Contrairement à nombre de leurs pairs occidentaux qui parlent à
mots couverts, les Canadiens, diplomates et entreprises, ne stressent pas
devant la confirmation du cours «patriotique» de l'économie et nationale. Et
ils le disent à mots ouverts.
C'est devenu presque une tradition. Quand les lois économiques
changent en Algérie, les Canadiens sont pratiquement les seuls à s'exprimer.
Toujours de manière positive alors que les Français ou Allemands, en off en
général, évoquent un «durcissement». Par conviction, par diplomatie ou par
souci de ménager leurs intérêts, les Canadiens ont une appréciation qui ne peut
que plaire au gouvernement algérien. C'est un fait, quand les médias canadiens,
renseignés par les dépêches d'agence, s'affolent au sujet du «nationalisme
économique» en cours, les diplomates canadiens à Alger ou l'entreprise
canadienne la plus en vue en Algérie, SNC Lavalin, développent un discours très
rassurant. Il n'y a pas dans cette attitude que du respect pour la souveraineté
des choix de l'Algérie. Sur le site «Presse canadienne», un analyste qui a
choisi de rester anonyme n'hésite pas à comparer la réorientation de la
politique économique menée ces deux dernières en Algérie avec la «Révolution
tranquille» connue par le Québec dans les années 1960 et qui a été marquée au
plan économique par la nationalisation des sept plus grandes compagnies
hydro-électriques de la province et de les fusionner à Hydro-Québec. «Il y a un
fort vent de nationalisme économique qui souffle sur l'Algérie. Les Algériens
disposent d'importantes ressources naturelles et ils n'en profitent pas
pleinement» souligne l'analyste anonyme. On se souvient qu'après le «choc» de
la LFC 2009 qui a été évoquée – au grand dam des responsables algériens – dans
un jeu de questions orales entre un député et ministre à l'Assemblée nationale
française, l'ambassadeur du Canada en Algérie, M. Patrick Parisot, s'est
singularisé en soulignant que les changements introduits dans les lois sur
l'investissement et le commerce ne gênaient guère les entreprises canadiennes.
Lavalin : «on se situe dans un marché à forte valeur ajoutée»
C'est à nouveau le cas avec la loi de finances complémentaire 2010
dont l'art 55 dispose que les «cahiers des charges des appels d'offres
internationaux doivent prévoir l'obligation, pour les soumissionnaires
étrangers, d'investir dans le cadre d'un partenariat, dans le même domaine
d'activité, avec une entreprise de droit algérien, dont le capital est détenu
majoritairement par des nationaux résidents». La mesure vise à éviter que les
coûteux programmes d'investissement publics ne profitent qu'aux entreprises
étrangères – c'est le grand reproche fait par les opérateurs aux précédents
plans de relance – est présentée par l'agence Reuters comme une nouvelle
restriction aux investissements étrangers. Le géant canadien de l'ingénierie,
SNC Lavalin, qui connaît le terrain algérien, ne s'en inquiète pas outre
mesure. Bruno Picard, vice-président principal au développement des affaires
chez SNC-Lavalin Construction constate dans une déclaration à «Presse
canadienne» qu'il est possible que les «entreprises locales - et c'est le
souhait du gouvernement algérien - obtiennent une plus grand part du gâteau que
dans le passé». Ce souci de faire profiter les entreprises algériennes du
nouveau plan quinquennal de 286 milliards de dollars ne dessert pas, selon lui,
les intérêts de Lavalin. Bruno Picard considère même qu'un renforcement des
entreprises algériennes est un atout pour son entreprise. «Que les entreprises
algériennes soient plus fortes, ça veut dire que c'est encore plus facile pour
nous de travailler avec elles. On se situe dans un marché de haute valeur
ajoutée. Plus nos partenaires locaux sont solides, mieux c'est pour nous.» Il
n'empêche que Lavalin est en attente des modalités de mise en Å“uvre de cette
mesure qui pourrait, «en tant que de besoin», précise la LFC, faire l'objet
d'un arrêté conjoint des ministres des Finances et du Commerce.
Des éclaircissements attendus
Le responsable de Lavalin croit que son entreprise n'aura pas
besoin de constituer une joint-venture pour chaque projet mais qu'une seule
pourra répondre à différents appels d'offres. «On devrait voir comment le
gouvernement algérien va articuler tout ça dans les premiers documents d'appels
d'offres qui vont sortir dans les prochaines semaines pour des grands projets»
a indiqué Bruno Picard qui se dit très optimiste sur la poursuite des affaires
en Algérie. Lavalin, présente depuis des décennies en Algérie, a réalisé des
revenus annuels de 500 millions de dollars au cours des cinq dernières années
en Algérie. «Nous avons un engagement à long terme envers l'Algérie, a-t-il
précisé. (...) On va continuer à s'adapter à ce marché-là comme on l'a fait au
cours des 43 dernières années.» Lavalin n'est pas la seule entreprise
canadienne à se sentir à l'aise en Algérie. L'entreprise d'ingénierie-
construction Dessau (ex-Dessau Soprin) qui a, en cinq ans, multiplié par dix
son chiffre d'affaires en Algérie pour atteindre les 17,5 millions d'euros, a
même fermé ses bureaux en Egypte, en Tunisie et au Maroc pour tout regrouper en
Algérie. Les Canadiens sont décidément à l'aise en Algérie. Et ils le disent.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Oussama Nadjib
Source : www.lequotidien-oran.com