I have a dream, simplifié certes
Les étudiants constantinois étaient curieux de savoir ce qu’avait à leur dire le prési-dent français. Allait-il leur refaire le coup de Chirac, face à leurs homologues de l’université d’Oran ou annoncera-t-il quelque mesure spectaculaire pour éviter des cadavres inutiles en mer? A Constantine, Sarkozy a balancé son discours de lundi sur le colonialisme et ses horreurs par une prudence excessive. Peut-être a-t-il été rappelé à l’ordre par ceux qui lui ont tracé une ligne rouge à ne pas franchir en Algérie, et en Algérie particulièrement? Le discours de Sarkozy a été une réponse claire au ministre des Anciens Moudjahidin. Son réquisitoire contre l’islamophobie, l’injustice et le fanatisme et les louanges chantées à la gloire de l’Emir Abdelkader n’ont pas réussi à taire la contradiction, ce qui lui a valu des sifflets. Sur ce point, au moins, les Constantinois n’ont pas été dupes. Le rêve promis par Sarkozy se confond avec celui de Martin Luther King, sauf que le pasteur américain n’a pas ordonné l’utilisation de Kärcher et s’adressait à son peuple, dans son pays.
Rappelant le sacrifice des 28.000 anciens combattants qui ont aidé la France défaite à briser le joug nazi, l’orateur passera sous silence la manière dont son pays exprima sa «reconnaissance éternelle» en massacrant à Sétif et Guelma ses libérateurs. Une évocation qui méritait mieux que les mots creux dont il se défend. A moins que le président français considère le sacrifice un haut fait d’armes de soldats français, puisqu’il utilisa une terminologie, les anciens combattants, sans jamais qualifier leurs auteurs d’Algériens, même si à cette époque on était des Français malgré nous, pour les privilégiés en tout cas. Sarkozy est, peut-être, animé de bonnes intentions, il n’a cependant pas réussi à éteindre la haine de ceux qui nous ont torturés et massacrés. Pourquoi alors chanter les vertus du pardon et parler de l’héritage du père Christian qui pardonnait à ses égorgeurs leurs gestes barbares à Tibirine, si la France qui désire bâtir un «Commonwealth simplifié» en Méditerranée n’arrive pas à dépasser ses pulsions de tutrice? «L’Algérie ne crie pas vengeance», comme l’a si bien dit Sarkozy, elle demande seulement ce qu’a demandé -et obtenu- Israël. Si le dialogue avec l’Algérie est difficile, comme l’a déclaré à chaud un commentateur français tout juste après la fin du discours, nous dirons que dialoguer avec la France l’est tout autant. Ce n’est pas à celui qui a reçu la gifle, et qui a la joue encore en feu, de faire des concessions, mais l’inverse. Est-il si difficile aux Français de le comprendre? Si De Gaule et Adenauer ont su enterrer les millions de cadavres qui ont jalonné l’histoire du couple qui pilote l’Europe, c’est parce que l’Allemagne a fait son mea culpa, réparé et accepté des troupes françaises sur son sol. Pour la petite histoire, l’Allemand ne répondra jamais en français à un touriste fut-il Français, même s’il maîtrise sa langue. La relation de dominant à dominé que nous propose Sarkozy est calquée sur celle qui existe entre Israéliens et Palestiniens. Il a, d’ailleurs, évoqué le droit d’Israël à l’existence oubliant, sans doute, que ce sont plutôt les Palestiniens qui ont des difficultés à exister. Le rêve que propose Sarkozy est certes généreux et vaut mieux que la déclaration d’ingérence de Mitterrand. Le problème est qu’il ne s’agit que d’un projet. Et en tant que tel, il risque de subir le même sort qu’un autre rêve cher à son prédécesseur.
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Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com