Alger - Revue de Presse

Analyse du jeudi



La «repentance» et la France La visite officielle du chef de l’Etat français a été précédée par une houleuse polémique sur le passé colonial qui a continué à envelopper son déroulement. La réponse la plus juste à la position de Sarkozy, qui admet finalement «l’injustice du système colonial», est sans doute celle venue de notre ministre de l’Intérieur: «Ce n’est pas assez!» Effectivement, il ne s’agit rien d’autre que d’une banale lapalissade de reconnaître ce caractère au colonialisme d’un Etat par un autre. Mieux, il s’agit de la vérité la moins inspirée dans le cas de la France par rapport à l’Algérie. Surtout l’Algérie d’aujourd’hui qui continue de payer au quotidien, depuis le début des années 1990, ce «passé colonial» qu’elle a eu à subir et dont elle ne s’est débarrassée qu’au prix des sacrifices que l’on connaît. Car si, pour la France, ce «passé» s’est définitivement et officiellement achevé avec notre indépendance nationale, les autres ennemis de l’Algérie -qui ne sont pas moins, d’abord et surtout, les ennemis de la France- ont continué et continuent à ce jour de l’accuser d’être toujours présente dans le pays sous une autre forme et de continuer à l’influencer et même de le «gouverner» elle-même par personnes interposées sans donner l’impression qu’elle y est pour quelque chose. C’est ce dont sont convaincus tous les islamistes qui ont versé dans le terrorisme en menant une guerre contre l’Algérie indépendante et son peuple. Déjà, en Afghanistan dans les années 1980, les idéologues et théoriciens du terrorisme islamiste, qui ont pris dans leur nasse les jeunes «volontaires» algériens qu’ils encadraient et qu’ils ont commencé à préparer pour «libérer» l’Algérie, ont cru trouver dans ce «passé colonial» leurs arguments. On en trouve trace dans l’endoctrinement et la formation généreusement dispensée par le Frère musulman palestinien devenu maître à penser des «Afghans arabes», Abdellah Azzam. «A la fin, la France a imposé ce qu’elle voulait. Elle a amené Ben Bella et a joué la comédie en le mettant en détention durant 30 jours avec sa grève de la faim suivie par le monde entier. Et ensuite, elle lui a dit c’est toi le Président de l’Etat qui s’est constitué sur le sang d’un million de martyrs, mais elle lui a dit: ‘’Ecoute, le mot islam et le mot arabe ne doivent pas figurer dans la dénomination de l’Etat -République algérienne démocratique et populaire.’’ C’est ainsi, un nom long comme un bras sans référence à l’arabité, ni à l’islam», écrit Abdellah Azzam dans Introduction à l’exil et la préparation, ouvrage disponible sur Internet. Ce genre de «leçon» des maîtres à penser du terrorisme en Algérie a été bien retenue par ceux qui ont mis l’Algérie à feu et à sang dans les années 1990 qui, selon l’un de leurs chefs de file, en l’occurrence Madani Mezrag, la «tragédie» algérienne n’est ni d’ordre économique, ni le résultat d’une mauvaise gestion, ni le «pourrissement politique», etc. «Mais beaucoup plus que cela. Il s’agit d’un complot de l’ampleur de la calamité que nous vivons aujourd’hui et dont les feux nous brûlent. Un complot dont les fils ont été tressés par le colonialisme haineux et qui a été emmagasiné dans les cœurs de ses valets et ses partisans et mis en application par les communistes qui n’ont jamais souhaité le bien pour l’Algérie. Un complot dont De Gaule a dit ouvertement: «Nous vous laissons l’Algérie maintenant pour qu’elle nous revienne dans trente ans, petite et méprisable avec une génération qui n’a aucun lien avec la révolution (Guerre de libération nationale, ndlr), ni avec l’Histoire, une génération sans culture.» Convaincu de ce «complot», Madani Mezrag est persuadé qu’il «aurait pu se réaliser en faveur de la France et ses valets, si ce n’est la bonté de Dieu envers cette Oumma et Sa sollicitude envers la Terre des martyrs [...], n’étaient ces foules divines (entendre le FIS, ndlr) maudissant l’héritage français satanique et appelant à l’instauration d’un Etat islamique» (Madani Mezrag, Appel au peuple algérien, 1er novembre 1995). Toutes les organisations terroristes qui ont sévi et qui continuent de massacrer en Algérie partagent cette même «conviction» aussi bien de Abdellah Azzam que d’un Madani Mezrag et de tant d’autres. Le «passé colonial» n’est en rien effectivement un passé pour tout le monde. Ceux qui se font assassiner aujourd’hui encore et à longueur d’année par le terrorisme, tombent aussi pour cette raison. Tout le problème est de savoir si la France et Sarkozy en ont conscience.   Mohamed Issami
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