Devancer le choc
Les attentats ont toujours été mal gérés par les médias publics. A chaud particulièrement. Des chiffres sont communiqués ainsi que des images qui seront retransmises par d’autres télévisions qui traiteront différemment, cependant, l’information. Les 22 victimes, dénombrées par le bilan de fin d’après-midi le jour du drame, se transformeront en un bilan assassin donné par une chaîne française qui avancera l’effroyable chiffre de 62 morts. Un écart, indécent, de 40 vies humaines alors qu’un litige autour d’une seule est déjà intolérable. Il n’est pas dit que le bilan définitif n’atteigne pas la soixantaine de victimes, car beaucoup pourraient ne pas survivre à leurs blessures, les jours à venir, mais pour l’heure, l’information balancée par une chaîne qui fidélise plus de téléspectateurs que l’ENTV pose problème et jette une nouvelle fois l’anathème sur la TV nationale qui n’arrive pas à se débarrasser de ses réflexes, attendant que les instructions soient soufflées comme le laissait supposer l’attitude de la présentatrice qui avait la charge de faire la lecture des douloureux événements que vivaient les Algériens. L’émotion, sans doute.
Le Chef du gouvernement a, d’ailleurs, dénoncé ces agences qui donnent des chiffres aussi fantaisistes. Si l’intervention de Belkhadem a rassuré les Algériens de l’intérieur qui tentaient de reconnaître un proche, les yeux rivés sur le petit écran -faute d’accéder à une information réelle ou de suivre sur un site ce qui se passe dans leur capitale- le fait est que l’initiative lui échappe dorénavant: le gouvernement se retrouve en position défensive. Dénoncer ces actes odieux comme l’ont fait spontanément les citoyens -tout comme les partis et la communauté internationale- exprime ce rejet du terrorisme et le caractère irréversible de la réconciliation nationale. Cela ne suffit pas. Il faut aller au fond des choses et montrer aux Algériens ce qu’ils doivent voir: les corps déchiquetés, montrer avec toute la neutralité de la caméra les blessés, pour choquer. Il ne faut plus avoir peur des images. C’est le contraire qu’il faut faire: montrer les images pour faire peur et provoquer ce déclic pour transformer la vigilance en réflexe. Montrer les maisons détruites, les véhicules calcinés et les magasins ravagés. C’est-à-dire faire prendre conscience à ceux qui ne se sentent pas intimement concernés par le drame qu’ils peuvent, eux aussi, se retrouver dépendants de cette médecine algérienne dont on dénonce les performances médiocres, ou cloués dans un hôpital de banlieue sans moyens et sans espoir de redevenir comme avant. Montrer dans toute sa réalité, ce que peut devenir le logement pour lequel ils ont si durement trimés et pour lequel ils ont accepté toutes les humiliations. Montrer, enfin, et bien plus tard, les difficultés quotidiennes que l’on a oubliées et que l’on peut redécouvrir brutalement, le temps d’une explosion. ‘On’ sont ces gens qui n’ont rien à voir avec cette houkouma que le GSPC veut faire baver, mais qui sont ses vraies victimes.
Si nos gouvernants acceptent de montrer à leurs concitoyens l’horreur, et non plus se contenter de la commenter pour eux, ils auront gagné la bataille de l’image et du message. Car le GSPC ne s’embarrasse pas de fioritures. Aussi clair que 1 et 1 font 11. Soit, exactement, la date fétiche d’exécution des attentats.
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Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com