«Lorsque nous aurons colonisé le pays, il ne restera plus aux Arabes que de tourner en rond comme des cafards drogués dans une bouteille». Raphael Eitan, chef d'état-major des forces de la défense israélienne, New York Times, 14 avril 1983. Dans un article du Quotidien d'Oran paru ce mardi 25 décembre, Djamel B. nous apprend que dans le journal palestinien « Dounia El Watan», des milieux arabes d'Israël mettent en garde contre l'ampleur que risque de prendre «l'engouement» des jeunes Arabes pour l'armée israélienne. Longtemps, il fut reproché à Israël de n'accepter - à quelques exceptions près - que des conscrits juifs. Voilà que le «comité populaire arabe contre le service militaire dans l'armée israélienne», lui reproche d'enrôler des jeunes Palestiniens. Qu'en est-il au juste ? 1. - Qu'Israël soit raciste, ce n'est plus une nouvelle fraîche. Régulièrement, les instances internationales (la Commission et aujourd'hui le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU par exemple) lui infligent condamnation sur condamnation. Tout récemment, le quotidien Le Monde (du L. 10 déc. 2007, 19h07), évoque l'Association israélienne pour les droits civiques (ACRI) qui dénonce dans son rapport annuel, publié le 08 décembre 2007, une montée inquiétante du racisme contre les citoyens arabes au sein de l'Etat hébreu. «L'étude s'appuie sur un sondage réalisé en mars 2007, selon lequel plus des deux tiers des adolescents israéliens interrogés pensent que les Arabes sont «moins intelligents, incultes et violents». Plus d'un tiers de ces jeunes disent avoir peur des Arabes en général. Selon ce même sondage, 50% des Israéliens interrogés affirment qu'ils ne pourraient pas vivre dans le même immeuble que des Arabes, ni laisser un Arabe entrer chez eux, qu'ils ne pourraient pas être ami avec l'un d'eux, ni laisser leurs enfants avoir un ami arabe. La moitié des personnes interrogées pense par ailleurs que l'Etat d'Israël devrait encourager les Arabes israéliens à émigrer. «L'ACRI évoque par ailleurs le constant délit de faciès, dont sont victimes les citoyens arabes, qui les expose à des traitements dégradants dans les aéroports et les lieux publics, ou encore la présentation à la Knesset de projets de loi discriminants, comme celui visant à lier le droit de vote ou celui de recevoir des allocations au fait d'avoir fait son service national». Indéfectiblement soutenu par Washington et - accessoirement - par l'Europe, rien ne peut atteindre Israël. En l'état actuel des rapports de forces qui pourra durer encore quelque temps (mais ça ne durera pas éternellement), il est peu probable que les tractations en cours puissent laisser espérer dans ce domaine le moindre changement. Bien au contraire ! A partir du moment où Israël se fonde racialement dans sa judéité, il est inconcevable qu'il confie sa défense à des non-Juifs. Raciste, sûrement. Incohérent, sûrement pas. Il est vrai que l'image d'un Israël fragile, impuissant, entouré d'un océan de barbarie sanguinaire résolu à sa perte, image destinée à attendrir l'opinion publique mondiale a vécu. La vocation pour la défense de «l'Etat hébreu» se perd aussi : les Juifs des PECO préfèrent l'Amérique au Temple de David. D'où l'idée de recruter des «Arabes» pour les tâches de sécurité subalternes, loin des «frontières» et des technologies militaires de pointe, et consacrer les «troupes les plus motivées» pour là où on casse de l'Arabe, à Ghaza et en Cisjordanie, voire au sud-Liban. Il fallait donc éviter les zones «grises» où l'on prendrait des risques inconsidérés à distinguer le «bon» du «mauvais» Arabe. Les soldats français en Algérie qui usèrent abondamment des supplétifs (qu'ils ont si mal traités par la suite) en liquidèrent bon nombre au cours de diverses opérations, faute de savoir à qui au juste ils avaient affaire. «L'Arabe est si fourbe et si versatile»... L'intox fonctionne dans les deux sens. C'est pire quand c'est de l'auto-intox. Les puissants ne se donnent pas la peine de connaître la langue, les us et coutumes des peuples assujettis. C'est pourquoi ils s'autorisent des «bavures pragmatiques». Dieu reconnaîtra les siens, Albigeois ou pas. De plus, comme il ne s'agit «que» d'Arabes... Les Américains bercés par les illusions que leurs forces aériennes suffiraient à réduire une nation, se retrouvèrent fort dépourvus quand il fallut redescendre sur terre, en Irak. Le Pentagone découvrit qu'il n'avait pas un seul marine capable de parler arabe et de comprendre le monde qu'il venait asservir. Même les Séfarades désapprennent peu à peu l'usage et la maîtrise qu'ils avaient de la langue arabe et des parlers locaux. La puissance se paie de l'ignorance. «Comment font-ils pour se reconnaître entre eux» s'interrogeait sérieusement le troufion de base en débarquant à Diên Biên Phu, la civilisation au bout de sa baïonnette. Tout cela procède d'une logique implacable. 2.- Qu'il y ait des Palestiniens qui fournissent aide et renseignements aux sionistes, rien de bien nouveau sous le soleil noir qui «éclaire» la Palestine depuis 1948. Des ancêtres «respectables» ont vendu leurs terres, avant de vendre leurs frères. Il y a quelque chose d'universel chez les marchands. Tous les Palestiniens qui meurent à Ghaza et en Cisjordanie ne le sont pas du fait de la soldatesque sioniste. Des exécutions sommaires, toutes les guerres et guérillas en produisent. Et les zones «grises» connaissent leurs innocents et leurs dégâts collatéraux. Ce que subissent les Palestiniens depuis si longtemps est abominable. Mais on oublie souvent ce qu'il y a d'abominable et d'atroce dans ces espaces anonymes que les médias n'explorent ni ne voient, là où la souffrance des peuples atteint des sommets dans l'horreur et où ils l'ont parfois tenté d'avoir honte d'être un humain... côté bourreau ou côté victime. C'est peut-être dans ce sens qu'est prescrite au Juif la responsabilité du «Goy». Il arrive aussi au goy - conscient de toute l'humanité dont il se sent peu ou prou responsable - de porter la croix du soldat israélien. Ainsi qu'il peut l'être de ce jeune conscrit à l'ombre de l'étoile de David, dans une campagne dépêchée sous le signe du Talion, qui apprenait à tuer, qui apprenait à s'habituer à tuer, qui s'initiait à domestiquer la mort qu'il infligeait, se confiant avec une naïveté et une candeur rares (Reuters, V. 03/06/2005, 08:56) : «A partir du moment où nous avons su que nous allions les éliminer, nous ne les avons plus considérés comme des êtres humains». Il affirme avoir lui-même porté le coup de grâce à un Palestinien d'une cinquantaine d'années : «C'était la première fois que je tuais et la première fois que je voyais quelqu'un mourir. C'était tout simplement une journée agréable». Cette découverte est du même ordre que celle qui inspirait ce «poilu» dans les tranchées de Verdun écrivant à ses proches : «Je ne veux pas connaître l'Allemand, car le connaissant je ne pourrai plus le tuer». Déshumaniser est ainsi la condition nécessaire dans la guerre pour que la loi qu'impose le Décalogue («Tu ne tueras point») puisse s'appliquer à celui qui donne la mort à son semblable tout en demeurant «humain» (1). La mort est une compagne ordinaire en ces lieux où l'ennemi et le frère changent de figures selon les circonstances et les contraintes. Mais si la misère et l'ignorance portent souvent aux confusions, point de jongleries rhétoriques : le franchissement des lignes se paie du tarif habituel. Nul n'est censé ignorer la loi. La rétrospection historique aide à relativiser, voire à pardonner (à celui qui demande le pardon), mais elle ne justifie rien. Elle permet de comprendre, mais jamais de «comprendre». Libre à la mauvaise conscience française - rattrapée par ses inconséquences - de distribuer médailles et indemnités pour «services rendus». Qu'on n'exige pas cela du peuple algérien. Et il ne suffit pas de susurrer : le gouvernement algérien déborde de harkis, pour tenter de brouiller les lignes et de jouer l'aveugle contre le paralytique. Dans cette affaire d'enrôlement de recrues palestiniennes deux observations s'imposent : On pointe du doigt les jeunes conscrits et on oublie les vieux «collaborateurs» A l'évidence, l'Autorité Palestinienne est devenue, en toute objectivité, l'amie fidèle de l'Etat hébreu. Alors qu'en toute légalité les urnes ont désigné une autre autorité dont la légitimité ne fait aucun doute. Celle de Hamas. Que cela plaise ou non ! (2). Pour preuve : un peuple vertical, assassiné à petit feu sans jamais, sinon aux marges, remettre en cause son choix et renier son vote. Pour le vérifier il suffirait de procéder à un nouveau scrutin dont personne - et pour cause - ne veut entendre parler. «La seule élection démocratique qu'on reconnaît est celle dont on convient à l'avance des résultats», enseignent les promoteurs du feu «Grand Moyen-Orient civilisé» aux apprentis démocrates des marches de l'Empire, qui confondent tactique et stratégie, ruse et intelligence politique. Le malheureux Abbas, préoccupé par l'avenir d'un navire qui fait eau de toutes parts, oublie son cap. Mais il n'est pas seul à perdre de vue l'essentiel. Ainsi en est-il de ces grands «chefs» arabes qui cautionnent, les mêmes qui émargent à Langley depuis si longtemps... piégés entre compromis et compromission. Ces chefs qui portaient la chandelle à Annapolis, arc-boutés maladroitement à une résolution 242 que les sionistes piétinent quotidiennement dans les territoires occupés. Les Israéliens regardent narquois les architectes du «Plan Abdallah bis» et se demandent quand un jour Israël condescendra-t-il à les reconnaître. Aux chefs, on doit aussi joindre les supplétifs de la plume, travaillés au corps lors de leurs séjours «tout compris» parisiens, londoniens, suisses, new-yorkais ou dans de discrètes insularités offshore. Ces pragmatiques de l'économie marchande prompts à vendre ce qu'ils ne produisent pas, ces théoriciens de l'économétrie voués aux «régressions toutes linéaires» et ces doctrinaires d'un monétarisme obsolète qui survivent bien après la mort de M. Friedmann. Toutes ces intelligences attendent l'occasion pour faire avancer la «cause de la paix» et faire durablement reculer la cause de ceux qui ne leur ont jamais confié mandat. On y ajoutera volontiers la cohorte pullulante des experts dont l'incompétence est portée fièrement en bandoulière (en toute circonstance, à la mode dithyrambique en usage en Orient, là où la forme fait office de contenu) et dont l'essentiel des revenus et de la notoriété est continûment indexé sur «la rente». Ces scribouillards du «savoir se vendre» professent l'entomologie politique : persuader un papillon d'entrer dans un bocal pour le faire bouger. C'est bien connu, le poisson pourrit par la tête. Pourquoi s'en prendre aux seuls conscrits ? A mots couverts dans l'article cité ci-dessus, la plus inadmissible infamie est cependant réservée aux femmes : leur imputer à crime leur nature. Ainsi faites pour trahir. Toutes des Mata Hari ! Sans doute pour en limiter l'impact et délimiter le cercle des «coupables faciles», les jeunes filles palestiniennes font - plus que les jeunes hommes - l'objet de mise en garde particulière, signalée à l'attention de l'opinion arabe israélienne, comme si leur recrutement induisait un péril plus fondamental. Le député et membre de la Knesset Abbas Zekkour aurait affirmé dans un entretien sur le site « Al Arabiya.net», que «l'idée même de rejoindre l'armée israélienne, par les jeunes filles arabes, est inacceptable à la fois pour des raisons liées à la religion et à l'identité arabe». N'y aurait-il donc pas de plus pertinentes raisons ? Ce qui est sous-entendu est pire que ce qui est dit : la femme portant traditionnellement un consubstantiel danger à la laisser ainsi hors de portée d'une tutelle, d'un contrôle masculin fiable et moralement irréprochable garant d'une foi intègre et d'une identité intégrale. De plus, si les Palestiniennes avaient des aptitudes à peupler les casernes d'Israël, les Marocaines auraient celles d'espionner en faveur du Mossad. Ainsi lit-on : «Un réseau de 12 femmes agents secrets marocaines, au service du Mossad avait été mis à jour. Les femmes de Sa Majesté travaillaient pour les services secrets israéliens depuis plusieurs années. Ces femmes ont pour cible les dirigeants des pays arabes musulmans, notamment ceux qui ont des positions en faveur du processus de paix en Palestine». Il est entendu que les «dirigeants arabes» en question, qui céderaient à un pareil «chantage sexuel», déclineraient en ces affaires toute responsabilité. Cela va de soi. Comment s'étonner dès lors que les Israéliens reprennent à leur compte de vieilles antiennes et continuent d'exploiter les images d'Epinal : l'Arabe lascive telle que l'a peinte Ingres et le sarrasin voué par nature à la fornication. Ils ont, il est vrai, beaucoup appris de Goebbels, ainsi que le déplorait Martin Buber, au public de New York, Jewish Newsletter, le 02 Juin 1958 : «Quand nous (disciples du Judaïsme prophétique) sommes retournés en Palestine... la majorité des Juifs ont préféré apprendre d'Hitler plutôt que de nous». L'article se termine par cette phrase lapidaire et pour le moins discourtoise, suggérant une tare ontologiquement inacceptable : «... le réservoir d'espionnes n'est pas tari au Maroc». C'est facile de compter les ennemis et les traîtres parmi les cibles commodes, incapables de se défendre. Se prêter à cela, c'est commettre une intolérable iniquité, propre à faire peser sur les plus faibles l'oppression subie par tout un peuple, selon une sorte de gradient victimaire abject. Par ailleurs, les Algériens seraient avisés de se souvenir ou d'apprendre que de nombreuses Algériennes parties avec leurs conjoints palestiniens, naguère coopérants en Algérie, partagent l'ordinaire calvaire de leurs soeurs palestiniennes, précisément à Ghaza (3). Au fond, quand on se regarde un plus attentivement dans la glace du matin, somnolents, les yeux encore embués par les rêves de la veille, on entrevoit rapidement, fugacement, qu'on a tous un peu du rouge au front. Une honte indélébile qu'on a collectivement du mal à regarder bien en face. Vite, alors on ne se toise plus que de profil. Et on cède à la tentation du rhéteur solipsiste, davantage sensible aux effets de réalité qu'aux faits. Depuis des décennies, dans les villes algériennes, il n'y a plus de manifestations populaires d'importance en soutien au peuple palestinien. En 2003, alors que l'Irak était envahi, on interdisait - sous des prétextes sécuritaires fallacieux - des manifestations aux côtés de nos frères irakiens. Au cours de l'été 2006, pendant que le Liban était sous les bombes, l'Algérie évacuait prestement (et efficacement se plaisait-on à clamer) ses ressortissants. Seuls les journalistes avaient pu manifester et sauver ce qui restait... (4). Personne ne se fait d'illusions sur les régimes tunisien, marocain ou égyptien quant à leur accointance complice avec l'Etat hébreu. Il n'empêche ! En juillet et en août 2006, au Maroc, en Tunisie, en Egypte des dizaines de milliers de citoyens manifestaient, solidaires du Liban (5). Pas en Arabie Saoudite, pas en Algérie ! Il est exact que tout au long des années 1990, ses dirigeants en vacances, le peuple algérien était occupé à se suicider. Ça crée des habitudes. Ce qui limite le vrai, ce n'est pas le faux, c'est l'insignifiant. René Thom, Prédire n'est pas expliquer.
Notes (1) En pleine guerre du Liban, devant les victimes civiles affreusement disloquées par les bombardements aériens israéliens, le conseil talmudique des rabbins et des sages de la Torah connus sous le nom de « Yesha», qui représente les colonies juives en Cisjordanie occupée et à Al-Quds, avait statué qu'il est permis, même désirable, de prendre en cible et d'exterminer les civils non-Juifs durant le temps de guerre. Le dernier ordre du conseil, publié par le site internet du journal israélien Yediot Aharonot « Ynetnews», affirmait que « d'après la loi juive, durant un temps de guerre, il n'existe pas de tel terme comme «civils innocents» de l'ennemi». « Toutes les discussions de la moralité chrétienne affaiblissent l'esprit de l'armée et de la nation et nous coûtent en sang de nos soldats et civils», a dit le communiqué (www.palestine-info.cc, 04 août, 2006, 20:18). «Les antisémites veulent que nous recourions à la morale chrétienne tandis que nos ennemis agissent comme des barbares» explique Drori qui accuse l'armée israélienne d'avoir adopté comme sienne la «morale chrétienne». Le rabbin Dov Lior affirmait au nom du Conseil rabbinique des colonies : «Tout ce qui est moralité chrétienne affaiblit le moral de notre armée et de notre nation et coûte la vie à nos soldats et concitoyens». Matthew Wagner, The Jerusalem Post, 21 août 2006. (2) Roland Dumas a été violemment disputé de tous côtés lorsqu'il avait affirmé en pleine guerre du Liban : «Le Hamas est élu et légitime» (Reuters, 16/07/2006, 11h39). (3) Cf. Des Algériennes au coeur de l'Intifadha, Farès Chahine, El Watan, S. 19 janvier 2002. (4) On organisa à la salle Harcha une soirée bien fermée pour un public sage et convenablement compatissant. Elle a «rassemblé ce qui se ressemble», l'avait très justement noté K. Daoud (Quotidien d'Oran du 29 juillet). (5) 70.000 manifestants (selon des sources proches de la sécurité marocaine, plus d'un million selon les organisateurs), brandissant des drapeaux libanais, palestiniens ou du Hezbollah ainsi que des photos du dirigeant du groupe chiite Hassan Nasrallah ont défilé à Casablanca. Un groupe de manifestants s'est arrêté devant la mairie de la plus grande ville marocaine pour brûler des drapeaux israéliens et américains. «Le peuple marocain est sorti dans la rue pour condamner ce complot américo-israélien», a expliqué Moustapha Motassim, du parti Alternative civilisationnelle (Reuters, D. 06/08/2006, 16h26).
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Hadj Ahmed Bey
Source : www.lequotidien-oran.com