? Comment êtes-vous venue dans l'univers musical andalou 'J'ai commencé à chanter à l'âge de cinq ans. On avait remarqué que j'aimais chanter et faire du théâtre. J'étais plutôt active dans ma classe. J'ai commencé timidement en organisant des fêtes pour les écoles. A chaque fois qu'il y avait un concours, on me sollicitait au niveau des maisons de la culture et autres pour les fêtes scolaires et pour diversifier le programme.
Une fois, j'ai chanté, à l'occasion de la Journée du savoir, une chanson en a cappella, des membres de l'association musicale Awthar de Tlemcen ont contacté mes parents. Ils m'ont proposé de faire une émission alors que je n'avais que neuf ans et demi. J'ai accepté et j'étais ravie de participer à cette émission. Il faut dire que mes parents ont donné leur aval, car ils avaient remarqué que j'avais envie d'intégrer un orchestre. C'était aussi pour parfaire mes connaissances en matière de musique. J'ai fait cette fameuse soirée qui a été une réussite.
Les organisateurs et les convives étaient stupéfaits du fait qu'une petite fille pas plus haute que trois pommes ait pu gérer un orchestre pour la première fois de sa vie. Ils m'ont tout de suite demandé d'intégrer l'association et là on m'a dit que j'avais un don et une belle voix et que je devais acquérir maintenant plus de connaissances en matière de musique.
J'ai intégré directement la classe supérieure. Par la suite, j'ai commencé à faire avec eux différents festivals. J'ai appris à me servir de la mandoline, qui est d'ailleurs l'instrument de base. Le problème est que je ne me suis pas appliquée dans tout ce qui est instrumentation. D'ailleurs, à chaque fois, on me demandait des solos avec ma voix.
En quelque sorte, on demandait plus ma voix que de jouer un instrument. Je suis restée dans cette association presque trois ans. J'ai appris énormément de choses en peu de temps, car j'étais du genre curieuse. J'aimais beaucoup les anciens enregistrements, tels que Abdelkrim Dali, Cheikh Redouane et Cheikha Tetma. D'ailleurs, c'est avec mon professeur, Kara Djawaad, que j'ai appris à faire la différence entre un hawzi et un maddih.
? Après avoir quitté l'association Awthar Tlemcen, vous avez décidé de vous lancer dans une carrière en solo '
Effectivement, après avoir quitté l'association Awthar Tlemcen, je n'ai jamais intégré aucune autre association. J'ai entamé une carrière en solo en 2002. Mon premier enregistrement s'est fait à l'âge de 14 ans. Je dois reconnaître que j'ai mis du temps pour enregistrer mon premier album.
? Comment avez-vous pu concilier vos études et votre carrière artistique '
J'ai réussi à gérer ces deux domaines différents avec brio, grâce à mes parents. Ils m'ont toujours recommandé de ne jamais délaisser mes études au profit de la musique, mais de concilier les deux univers. Sans prétention aucune, j'étais excellente dans mes études. J'ai toujours été félicitée par mes professeurs. J'ai décroché mon bac, en 2005 avec la mention AB.
Je suis architecte de formation. J'ai certes eu mon diplôme universitaire, mais par choix, j'ai préféré ne pas exercer dans mon domaine. J'ai commencé à travailler, mais cela ne m'a pas intéressée. J'ai choisi l'architecture parce qu'il y a le mot art et architecture. Je me suis dit donc artiste. J'aimais bien esquisser des croquis de robes.
Le dessin et les perspectives sont vraiment une passion pour moi. Je dois reconnaître que j'ai un peu délaissé cela. J'ai entamé des études en architecture, car il y avait des choses artistiques, mais finalement dans l'architecture, c'était des choses beaucoup plus techniques. Après, il y avait les contraintes. Tu vas et tu fais un plan, on t'oblige à le délaisser.
On te dit, il ne faut pas trop rêver. Je dois reconnaître que la musique s'est imposée d'elle-même. D'ailleurs, le fait de faire des études et de chanter en même temps, c'était un obstacle pour moi.
Je ne pouvais pas évoluer vraiment car à chaque fois j'avais un examen. Je ratais aussi beaucoup de concerts et de tournées. J'attendais impatiemment de terminer mes études pour réaliser le v?u de mes parents, celui d'avoir un diplôme universitaire en poche. Je me suis, ensuite, focalisée entièrement sur la musique andalouse.
? Quels sont les chanteurs qui vous ont influencée '
Par excellence, je dirais Cheikh Redouane, le fils de Cheikh Larbi Bensari. Je ne reste pas seulement dans le répertoire tlemcénien. Sinon, j'écoute beaucoup Sami El Mahgribi. Il faut dire que les Marocains ont une excellente technique dans la musique andalouse. Je dois avouer que je me suis focalisée sur la technique vocale.
Je n'aime pas chanter pour chanter. J'aime bien me baser sur la technique. D'ailleurs, mon point fort c'est bien la technique vocale. Pour ne rien vous cacher, j'écoute toute la musique. Je suis plutôt du genre preneur. J'aime bien découvrir toutes les musiques de notre patrimoine.
? Parlez-nous des différents enregistrements d'albums que vous avez effectués '
J'ai enregistré mon premier album, Sidi Mohamed Ali, en 2002 et Ya Moulati, en 2008. Il y a eu deux autres albums en 2011, Khatri bel jafa taadeb et Kasidet el oum. Un autre album en 2016 qui est particulier, où j'ai rendu un vibrant hommage à Cheikh Redouane. J'ai même fait une petite tournée avec cet album.
? Mais votre dernier album sort de l'ordinaire puisqu'il n'a rien à voir avec la musique andalouse '
Il est tout à fait exact que mon dernier album, sorti dernièrement, n'a rien à voir avec la musique andalouse. C'est de la pop et de la fusion algérienne. J'ai changé de registre.
Cela a été facile car je fais cela depuis mon plus jeune âge. Je n'ai pas commencé qu'avec de la musique andalouse mais aussi avec du Rock Voisine et du Céline Dion. Cela m'a facilité de chanter de la musique andalouse. J'avais un peu travaillé ma voix. Il faut dire aussi que je suis une fan inconditionnelle de Céline Dion.
La particularité de cet album, c'est que j'avais déjà eu des collaborations avec mon mari Nassim qui est Dj de profession. Je faisais beaucoup de duos virtuels. J'ai fait cela aussi avec d'autres chanteurs.
C'était dans l'anonymat, mais après les gens commençaient à s'intéresser à cette voix anonyme. Ils voulaient savoir à qui appartenait cette voix, mais on a fini par savoir que j'étais la femme de Nassim. Après mûre réflexion, nous avons décidé de faire quelque chose qui n'est pas de la musique andalouse. Je suis une artiste. J'aime bien toucher à tout. J'aime m'exprimer.
? C'est aussi à travers cet album que vous êtes devenue auteur-compositeur '
J'ai composé l'ensemble des chansons et mon mari, Nassim, a fait les arrangements. Ce sont des textes qui ont été déposés au niveau de l'ONDA. Je suis à même de dire que c'est à travers cet album que je suis devenue auteur compositeur. Je tiens à préciser que je n'ai pas touché aux textes déjà existants, mais que j'ai créé.
Maintenant, je ne prétends pas être une Bensaïb ou une Bensari. Sans prétention aucune, il paraît que j'ai une belle plume. Ce n'est pas moi qui le dis, mais les gens.
Cela fait une année que j'ai commencé à écrire des textes andalous. J'ai d'ailleurs montré mes textes à mon maître, Kara Djaawad, lequel était fier de moi. J'ai écrit des textes qui me touchent et m'interpellent. A titre d'exemple, dans mon dernier album, j'ai écrit une chanson où je rends hommage à mes enfants. J'ai chanté ce que je voulais dire.
? Mis à part les mariages que vous animez assez régulièrement, vous êtes très peu sollicitée par les organisateurs de spectacles '
Franchement, les organisateurs de spectacles me sollicitent, mais pour une artiste, cela reste insuffisant. Imaginez si je ne faisais pas les mariages, je ne pourrais pas vivre de mon art. Pour participer aux festivals, c'est plutôt une rotation. Si on vous appelle cette année, votre nom ne figurera pas l'année d'après.
Sinon je suis sollicitée en France et au Maroc mais cela reste insuffisant. Franchement, un artiste a beaucoup à donner. Il a tout le temps quelque chose à donner. C'est sa manière à lui de s'exprimer. Un artiste ne peut pas faire, en Algérie, un planning dans la durée. Le minimum doit être assuré afin qu'un artiste puisse subvenir à son art et à le parfaire.
? Quel est votre regard sur la nouvelle vague de chanteurs dans le genre andalou '
Pour être franche, la relève est là, mais elle est mal encadrée et mal appréciée. On a tendance à oublier des artistes qui font honneur à la musique andalouse. Des fois, on se focalise sur un ou deux artistes, alors qu'il y a des talents qui ont déjà émergé. Si je prends mon cas, j'ai un grand problème du fait que j'habite Tlemcen alors que dans la capitale, il y a beaucoup d'activités culturelles et artistiques qui se déroulent.
Le fait d'être à Tlemcen, c'est un handicap. A Alger, je ne suis pas souvent sollicitée. A part l'ONCI et l'ONDA qui font appel à moi, les autres organismes niet. Je sais que je rate beaucoup de choses à Alger, mais j'ai aussi toute ma vie à Tlemcen. J'ai mes parents et ma petite famille. On ne peut pas non plus tout quitter pour sa passion. Avant que l'art ne soit un métier, il y a des responsabilités à assumer.
? Des projets en cours de réalisation?
Là, je suis en train de préparer un album exclusivement hawzi. Nous avons commencé l'enregistrement, mais comme mon programme est chargé cet été, le studio est limité. Je pense que l'album sortira au cours de l'année prochaine.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nacima Chabani
Source : www.elwatan.com