Promis à des mariages heureux (deux par semaine), une vie si belle quelle n'a plus besoin d'au-delà pour compenser, de l'argent si beaucoup qu'il en devient de la pluie sur commande, les fils des dictateurs arabes commencent à mal finir, à ne plus vouloir naître et à vouloir changer de nom. Ils semblent tous finir mal, même ceux qui ont hérité du pouvoir comme le boucher de Damas ou le mou héritier de Hassan II.
L'affaire est sérieuse : ce n'est plus un jouet et ce n'est pas si facile. Cela ne va pas de la cuillère à la bouche, comme on leur a dit au début, à l'éveil de leurs libidos. La capture du fils de Kadhafi, la mise en cage des fils de Moubarak en sont la preuve que les temps finissent par manger tout le monde. C'est bien et bien fait mais cela rappelle une époque de honte : celui où des peuples ont été si bien réduits à des serfs qu'un dictateur pouvait choisir l'un de ses fils pour héritier sans que cela fasse ciller. Ici chez nous, Seïf El-Islam a fait attendre un homme clef de l'Etat algérien pendant dix heures à Tlemcen, il y a deux ans, et a été accueilli comme un propriétaire voisin venu demander à voir où peut aller son argent. Personne ne s'offusqua ou presque de l'incongruité de ce monarchisme dans une république : accueillir comme un notable un fils qui n'a aucun statut ni aucune charge officielle par l'un de nos officiels. Cela était possible, tant l'idée d'héritage des pouvoirs était admise, normalisée, acceptée. Les peuples n'existaient pas, seulement les dictateurs et leurs fils.
Lors du fameux match d'Oum Dourmane en 2009, l'un des fils de Moubarak s'est comporté comme un hooligan, a lâché ses meutes médiatiques comme un gamin déçu et gâté et a usé du pire pour gagner un match. De quoi réduire un peuple et un pays à un caprice. Les fils sont cependant partout, parfois sous forme de frère, de beau-fils ou d'héritiers parents. Il n'y a pas de républiques dans le monde arabe. Il n'y a que des monarchies féodales. Et les fils sont hargneux et méchants : c'est ce qui explique la terrible cécité du boucher de Damas : il ne défend pas un régime mais quelque chose que son père lui a donné et qui est à lui, avec son nom et ses initiales, et qui n'appartient pas aux gens dehors qui crient et manifestent et meurent en vrac. Les fils sont terribles car ils n'ont jamais connu la misère, n'ont pas connu les révolutions et les décolonisations et les coups d'Etat, mais seulement les palais et ils ne peuvent pas en sortir, les quitter, les remettre au peuple. Les fils naissent avec des sociétés internationales à leurs noms, des appels d'offres à distribuer, des mannequins au bout des lèvres. Ils sont connus pour être chefs d'états-majors à 25 ans, PDG des compagnies de téléphonies nationales à 21 ans, propriétaires de clubs de foot à 16 ans. Personne ne leur dit non depuis le début de l'humanité et donc cela explique leur psychologie et leurs regards de rapaces et leurs frasques sexuelles et leurs comptes en banque partout où ils passent plus d'une nuit. Pour une nuit de détention dans un commissariat pour l'un des fils de Kadhafi, la Suisse a payé de son argent et de ses citoyens. De quoi laisser deviner au reste du monde ce que nous subissions nous, chaque jour, ici, dans des pays transformés en livret de famille.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com