algérie qui a choisi de prendre le TGV en ce début de millénaire. Dédoublement de voies ferrées, autoroute Est-Ouest, autorails, téléphériques, tramways et métros pour ne citer que les «gros œuvres» de ce gigantesque chantier qui voit déferler des bureaux d’études internationaux, des sociétés étrangères et de la main d’œuvre provenant des cinq continents. Enfin presque, si l’on exceptait les Algériens partis faire le bonheur de pays qui nous envoient leurs troupes pour (re)bâtir notre beau pays.C’est le ministre des Transports qui aura l’honneur d’éclairer notre lanterne et rectifiera ce que colporte la rumeur. Maghlaoui nous apprendra, par exemple, ce qu’est un trolleybus et précisera quelle est la différence qui existe entre ce moyen de locomotion et... le tramway. Pour le ministre, le trolleybus est un mode de transport qui utilise l’électricité comme source d’énergie alors que le tramway est un moyen moderne qui utilise... l’électricité. L’animatrice, l’incorrigible Soraya, rappellera que quelle que soit son appellation, ce moyen existait déjà en Algérie. Les forums de l’ENTV ont appris aux téléspectateurs -les zappeurs ont tort- à décoder les réponses faites par les invités. Les ENTVistes se surprennent à donner un sens inversement phonétique aux propos balancés sur les plateaux pour espérer tomber près de la réalité. Il arrive, souvent, qu’un «non» prenne valeur de «oui» et qu’une information vérifiée sur le terrain se reconvertisse en donnée infondée. Ce qui donne l’impression que le journaliste «radote». La remontrance prend des contours d’accusation qui ne laisse que peu de place à la liberté d’expression. Sauf si le journaliste, sous un faux air coupable, tient bon et qu’il a un «tuyau» increvable. C’est, justement, ce qui est arrivé samedi quand un confrère évoqua les autorails nouvellement acquis, information immédiatement démentie par le ministre qui s’empressera de préciser qu’aucune machine n’a été encore livrée. N’en faisant qu’à sa tête, notre confrère parlera d’un accident survenu entre un des engins «non encore livrés» et un camion près d’une ville de l’Ouest. La collusion dévoilera que l’autorail est fabriqué de... fibres. Confrontation ou parole contre parole? Le ministre reconnaîtra que l’accident a bien eu lieu et que la cause incombait à un Chinois qui conduisait sans permis (!). Le ministre «légitimera» l’accident en invoquant la fatalité et déclarera que tous les autorails ont une devanture à «base de matériau non noble». L’histoire ne dit pas qui du ministre ou du journaliste a remporté la «bataille». En revanche, elle comporte une morale: celle de dire que s’il n’y avait pas eu ce journaliste dans la salle, s’il n’avait pas été tenace, les fidèles ENTVistes continueraient à croire que les autorails sont encore en instance de livraison et que les Chinois sont de «bons» citoyens algériens, respectueux des lois à l’inverse des chauffards locaux.
Le propos n’est pas de relever des contradictions, fussent-elles celles d’un ministre, mais de souligner le rôle de la presse, ce souffre-douleur vers lequel on pointe un doigt accusateur quand on se sent acculé. Les journalistes algériens, qui en sont encore à revendiquer un statut, ne réclament pas la 4ème dimension du pouvoir mais juste le droit de dire, quand ils peuvent le dire. Cela fera un grand bien au pays. Et aux ministres, en premier lieu, car les tapis rouges ça trompe énormément.
Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com