Al-Qaïda au Maghreb n’a pas tout dit
Après deux décennies de terrorisme au quotidien où les manières les plus ignobles de donner la mort ont été utilisées, de la friture des bébés dans une poêle au pneu incendié en camisole autour du corps d’une personne; après près de deux décennies de crimes atroces, des plus traîtres comme la froide exécution d’un policier réglementant la circulation à la ceinture explosive destinée à assassiner un président de la République en plein milieu de la foule venue l’acclamer, en passant par le massacre de populations entières de douars et le véhicule piégé en plein marché dans un quartier populaire, il ne reste plus rien à dire pour s’attarder sur la qualification de la hargne sanguinaire de ceux que rien n’a pu ramener à la raison. Ni la morale religieuse. Ni les appels des oulémas. Ni les offres de toutes les formes de pardon. Ni toutes les politiques de «réconciliation»... Il ne reste plus rien non plus à quiconque de se déterminer dans quel camp il se situe, celui de l’»éradication» pure et simple et totale de ceux qui tirent sur les ambulances ou celui de la «réconciliation» avec eux. S’attaquer à des organismes de l’ONU qui, plus est, sont ceux chargés des problèmes humanitaires comme le HCR à Hydra (Alger) est en tout point équivalent à s’attaquer à une ambulance. Et le GSPC, justement, du temps même qu’il était encore la «zone II» du GIA tout comme après qu’il se soit autonomisé avant même de devenir Al-Qaïda au Maghreb, a déjà tiré en toute connaissance des choses et réellement sur des ambulances (à Boumerdès, Bouira, Tizi-Ouzou et Jijel). S’il était déjà évident et même criard qu’il n’y avait rien à attendre d’une pareille bande de criminels, depuis les attentats d’avant-hier, dont l’un -ciblant théoriquement le Conseil constitutionnel- a ravagé un bus d’étudiants, et l’autre visant l’institution onusienne a frappé les bureaux traitant les questions des Réfugiés, désormais la moindre tentative de taire le plus petit méfait de quiconque de ses membres, fût-il le plus «égaré» d’entre tous du fait de son âge ou de tout autre «circonstance atténuante», ne peut être qu’assimilable à une permissivité de ces actes de lâcheté. Tenter de les minimiser c’est s’en rendre complice.
Non, le mois dernier, le bilan des crimes de l’ex-GSPC n’a pas été, comme présenté par la presse reprenant une agence étrangère, de quatre morts! Il a été de quatre morts, vingt-deux blessés et trente-deux autres actes terroristes qui auraient pu faire un nombre indéterminé de victime, mais heureusement mis en échec par les forces de sécurité. Soit une moyenne de plus d’une tentative d’attentat par jour. Cela veut dire que tout au long du mois de novembre, l’ex-GSPC n’a pas chômé un seul jour. Le mois précédent, octobre, il a cumulé trente-huit actes criminels. Et encore, il ne s’agit que d’un relevé à partir des nouvelles circulant dans la presse nationale qui ne rapporte pas systématiquement toute l’information sécuritaire. S’en tenir à une comptabilité morbide en nombre de morts pour évaluer le degré de gravité qu’Al-Qaïda au Maghreb représente pour le pays, c’est tenter de faire reculer un danger d’une énormité insoupçonnable qui n’a d’égale que la légèreté de l’insouciance en face de l’agenda dont on feint ne pas en deviner les prévisions en terme de destruction. Non, l’ex-GSPC n’est pas en guerre contre les seules forces de sécurité et les symboles de l’Etat. Les étudiants de Ben Aknoun ne portaient pas d’armes dans leur bus pulvérisé jusqu’à la trame, ni encore moins les élèves du collège Chakib Arslane à moins de deux cents mètres du Conseil constitutionnel! Al-Qaïda ne s’est pas installée au Maghreb à travers le GSPC pour atténuer et voir s’estomper le terrorisme qui dure depuis près de deux décennies mais pour repousser le plus loin possible les limites qu’il n’a pu atteindre et pour les dépasser. La nature des attentats observés, commis (ou tentés) depuis une année, en est l’illustration. Et elle n’a pas tout dit jusqu’à présent. Ne nous donnons pas de faux espoirs! Le pire est à venir. A moins de tout remettre à plat. Ce n’est pas la lutte antiterroriste dans sa forme armée qui est en cause mais la perception du terrorisme auquel l’Algérie a à faire face et elle ne pourra jamais en venir à bout en s’appuyant sur les différentes stratégies avec lesquelles elle a essayé de le contrer depuis près de deux décennies.
Mohamed Issami
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com