La population de Tlemcen sous le régime de l’indigénat
Les restrictions aux libertés individuelles
Pour l’administration coloniale, le moindre des droits exercés par l’indigène, la plus élémentaire des libertés individuelles pouvait cacher une grave menace pouvant mettre en péril la sécurité publique. «C’est que l’on se souvient que la pacification de l’Algérie ne s’est pas faite sans heurts ni sans effusion de sang (...) et que la France a été amenée, pour maintenir l’ordre et consolider sa souveraineté, à prendre, vis-à-vis des autochtones, des mesures que justifiait le but poursuivi», écrit un juriste colonial qu’on ne pourrait suspecter de sympathie pour les Algériens. Parmi les nombreuses «restrictions» aux libertés et garanties de droits publics, nous avons recensé dans les documents consultés: l’interdiction de se déplacer sans autorisation, l’interdiction de campement libre et l’interdiction de donner asile à des compatriotes ou autres, voire même des parents. Pour voyager dans leur propre pays, les Algériens devaient obtenir de l’administration coloniale un passeport ou un permis de voyage. Tout déplacement était donc considéré comme une menace pour l’ordre public. «De trop nombreux Algériens partaient clandestinement pour la Mecque et le Maroc conférer avec des chefs religieux hostiles», estimait le préfet d’Oran. Un simple déplacement de Aïn Fezza à Tlemcen était une grave infraction. Ainsi, cet indigène condamné à trois jours de prison pour «avoir quitté sa résidence, commune mixte de Aïn Fezza et s’être rendu à Tlemcen sans autorisation», (audience du 09.01.1894). Même quand le voyageur était muni d’un permis de voyage, il pouvait être condamné pour ne pas l’avoir fait viser au lieu de sa destination. Un commerçant de Tlemcen est condamné à une journée de prison «pour ne pas avoir fait viser son permis de voyage à Maghnia». Des fractions entières de tribus étaient fréquemment condamnées pour cette infraction imprécise. A l’audience du 30 novembre 1897, douze chefs de famille sont condamnés pour ce motif. A l’audience du 10 mai 1898, 25 chefs de famille sont condamnés sur la base d’un «procès-verbal dressé par le caïd des Issers». Cette infraction frappait probablement des groupes sociaux dont la source de vie était la transhumance et le pastoralisme. Cette restriction représentait pour beaucoup d’entre eux le dépérissement du cheptel et la ruine et la prolétarisation.
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A suivre...
 Hani Abdel Kader
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com