De notre correspondante à Tlemcen
Amira bensabeur
La majorité des écoliers, collégiens et même étudiants ignorent leur histoire, leur patrimoine et surtout la civilisation de leurs ancêtres. Leur demander de fournir quelques détails sur un site historique ou sur l'histoire d'une ville relève du domaine de l'hérésie. Les matières dans ce sens dans les écoles et les universités font défaut. Et tout le monde ignore son histoire, son identité et sa culture.Selon des universitaires, la définition d'une histoire pour tous exige de partir des problèmes qui se posent à nos sociétés contemporaines. Ceux-ci se manifestent par une «accélération de l'histoire», à travers une réorganisation en profondeur du travail et de la société qui nous éloigne fortement du passé. Si d'autres périodes ont été marquées par un tel phénomène, celui-ci s'accompagne par ailleurs d'une crise de l'idée d'avenir. Le futur est opaque aux individus comme il ne l'a jamais été dans l'histoire de l'humanité. La conjonction de ces deux phénomènes se traduit par une tyrannie du présent, qui amène une rupture dans la linéarité du temps historique. Le passé ayant tendance à s'éloigner dans la mémoire des individus, il nourrit à la fois la nostalgie et des revendications de mémoire.Dans ce contexte, a-t-on ajouté, il est important d'avoir la volonté, contre les tendances actuelles, de maintenir l'enseignement d'une continuité historique. Cet apprentissage peut passer par la détermination de moments clés. Il est néanmoins indispensable de ne pas rompre la chaîne des générations qui nourrit la notion même de responsabilité, si importante dans la formation de l'esprit civique des élèves. Le deuxième objectif, selon ces universitaires, de l'histoire et de la géographie doit être d'éduquer les élèves à la complexité et à l'incertitude. Dans la mesure où ces disciplines ont rompu avec tout déterminisme simple, cette démarche implique de privilégier dans l'enseignement le sens d'une action humaine qui peut être conflictuelle et contradictoire et dont les manifestations peuvent être heureuses ou malheureuses. A l'heure actuelle, l'enseignement de l'histoire et de la géographie est encore trop dépourvu de ce sens. Aux choix de programmes et d'enseignement d'une culture partagée par tous, doivent présider des réflexions sur un nouvel humanisme qui ne saurait se limiter aux droits de l'homme, mais doit aussi embrasser la compréhension de ce qu'est l'action humaine.Il est en effet indispensable de construire chez les élèves le sens du temps, en combattant d'une part le «présentisme» par lequel notre société remplace les héros par des stars éphémères et érige le zapping au rang de pratique reine, et l'immobilisme d'autre part, qui se traduit tant par les fondamentalismes, qui souhaitent fixer la société dans un âge d'or mythique, que par les excès de la patrimonialisation, lorsqu'elle est synonyme d'enfermement dans le passé et non de libération par la connaissance raisonnée de ce passé. Il est important d'apprendre aux élèves la bonne gestion du temps et de ses différents niveaux. L'éducation à la complexité est également fondamentale, car elle doit prévenir les élèves contre tout manichéisme ou explication simpliste. Il convient pour cela de rétablir la notion de fait, mais également de montrer qu'il peut exister des vérités contradictoires et pourtant d'égale valeur. Apprendre l'Histoire dans l'enseignement à l'école doit être au centre de nos interrogations.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A B
Source : www.latribune-online.com