Adrar - Désert du Tanezrouft	(Commune de Bordj Badji Mokhtar, Wilaya d'Adrar)

Le Tanezrouft : la terre de la soif au cœur du Sahara



Le Tanezrouft : la terre de la soif au cœur du Sahara

Le Tanezrouft (تنزروفت en arabe, signifiant littéralement « la terre de la soif » en langue touarègue) est l’une des régions les plus inhospitalières et les plus arides de la Sahara grande. Situé principalement en Algérie du Sud, à l’ouest des montagnes du Hoggar (Ahaggar), il s’étend sur les frontières avec le Mali et, dans une moindre mesure, le Niger. Cette vaste plaine rocailleuse et plate, dépourvue de points d’eau permanents, de végétation et de repères naturels, incarne l’image la plus extrême du désert absolu.

Un paysage de reg et d’erg impitoyable

Le Tanezrouft se caractérise par un immense reg (plateau de graviers et de pierres polies par le vent) ponctué de quelques ergs (champs de dunes) comme l’Erg Chech à l’ouest. Des oueds fossiles profonds, témoins d’un climat beaucoup plus humide dans un passé lointain, le traversent sans jamais porter d’eau aujourd’hui. L’érosion éolienne y est reine : vents violents, sable abrasif et absence totale de couverture végétale font du Tanezrouft un lieu où la terre semble se désagréger sous l’effet du temps et du soleil.

Le climat y est parmi les plus extrêmes de la planète :

  • Précipitations annuelles inférieures à 20 mm, souvent proches de zéro sur de vastes secteurs.
  • Températures maximales atteignant régulièrement 50 à 52 °C à l’ombre en été.
  • Amplitudes thermiques journalières très fortes (jusqu’à 30 °C d’écart entre le jour et la nuit).

Une histoire liée au commerce du sel et aux caravanes

Depuis l’Antiquité (peut-être dès 500 av. J.-C.), le Tanezrouft a servi de corridor pour les routes commerciales transsahariennes reliant le fleuve Niger au nord de l’Algérie (Tidikelt, Touat, Hoggar). Les grandes caravanes touarègues y transportaient le sel gemme extrait des mines légendaires de Teghaza (Taghaza) puis, après l’abandon de ce site au XVIe siècle suite à des conflits, de Taoudenni (ou Taoudeni), situé plus au sud dans le bassin malien.

Ces plaques de sel (souvent appelées « barres » ou « plaques ») étaient chargées sur des milliers de dromadaires lors des fameuses azalaï hivernales et printanières, direction Tombouctou, puis plus au sud. Le sel valait alors son pesant d’or au Sahel, servant de monnaie d’échange pour l’or, les esclaves, l’ivoire et les plumes d’autruche.

La piste impériale et les jalons de la traversée moderne

Au XXe siècle, le Tanezrouft devient le théâtre des premières traversées automobiles du Sahara. En 1922-1923, les expéditions Citroën (notamment la « Croisière noire ») tracent une piste viable grâce à la fermeté du reg.

Pour baliser cet itinéraire infernal, la Compagnie Générale Transsaharienne installe des bidons d’essence vides tous les 100 km environ, numérotés de 1 à 16, entre Reggane (dernière oasis algérienne au nord) et Tessalit au sud. Parmi ces points mythiques, le plus célèbre reste le Poste Maurice Cortier, plus connu sous le nom de Bidon V (ou Bidon 5), situé à environ 250 km au nord de Tessalit. Ce simple bidon marqué du chiffre 5, nommé en hommage au capitaine Maurice Cortier (premier Européen à traverser le Tanezrouft en 1913 avec trois hommes et huit chameaux), devint un repère vital, un lieu de ravitaillement et de repos sommaire pour les convois motorisés et les avions de l’époque coloniale.

Aujourd’hui, la route transsaharienne (dite aussi « piste de la Concorde » ou axe nord-sud) relie Béchar et Reggane en Algérie à Tessalit, puis Gao au Mali, en passant par des points comme In Guezzam (frontière algéro-nigérienne) et des vestiges comme Bordj Badji Mokhtar (anciennement Bordj Le Prieur ou Bordj Pérez).

Absence de vie sédentaire, présence touarègue nomade

Le Tanezrouft ne compte aucune localité permanente, aucun village, aucune oasis habitable. Seuls les Touaregs nomades, maîtres incontestés de ces immensités, le traversent occasionnellement avec leurs troupeaux, guidés par une connaissance intime du désert et des rares points d’eau anciens (comme les puits de Timmissao, In Azaoua ou Tamada dans certaines zones périphériques).

Rares sont ceux qui s’y aventurent sans préparation extrême : le risque de se perdre, de mourir de soif ou de chaleur reste omniprésent. C’est précisément cette hostilité qui valut au Tanezrouft son surnom terrifiant de « Terre de la soif » ou « Terre de la terreur ».

 

Aujourd’hui encore, malgré les projets de route transsaharienne et les ressources souterraines (comme le grand aquifère du bassin Taoudeni-Tanezrouft), le Tanezrouft demeure l’un des derniers espaces vierges et impitoyables de la planète, un lieu où l’homme ne fait que passer, jamais s’installer. Un silence minéral, un vide absolu, une beauté cruelle : telle est la vérité du Tanezrouft.


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