La semaine du Doute
Ramadhan frappe, déjà, à nos por-tes. Depuis le temps que l’on en parle, que les citoyens s’y préparent et que le gouvernement l’appréhende, c’est-à-dire depuis la fin du dernier Ramadhan, il fallait bien qu’il finisse par se manifester! Mois de piété, de ferveur, de concorde et de miséricorde, le mois sacré a été dénaturé. Le f’tour n’est plus cet instant qui met fin à une journée durant laquelle les jeûneurs ont partagé les instants de privations des démunis, les incitant à en rechercher quelques-uns pour les nourrir, et les visites familiales qui scellaient un pardon effaçant l’ardoise des rancoeurs inavouées ne sont qu’un lointain souvenir. Ramadhan a mué. Affaires le jour, et I’bada la nuit. Une espèce de séparation de la foi, qui n’est pas sans rappeler celle des pouvoirs que les Musulmans appliquent mais qu’ils rejettent officiellement.La nuit du doute a été «fixée» à mardi prochain. Les Algériens, cependant, ont douté, doutent et continueront de douter toute la semaine. Aux assurances données par le chef du gouvernement, concernant la baisse des prix de la pomme de terre, les commerçants ont répondu par la hausse d’autres légumes tout aussi recherchés. Les viandes rouges importées font encore l’école buissonnière et ne sont pas prêtes de regagner des étals trop brûlants qui les dégèleront, et les Algériens ne savent plus s’il faut jeûner et faire l’impasse sur l’école ou envoyer les enfants étudier et reporter Ramadhan à plus tard. A la lumière des expériences vécues, les parents préfèrent plutôt jeûner et passer sur le reste. De toutes les façons, avec un diplôme en poche, leurs enfants ne peuvent -au mieux- que devenir de bons et exemplaires citoyens chômeurs. A l’inverse des délinquants, moins instruits, mais qui sont assurés de trouver en prison, gîte et couvert de qualité. Trariss qu’ils sont et droits de l’Homme y veillant. Même le bel optimisme, né de la Bipartite historique, est en train de s’effilocher. Certains doutent de son application et d’autres doutent de vivre jusque-là. La Sixième n’est plus ce qu’elle était, pas plus que le BEF, le BAC ou le diplôme d’ingénieur. Chaque élève doute et personne ne sait quoi passer ou décrocher l’année prochaine. Benbouzid assurera, comme d’habitude, que les livres seront disponibles, ce dont douteront les chefs d’établissements. Certaines taxes vitales pour les consommateurs seront supprimées -on le promet en tout cas- mais provisoirement alors que d’autres, qui enrichiront ceux qui sont déjà riches, le seront définitivement. La seule certitude est que les premières sont encore en projet alors que les autres sont effectives. Seul le ministre de la Solidarité ne doute pas. Ould Abbès sait combien de couffins il va distribuer, et combien d’allocations il va servir aux élèves nécessiteux, en dépit du fait que beaucoup doutent d’en voir la couleur. Ce qui dénote de l’ampleur de la pauvreté et convainc ceux qui doutent encore qu’il n’y a pas de pauvres en Algérie. Hier, pourtant, Ould Abbès a demandé à la presse de ne pas être trop critique. Douterait-il de son objectivité, ou voudrait-il qu’elle passe sous silence les conditions dans lesquelles les Algériens vivront, après Ramadhan, les onze autres mois que compte l’année? Car, et il n’y a pas de doute, il y a une vie malgré le doute.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com