Alger - Revue de Presse

«Aywouren» en compétition au festival du film arabe: Le Nord et le Sud, selon Tsaki



Avec une demi-douzaine d'acteurs et en l'espace de 80 minutes, Brahim Tsaki a essayé dans son film «Ayrouwen» de traiter des thèmes majeurs: l'amour impossible, les rapports plus qu'ambigus entre le Nord et le Sud et le dépouillement de soi. Le pari n'est pas aisé à relever, d'autant que le désert et accessoirement Paris servent de cadres pour ce film parlant en tamashek (langue touarègue). Pêchant par excès de confiance, le réalisateur a, quelque peu, brouillé les pistes pour le spectateur. Résultat, un film un peu décousu, par moments difficile à suivre et surtout, de temps en temps, on a même l'impression que le réalisateur lui-même perd le fil conducteur de son sujet. Heureusement que la majesté du désert (le grand sud algérien) accroche l'attention du spectateur et l'empêche de sombrer dans l'ennui. Pourtant, le film n'est pas un assemblage de cartes postales s'apparentant à la promotion touristique de cette partie de l'Algérie. Il commence par une engueulade entre une mère et une fille (Mina jouée magistralement par la Franco-Egyptienne El-Misri. Mina retrouve Ameyas l'homme qu'elle aime et qui lui est interdit parce que son frère de lait. Elle sait qu'il a des relations voluptueuses avec d'autres femmes du Nord (l'Europe). Mais elle assume ce fait tant que l'autre est invisible. Jusqu'au moment où la fille d'un étranger habitant le désert apparaît. Mina sent le danger et se résout à se mettre avec un homme plus vieux qu'elle. Mais même cette fois-ci, elle refuse d'offrir son corps. D'ailleurs à ce niveau, on a l'impression que dans le film le réalisateur prend à son compte le cliché de la permissivité apanage du Nord et de l'interdit caractéristique du Sud. Sur le thème de l'amour viennent s'imbriquer d'autres thèmes encore plus graves. Celui du Sud comme décharge des déchets toxiques des pays du Nord. Thème cher à «Green Peace» qui a révélé certains scandales de ce genre. Attaché au désert et surtout affichant son envie de venir en aide à ses habitants, en découvrant d'autres sources d'eau, le père de la nouvelle maîtresse d'Ameyas trompe dans une combine pas nette. La nouvelle source se trouvant dans la montagne dite «maudite» s'avère, en fin de compte, contaminée par les déchets toxiques entreposés quelque part dans cette montagne. Le frère de Mina, un sourd-muet, passant sa vie à ramasser les roses de sable, sera la première victime de cette source. Ameyas, rentré de Paris après le décès de l'infirme, boira, lui aussi, de cette source. Ce qui lui sera fatal par la suite. De tout cet imbroglio, Mina tirera une conclusion lourde de sens: toute aide venant d'ailleurs se traduit, au bout du compte, par une dette à honorer d'une manière ou d'une autre. Ce qu'il faut reconnaître c'est que ce jugement, excessif pour certains, est dénué de tout sentiment de xénophobie. De même, il n'incite, aucunement, au repli sur soi. On reconnaîtra à Tsaki de ne pas avoir cédé à la démagogie bon marché, encore moins à la propension de donner des leçons. De ce côté, «Aywouren» (qui veut dire: il était une fois) est irréprochable.

A une échelle beaucoup plus réduite, cette relation difficile entre le Nord et le Sud, on la relève dans une petite chambre à Paris où Ameyas et sa nouvelle campagne vivent leur intimité.

Découvrant que sa campagne connaît les moindres détails de son existence antérieure, Ameyas lâchera: «toute mon histoire se retrouve chez toi. Mon présent et maintenant mon passé». De son côté, elle constatera qu'elle ne représente qu'un corps pour lui. «Ton âme, elle, appartient à Mina», lance-t-elle en pleurs. Pourtant, dans un élan d'amitié envers sa concurrente, Mina livrera quelques secrets à «l'étrangère» pour conquérir le coeur et le corps de son aimé. Elle lui indique les endroits de son corps qu'elle doit enduire de parfum. Après la maladie et la mort d'Ameyas, le film épouse un autre rythme. Mina revient chez sa mère résignée mais apaisée. Le village perd sa quiétude d'avant. Les vents de sable deviennent plus fréquents. Mina, assumant un peu le rôle de porte-parole de la conscience des siens, réclame ouvertement l'aide des autres. Pendant ce temps, le responsable de la catastrophe se contentera juste de faire son mea culpa à sa fille.

Donc chacun peut avancer sa propre lecture. Une liberté que nous offre Tsaki en contrepartie de celles qu'il s'est permis. En effet, de temps à autre, il y a des séquences qui ne coïncident pas avec le sujet. Celle de quelques enfants confectionnant des jouets avec des bouts de fil de fer, en sont un exemple. Quant à l'apparition de Safy Boutella pendant quelques secondes caressant un piano, elle est à mettre sur le compte du copinage existant entre les deux hommes. Boutella est l'auteur de la musique du film où le chant targui, sous forme de complainte, occupe l'espace scénique.

En fin de compte, ceux qui ont sacrifié leur après-midi du jeudi pour aller voir «Aywouren» à la salle «Le Colisée» ne le regrettent pas.


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