Sassel plage se dégrade
Â
A Sassel plage, la situation se dégrade à vue d’œil. Classée la plus belle du pays en 1996, la station balnéaire est en train d’être dévalorisée par le comportement irresponsable de prétendus estivants qui n’hésitent pas, pour un oui pour un non, à engager d’épiques batailles rangées où des armes blanches les départagent.
La pollution commençant aussi à faire son œuvre et l’insécurité ambiante ont poussé certains de ceux qui ont opté pour Sassel plage à regretter leur choix. Cependant, conscients de cette situation, les pouvoirs publics semblent désormais décidés à y remédier et à faire de Sassel ce havre de paix où il fait bon vivre. Cette prise de conscience, même tardive, est de nature à autoriser tous les espoirs. C’est, du moins, l’impression que nous a laissé la visite que nous avons effectuée avant-hier à cette belle plage, à son sable fin et à son Saint Patron, Sidi Sasseli Mohamed qui, de son mausolée haut perché, continue à scruter l’horizon dans l’attente de jours meilleurs. Installée dans une magnifique crique que surplombe une forêt verdoyante, ce bout de paradis se trouve à 5 km du siège de l’APC de Ouled Boudjemâa, 30 kilomètres au nord d’Aïn Témouchent, chef-lieu de wilaya du même nom, 50 de la ville thermale de Hammam Bouhadjar et 100 de Sidi Bel-Abbès...
Aussitôt arrivés sur les lieux et identifiés par des estivants que mille et une carences empêchent de se reposer et de jouir pleinement de leurs vacances, nous avons été surpris d’entendre dire par de nombreux estivants que le beau site -dont Dieu, dans toute sa Miséricorde, a doté les lieux- se transforme, aussitôt la nuit tombée, en coupe-gorge. Selon nos interlocuteurs, il y a seulement deux jours de cela, un jeune homme a reçu deux coups de poignard qui ont failli le tuer. «Cet acte n’étant pas isolé, nous craignons pour notre sécurité et celle de nos enfants», confie, A.S., un médecin venu se refaire une santé à Sassel mais que l’insécurité ambiante inquiète au plus haut point. Habitué à sauver des vies, ce praticien ne comprend pas pourquoi, pour un oui, pour un non, des énergumènes en viennent à régler leurs petits problèmes à coups d’armes fatales. Cette situation est également dénoncée par la majorité des autres estivants que nous avons approchés et qui se plaignent de la terreur qu’une faune d’ivrognes, de dépravés et de marginaux font régner sur ce qui pouvait être un havre de paix. D’après de nombreux témoignages recueillis sur place, la quiétude des nombreuses familles qui ont jeté leur dévolu sur cette belle plage est très souvent mise à mal par des bandes d’ivrognes qui n’hésitent plus à dicter leur loi aux estivants dont certains ont fui les lieux pour aller dans d’autres sites, à l’évidence, moins gâtés par la nature mais plus sûrs. Le jeune chef d’unité de la gendarmerie nationale qui nous a abordés, ayant été informé de ces doléances, nous a confié qu’il en prenait acte et qu’il s’engageait à ne ménager aucun effort pour assurer l’ordre et la sécurité. Installé depuis peu, assurent des citoyens, le responsable de l’unité ne peut être comptable du désordre et de l’anarchie. Toujours à propos de sécurité, des sources assurent qu’en raison de l’absence de l’autorité de l’Etat, des marginaux se comportent comme en territoire conquis et foulent aux pieds les droits des citoyens, notamment ceux qui ont préféré cette plages à d’autres.
Dégradation du cadre de vie
Concernant le cadre de vie et même si la plage de Sassel continue à être considérée comme l’une des moins polluées, de plus en plus de citoyens se plaignent du rejet directement dans la mer de quantités importantes d’eaux usées qui commencent à menacer sérieusement la qualité de la plage. En effet, la belle plage qu’entourent quelque 200 cabanons et qui s’étend sur près de 800 mètres est par endroits enlaidie par les eaux usées en provenance de constructions récentes dont certaines n’obéissent à aucune règle urbanistique ou éthique. D’autre part, en l’absence d’un réseau d’assainissement fiable, les gens continuent à recourir aux fosses septiques d’où les déversements de saletés dans la mer. Devant ces dangers et très probablement alerté de cette situation et des effets qu’elle pourrait produire sur les lieux et leurs occupants, le secrétaire général de la wilaya d’Aïn Témouchent a, tout récemment, effectué une inspection du site et aurait donné ordre d’y remédier sans plus tarder. Dans cette attente, les responsables de l’association Achourouk que nous avons sollicités, ne sont pas allés par trente-six chemins pour dénoncer les insuffisances. Ainsi, tiennent-ils à faire savoir, les nombreuses carences constatées dans l’éclairage public favorisent l’insécurité et empêchent les gens de se reposer. Cette situation est davantage aggravée, tiennent à signaler nos sources, par la présence de très nombreux vagabonds dont la présence dérange la quiétude des estivants. S’agissant de l’hygiène publique, ces mêmes interlocuteurs se plaignent de l’irrégularité dans le ramassage des ordures ménagères dont la mission est assurée, depuis quatre années, par un privé. Les prestations de ce concessionnaire n’étant pas parfaites, l’APC devrait apporter sa propre contribution à cette œuvre de salubrité publique et d’intérêt général. Concernant l’AEP, ces mêmes interlocuteurs regrettent les trop fréquentes interruptions que l’on dirait programmées et qui favorisent les revendeurs d’eau. A propos de moyens de transport, la liaison, assurent nos sources, avec Hassi El-Ghalla est très irrégulière et se fait dans l’anarchie par quelques Karsan. «Il arrive très souvent que, le soir venu, les gens ne trouvent pas de moyens de locomotion pour rentrer chez eux et sont condamnés à passer la nuit à la belle étoile avec tout ce que cela comporte comme risques pour eux-mêmes et pour autrui». Sur le plan sanitaire, les habitants et les estivants soulèvent l’absence d’une ambulance à Sassel plage ainsi que d’une permanence nocturne. «Ceci n’est pas fait pour encourager les gens à venir à Sassel» confie l’un des plus anciens habitants des lieux qui regrette cette situation. S’agissant des activités de jeunesse, le président de l’association Achourouk déplore l’absence d’infrastructures sportives et d’aires de jeu où la population juvénile peut pratiquer ses sports favoris. Selon certaines indiscrétions, le stade local aurait même été transformé en parking et confié à un concessionnaire.
Un camp de toile au cœur d’une polémique
La plage de Sassel n’étant pas fréquentée par les seuls citoyens de la région, elle est le lieu privilégié de ses fans qui viennent de Bechar, d’Alger et des wilayas les plus reculées. Pour de nombreuses familles, le camp de toile est le point de chute.
Cette infrastructure d’accueil donnée en concession à un privé, soulève problème parmi les habitants de Sassel plage qui avouent ne rien comprendre à ce qui s’y passe. «Je ne comprends pas pourquoi un site géré par un tiers, porte sur le fronton de son accès principal un panneau avec inscription Direction de la Jeunesse et des Sports de la wilaya de Mascara, camp familial et d’échanges de jeunes! De deux choses l’une, ou le camp appartient à une institution publique (la direction de la Jeunesse et des Sports de Mascara en l’occurrence) ou il est donné en concession à un privé», assène un citoyen qui avoue qu’il y aurait «anguille sous roche». Pour les nostalgiques et ceux qui rechercheraient le dépaysement, une kheïma a été installée non loin du dit camp de toile. «Ici, pour quelques dinars, vous pouvez goutter aux mets de notre immense Sahara et déguster au son enchanteur d’une flûte, un verre de thé à la mente comme seuls savent en préparer nos compatriotes du Grand Sud.
Il est loin le temps de la plus belle plage d’Algérie
Ayant vidé leur sac et se sentant mieux soulagés, nos interlocuteurs, dont de hauts cadres venus se ressourcer sur ces beaux rivages, regrettent les temps, pas tellement lointains où cette plage avait remporté, haut la main, le concours de la plus belle plage d’Algérie. C’était en 1996, assurent avec un pincement au cœur ces nostalgiques. «Ce jour-là et pendant plusieurs années, les gens de Sassel ainsi que tous ceux qui portent ce beau cadeau de Dieu dans leurs cœurs n’avaient sur les lèvres que cette belle performance dont ils attendaient les retombées. Malheureusement, pour nous et pour Sassel, les choses ont évolué mais dans le mauvais sens», se lamente l’un des amis de Sassel avant de signaler que «maintenant que le SG de la wilaya s’intéresse de plus près à ce coin paradisiaque, l’espoir en une réhabilitation prochaine est permis. Pour y parvenir, les gens de Sassel et ses innombrables amoureux doivent apporter leur propre contribution à ce sauvetage». Les signes avant-coureurs d’une telle renaissance ne sauraient tarder selon diverses sources, le site tout aussi bien que ceux qui le portent dans leurs cœurs le méritent.
Notre visite à ce coin de paradis ayant fort heureusement coïncidé avec celle que le chef du secteur militaire et responsables des garde-côtes de Béni Saf y ont entreprise ce dimanche pour justement s’enquérir de la situation sécuritaire et endiguer le phénomène de l’émigration clandestine, une autre plaie qui pénalise nos rivages, l’espoir en des jours meilleurs s’en trouve renforcé.
M. Nemili
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com