Alger - Revue de Presse

Alors que leur prise en charge laisse à désirer en Algérie



Plus de 26.000 malades mentaux en 2005 A la fin 2005, l’Algérie comptait 26.307 personnes atteintes de maladies mentales diverses. C’est le chiffre communiqué hier, au cours d’une rencontre organisée au siège du ministère de la Santé consacrée à la présentation de la politique nationale de santé mentale s’inscrivant dans la stratégie 2000-2010 développée par l’OMS. Un important programme de prise en charge de personnes atteintes de troubles mentaux ou neurologiques va être initié par le ministère de la Santé. Le constat établi, hier, par le ministère de la Santé traduit, avec éloquence, le manque d’intérêt manifesté à l’endroit d’une frange de la population livrée à elle-même. C’est ce que l’on a appris hier auprès du chargé du projet, le docteur Cherchali Boualem, qui a exposé le contenu dudit programme en présence de Amar Tou, le ministre de la Santé. Pour financer ce programme, plus de six milliards de dinars vont être dégagés notamment pour la réalisation d’infrastructures, la formation, l’achat de médicaments et d’équipements. Dans son introduction, le Dr Cherchali a décliné les résultats de l’enquête réalisée en 2005 par le ministère de la Santé et parrainée par la Ligue arabe auprès de 26.307 personnes atteintes de troubles mentaux. Selon cette enquête, la psychose constitue la maladie mentale la plus répandue avec 13.480 cas suivie par l’épilepsie avec 3.821 cas, la dépression nerveuse avec 676 cas, la névrose avec 286 cas et la démence avec 38 cas. Cette enquête révèle, en outre, des insuffisances flagrantes en matière de prise en charge matérielle et psychique de ces personnes par les structures sanitaires spécialisées. Souvent ces malades (dont le nombre ne cesse de croître) sont contraints de trouver les rues de nos villes comme ultime «asile». Une situation qui fait courir un grand danger aux citoyens. C’est pour dire aussi «le chiffre avancé, et comme le reconnaissent les responsables du département de M. Tou, n’est pas définitif, puisque beaucoup d’aliénés mentaux courant les rues ne sont pas recensés». A la lumière des statistiques fournies, il est clairement démontré un déficit dans la prise en charge. Par exemple, en matière d’équipements sanitaires, l’Algérie dispose de 143 lits d’hospitalisation pour 10.000 habitants alors que les normes de l’OMS en prévoient 150. Cette enquête a révélé, sans complaisance, la saturation des services sanitaires, les ruptures fréquentes des stocks de psychotropes, le nombre limité des médicaments gratuits destinés aux malades mentaux, des dysfonctionnements constatés dans les commissions de santé mentale au niveau des wilayas, l’insuffisance en ressources humaines spécialisées et autres. A ce sujet, est-il constaté, «ils sont aujourd’hui 387 médecins psychiatres privés et publics à exercer dans 46 wilayas, soit un psychiatre pour 80.200 habitants et 321 psychologues et orthophonistes exerçant dans le secteur public, soit un psychologue pour 96.698 habitants». Ce manque est ajouté au désintéressement des étudiants pour ce genre de spécialités. En effet, l’Algérie ne forme que 40 spécialistes par année, reconnaît-on encore. Il est également relevé d’autres défaillances dites «spécifiques», notamment en ce qui concerne la pédopsychiatrie (affections mentales touchant les enfants) et la toxicomanie). Il a été fait état, par ailleurs, de l’absence de coordination entre les trois paliers d’intervention (la prévention, la captation et l’évaluation) engendrant une désorganisation totale en matière de prise en charge des affections psychiatriques. Dans le programme préconisé par le ministère à l’horizon 2009, il est prévu la formation complémentaire pour 400 médecins généralistes à l’effet de traiter les affections mentales les plus fréquentes, la mise en place de centre de psychiatrie infanto-juvénile pour former 120 médecins et 160 infirmiers en psychiatrie. Outre la formation, le ministère envisage la construction de cinq établissements hospitaliers spécialisés totalisant 440 lits dans les wilayas de Sidi Bel-Abbès et de Mostaganem. D’autres sont en cours de réalisation comme ceux de Sour El Ghozlane (Bouira), Batna et Ouargla. Une autre action (et non des moindres) a été annoncée à cette occasion: il s’agit de réviser la nomenclature des médicaments psychotropes. Le ministre de la Santé, Amar Tou, a avancé à ce sujet la signature imminente d’un arrêté interministériel entre le ministère de la Santé, celui du Travail et celui des Finances. Face à une insuffisance en équipements et en personnel souvent décriée, il est temps, enfin, aujourd’hui que la santé mentale occupe la place qui lui revient au sein de notre système de santé. Mieux vaut tard que jamais! Mohamed-Chérif Lachichi
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