Tlemcen - Enceintes (Sours), Portes (Bibanes ), Tours (Bordjs)

Fortifier, détruire, reconstruire : les murailles de Tlemcen à l’épreuve de la période coloniale (1842-1962)



Fortifier, détruire, reconstruire : les murailles de Tlemcen à l’épreuve de la période coloniale (1842-1962)

L’histoire des fortifications de Tlemcen durant la période coloniale ne se résume pas à une simple continuité défensive. Elle révèle au contraire une logique de rupture, marquée par la démolition partielle des remparts médiévaux et la mise en place d’une nouvelle enceinte répondant à des impératifs strictement militaires et coloniaux. Entre 1842 et le début du XXᵉ siècle, la ville passe ainsi du statut de cité historique fortifiée à celui d’espace urbain contrôlé, puis progressivement ouvert.


Une ville conquise et reconfigurée (1842)

Après plusieurs tentatives, l’armée française occupe définitivement Tlemcen en 1842. La ville, héritière de puissantes fortifications almoravides et almohades, n’est pas seulement un centre urbain ancien : elle représente un enjeu stratégique majeur dans l’Ouest algérien. Dès lors, le Génie militaire entreprend une réorganisation profonde de son système défensif.

Contrairement à l’image d’une préservation du patrimoine existant, la conquête marque le début d’un démantèlement sélectif des remparts médiévaux, jugés inadaptés aux besoins modernes de l’armée et à l’urbanisme colonial.


La muraille de Bugeaud : une enceinte coloniale (XIXᵉ siècle)

Sous l’impulsion du général Thomas-Robert Bugeaud, gouverneur général de l’Algérie, une nouvelle enceinte est édifiée au XIXᵉ siècle. Cette muraille, construite en pierre de taille, suit globalement le tracé des anciennes fortifications almohades entourant le quartier de Tagrart, cœur de la médina.

Cependant, sa fonction diffère radicalement de celle des remparts médiévaux. Il ne s’agit plus de protéger une capitale impériale, mais de sécuriser la ville occupée, de défendre les troupes et les colons européens, et surtout de délimiter un espace urbain colonial distinct. Cette enceinte matérialise ainsi la séparation entre la ville “européenne” en formation et les faubourgs extérieurs.


Percements, destructions et urbanisme colonial

À partir de la fin du XIXᵉ siècle et surtout au début du XXᵉ, l’enceinte elle-même devient un obstacle. L’administration coloniale adopte un urbanisme inspiré des transformations haussmanniennes : rues rectilignes, perspectives dégagées, circulation facilitée.

Dans ce contexte, plusieurs portes historiques sont détruites ou profondément modifiées, afin de permettre l’alignement des voies et le passage des nouveaux axes routiers. Peu à peu, la muraille perd son rôle militaire et est perçue comme un frein à l’expansion urbaine.

Des pans entiers de l’enceinte coloniale, mais aussi des vestiges plus anciens, sont alors supprimés pour créer des boulevards périphériques, ouvrant la ville vers l’extérieur et mettant fin à la logique de cité fermée.


1926 : la fin officielle de la ville fortifiée

Un tournant décisif intervient en 1926. À la suite de litiges entre les communes civiles et le Génie militaire, une grande partie des enceintes fortifiées de la région de Tlemcen, notamment à Hennaya, est officiellement supprimée. Cette décision marque symboliquement la fin de la fonction défensive de la ville et son intégration définitive dans un modèle urbain ouvert, civil et administratif.


Ce que l’on appelle aujourd’hui “les murailles de Tlemcen”

La mémoire collective entretient souvent une confusion entre plusieurs ensembles fortifiés distincts :

Les remparts de Mansourah, d’origine mérinide, sont les plus spectaculaires. Situés à l’extérieur du centre-ville, ils ont échappé aux destructions coloniales en raison de leur éloignement des zones d’urbanisation.

Le Méchouar, ancienne citadelle centrale, a vu ses murs conservés et réutilisés par l’armée française comme caserne. Cette continuité d’usage explique sa relative préservation jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, subsistent çà et là quelques segments de l’enceinte coloniale du XIXᵉ siècle, reconnaissables à leur maçonnerie régulière en pierre. Ces vestiges discrets rappellent l’existence d’une ceinture défensive aujourd’hui presque effacée du paysage urbain.


Une histoire urbaine faite de ruptures

Les fortifications de Tlemcen durant la période coloniale illustrent une transformation profonde : celle d’une ville historique adaptée à des logiques militaires modernes, puis progressivement dépouillée de ses murailles au nom du progrès urbain. Entre destruction, réutilisation et oubli, ces enceintes racontent moins une continuité défensive qu’un changement de pouvoir, de fonction et de vision de la ville.


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