Cette émigration qui nous dirige
Peu importe ce que se diront Sarkozy et Bouteflika. La teneur des entretiens -politiques et économiques- a été préparée et passée au crible à Paris bien avant la visite du président français, par toute une armée de conseillers et d’experts; tout comme elle le sera à Alger bien après le départ de la délégation hôte. Les retombées de ce voyage ne seront perceptibles qu’après que d’autres -moins voyants, ceux-là- aient été effectués, et que des tests de crédibilité et de fidélité aient été opérés, de part et d’autre. Des ministres, des délégations, des experts, et bien des gens de l’ombre effectueront des allers-retours pour façonner la décision et réguler la vitesse d’exécution de ce qui a été mis en chantier. Affaiblie par une gestion des affaires publiques de la part d’apprentis politiciens propulsés au sommet de l’Etat par des marionnettistes avisés, et offerte en pâture à une opinion -et une tutelle- internationales durant la tragédie nationale, l’Algérie a payé cash son manque de vision stratégique, son alignement inconsidéré et ses batailles diplomatiques dans un monde unipolaire qu’elle n’a pas su voir venir, enfermée comme elle le fut dans des considérations mesquines et revanchardes par des clans qui avaient à l’esprit de sauver leurs intérêts au détriment de ceux de la collectivité, et par dévers, ceux d’une nation qui s’était pourtant taillé une place respectable dans la Communauté. Il est vrai que l’Algérie a besoin de la France, tout comme il est vrai que la France a besoin de l’Algérie, mais il est encore plus important de savoir que d’autres pays sauront nous fournir l’aide dont nous avons besoin. A moindre coût, avec plus de rapidité et avec moins de conditionnalités. Tant que nous avons de l’argent. Affirmer que nos deux pays sont liés par des considérations linguistes, culturelles, et de voisinage pour justifier le choix et la priorité au profit d’Alstom, EDF, Total, Saint-Gobain, Lafarge et d’autres groupes français est tout à fait faux. L’Iran n’a aucune affinité de ce genre avec la Russie, pas plus que le Soudan avec la Chine, la coopération entre ces deux couples n’en a pas pâti. Bien au contraire, en dépit de résolutions similaires à ceux qui ont dévasté l’Irak et fait reculer la Libye, l’Iran qui continue de défier l’Amérique a obtenu un succès retentissant et le Darfour est resté une affaire interne soudanaise. Ni l’Iran, ni le Soudan n’a d’importantes communautés établies en Russie ou en Chine, ce qui n’est pas le cas de l’Algérie qui compte près de 3 millions installés dans l’Hexagone et autant de binationaux assis à cheval sur des intérêts qui détermineront leurs nationalités, au gré des marchés et du nombre de zéros alignés sur et en dessous des tables où les contrats sont signés.
Ceux qui ont suivi le JT de 20 heures et la manière dont avait été couvert, de part et d’autre de la Méditerranée, le premier jour de la visite de Sarkozy, comprendront qu’il n’y aura jamais d’amitié sincère entre les deux pays, que la France considère notre pays comme un DOM-TOM et que la repentance n’est qu’un fantasme éphémère dans la tête d’indigènes reconvertis en caissiers. Le «Sarkozy qui étouffe sous les bises de Bouteflika» balancé ironiquement par la vedette d’une chaîne publique française, au moment où notre président accueillait son hôte, en dit long sur les sentiments -dissimulés ou ouverts- de ceux qui ont refusé d’être liés à nous par un Traité d’amitié.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com