Alger - Revue de Presse

Dix ans après, l'inflation est de retour en Algérie : la revanche des monétaristes



Hamrouche, Ghozali, Belaïd Abdesslem, Reda Malek, Hamdani, Benbitour, Ouyahia ont tous conditionné, lors de leur passage à la tête du gouvernement, les augmentations des salaires par l'amélioration des capacités de production de l'économie nationale. Depuis un an, cette prudence n'est plus de rigueur. La ménagère constate avec amertume les dégâts sur le pouvoir d'achat de sa bourse. S'actualité sécuritaire de la fin de la semaine passée a fait de l'ombre à un événement pourtant de taille et qui, pris dans son contexte et sous d'autres ceux plus sereins, relève de la stratégie sécuritaire des nations. Mercredi, au lendemain des attentats du 11 décembre, s'est tenu un conseil interministériel consacré à l'examen de la situation du marché national des produits de large consommation. Le gouvernement a reconnu officiellement que malgré la disponibilité des produits dont certains sont toujours subventionnés par l'Etat, les prix affichés sur les étals connaissent une hausse continue. A ce constat, qui est vrai, le gouvernement a initié, lit-on dans le communiqué publié par ses services, une série de mesures réglementaires et administratives. Autrement dit, la dimension économique de cette crise est ramenée, à travers une analyse simple pour ne pas dire simpliste, à une banale affaire de spéculation. Depuis une année, les prix de la semoule, de l'huile, de la pomme de terre, du lait, du concentré de tomate, des oeufs, des loyers du logement, de l'électricité... connaissent des augmentations qui saignent lourdement la bourse des ménages algériens. Dans la précipitation, la mini-crise a été ramenée à des fautes de gestion individuelles commises par certains ministres ayant péché par manque de veille stratégique. Une occasion pour certains de solder leurs comptes avec au moins deux membres du gouvernement. Les dénonciations de certains associations, qui restent légitimes quand elles se limitent à la défense des droits du consommateur, ont été assimilées à des analyses et expertises par les décideurs de la chose économique pris de panique. Des mesures de correction ont été, aussitôt, prises sur certains segments du marché national. C'est le cas, principalement, pour la pomme de terre et le lait où l'Etat providence a essayé de contenir la crise en injectant de l'argent, beaucoup d'argent, pour tenter de diminuer ce qui est qualifié de tension spéculative. Aujourd'hui, plus d'une année après, c'est l'ensemble du panier de la ménagère qui est touché par cette flambée des prix. La courbe de la mercuriale suit une ligne de progression continue. L'augmentation cumulée sur douze mois est à deux chiffres pour l'essentiel du panier. Le phénomène n'a rien d'épisodique. Sur le marché, les ménages, en particulier, et l'ensemble des agents économiques, en général, constatent que cette dérive à la hausse des prix est en train de diminuer, nettement, leur pouvoir d'achat. Plus pratique, avec les 12.000 dinars du SNMG de 2007, on achète moins de produits qu'en 2006. Autrement dit, l'économie algérienne est entrée dans une crise. Pis, selon des économistes, elle vient d'y sombrer à nouveau. C'est l'inflation. En effet, par définition, cette dernière se matérialise par «la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix». Des causes à l'international, des causes monétaires et d'autres à la demande sont avancées pour expliquer ce mal qui recommence à ranger le tissu économique national après un apaisement de plus d'une décennie. Pour certains, le marché national est en train de répercuter les tensions qui sévissent sur les marchés extérieurs. Ces derniers sont vites contredits par le fait que seule l'Algérie, à l'inverse des autres pays du Maghreb, ressent aussi durement ces secousses à l'international. Pour d'autres, on assiste à une création excessive de la monnaie pour répondre aux besoins des hausses salariales au point où on se retrouve avec un volume de la monnaie, injectée dans l'économie nationale, trop important par rapport à la production des biens et services. Enfin, pour la troisième catégorie des observateurs, ce phénomène est la conséquence d'une augmentation de la demande que la production nationale n'est pas en mesure de juguler. Les deux dernières explications apparaissent comme complémentaires. Après le départ de Ouyahia du gouvernement, une batterie de mesures fut prise par le staff de Belkhadem pour donner du lest à la politique de prudence, pour ne pas dire prudentielle, en vigueur depuis 1994. Une stratégie qui a permis au pays, à l'époque, de résister face à la grave crise de déflation 1986-1996. Les responsables à l'époque se trouvaient face à un dilemme. La cohabitation d'une forte inflation et d'une croissance négative de l'économie. Le tout avec des caisses vides incapables de répondre aux besoins de survie de la population. La première et importante décision du nouveau staff fut les augmentations salariales qui ont touché essentiellement les secteurs non productifs. C'est surtout la fonction publique, où émarge d'ailleurs le plus important de la masse salariale du pays, qui en a bénéficié. A l'époque, ces mesures ont été qualifiées, par une grande partie de la population, c'est ce que voulaient faire croire certains partis politiques et syndicats, comme une victoire contre les monétaristes, dont l'ex-chef du gouvernement. Les convictions économiques de ce dernier sont assimilées, ainsi, à tort ou à raison. En fait, tous les chefs de gouvernement depuis Reda Malek ont géré l'économie du pays sur la base de la rigueur monétaire suivant des schémas universellement admis prenant en considération les quelques particularités du macro-environnement algérien. Les séquelles de la crise de 1986 sont toujours présentes au sein de la société pour prendre le moindre risque populiste. Cette prudence ne semble, selon plusieurs économistes, ne plus être de rigueur. Mieux, certains tirent la sonnette d'alarme. «On est en train de booster la croissance par l'inflation», avertissent les uns. Un certain Keynes a sauvé toute l'économie mondiale en recourant à ce procédé, inédit à l'époque, mais ce fut en 1929. Un an après la libération des salaires par la nouvelle équipe à la chefferie du gouvernement, les citoyens constatent qu'ils sont en train de perdre leurs pouvoirs d'achat. Les monétaristes et Ouyahia sont entrain de tirer leur revanche... sur les étals. De plus en plus de citoyens se demandent si au lieu d'augmenter les pécules, il n'était pas plus judicieux d'agir sur la fiscalité et les prix pratiqués par les grandes EPIC, comme Sonelgaz, pour tirer vers le bas la mercuriale. Entre-temps, la crise s'installe et le débat ne fait que commencer. Ce dernier risque d'être biaisé si on n'a pas le courage d'aller jusqu'au bout du diagnostic de la situation. * Economiste - Journaliste-professionnel de Tourisme
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