Les quelque trois cents ouvriers de l'unitéde Giplait de Béni-Tamou ont observé un énième arrêt de travail qui a duréplusieurs heures, à la fin de la semaine écoulée. Les raisons de ce débrayage et de ceux quil'ont procédé sont liés à la cession de l'unité qui les emploie pour un prixqu'ils estiment très en deçà de sa valeur, assimilant cette vente à unvéritable bradage de leur outil de travail. Cette unité, dont la mise enservice revient à la fin 1989, est construite à Béni-Tamou, sur une superficiede 6,34 ha et appartient au Groupe Giplait. Employant un peu plus de troiscents personnes, elle produit actuellement 120 000 litres de lait par jour,pour une capacité de 340 000 l, ainsi que les divers dérivés lactés (yaourtsdivers, l'ben, lait caillé et crème dessert) faisant ainsi un chiffred'affaires quotidien compris entre 800 millions et un milliard de centimes parjour. D'après les syndicalistes que nous avons rencontrés, l'unité produit lemeilleur petit-suisse d'Algérie. Malgré tout cela, et dans le cadre de laprivatisation entamée par le gouvernement, cette unité a été proposée à lavente en février 2005. L'entreprise privée Soplait a proposé 68 milliards decentimes et le groupe a donné son accord pour ce montant, mais les ouvrierssont montés au créneau et ont refusé cette cession. En 2006, un autre avis aété lancé dans la presse nationale et trois potentiels repreneurs ont alorsmanifesté leur intérêt. Il s'agit de la société privée Soummam, associée avecune entreprise française (Laclair), ainsi que la société Chebli, et entroisième position les employés, comme leur permettait la loi. Chébli a alorsproposé un prix de 82 milliards et les créances à sa charge. Un accord deprincipe fut donné à sa proposition, mais il ne se manifesta plus quand lepaiement intégral lui fut exigé. Restèrent donc en lice les employés etSoummam. Les employés, toujours selon leur syndicat, ont proposé 100 milliardsde centimes et Soummam 103 milliards dont dix pour les créances del'entreprise. Ce qui fait que le prix qui sera payé pour cette unité ne seraque de 93 milliards». C'est dérisoire, le bâtiment administratif, avec sestrois étages et ses dizaines de bureaux coûte plus cher» nous a confié lesecrétaire général de la section syndicale de l'Unité, qui est aussi directeurde production. Et de continuer: «‘nous ne sommes pas contre la privatisation,mais nous ne voulons pas que notre unité soit bradée de la sorte, pour une sommequi représente à peine le quart de sa valeur réelle». Il nous informa par lasuite qu'il y a à peine quelques mois, une somme de 43 milliards de centimes aété investie dans l'achat de matériel de production neuf, en remplacement decelui qui existait». «Ce matériel est encore neuf, l'investissement, qui n'estpas encore amorti, a été fait avec les bénéfices que nous avons réalisés etdont une partie nous revenait de droit. Nous avons préféré ne pas toucher debénéfices afin de permettre le renouvellement de nombreuses machines etmaintenant, on veut en faire profiter une entreprise privée, pour des raisonsque nous voudrions bien connaître», a repris notre interlocuteur alors qu'ilnous faisait visiter l'usine dont les travailleurs venaient juste de reprendreaprès un débrayage opéré vers 11 heures. Plusieurs ouvriers nous demandèrent defaire parvenir aux autorités leur refus de voir «cet important outil deproduction être bradé pour un prix qui ne représente même pas le tiers de savaleur». Lors de notre tournée en compagnie du directeur de production etd'autres syndicalistes, nous avons pu constater la propreté qui régnait sur leslieux et, surtout le matériel encore neuf utilisé pour la production du lait etde ses dérivés. Après les multiples interventions des travailleurs pourpréserver l'unité, le SGP qui en a la charge ainsi que les responsables dugroupe Giplait auraient promis aux employés qu'une commission de réévaluationdu coût de cession, qui prendrait en compte aussi bien l'unité elle-même queles nouvelles acquisitions dont le prix s'est élevé à 43 milliards de centimes.Mais mardi dernier, au niveau du siège du groupe, on leur fera savoir qu'ilétait impossible de faire une autre réévaluation puisque celle-ci a été opéréeen 2006". Ainsi, tous les travailleurs nous ont réaffirmés leur volonté dene pas céder devant tous ces aléas car, il y va de leur devenir». «Nous sommesprêts à tout pour cela, nous avons proposé un prix de cession et nous voulonsgarder notre unité et si une autre entreprise propose un montant proche de lavaleur réelle de l'usine, nous serons d'accord» fut le message qu'ils semblentvouloir faire passer.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Tahar Mansour
Source : www.lequotidien-oran.com