Tlemcen - Abou Mediene Chafaï

Dr. Boumedien Moulessehoul Chafai (1921–1958) Pionnier de la psychologie en Algérie et dans le monde arabe



Dr. Boumedien Moulessehoul Chafai (1921–1958) Pionnier de la psychologie en Algérie et dans le monde arabe
Le Dr. Boumedien Moulessehoul Chafai est né en 1921 à Tlemcen, dans une famille noble réputée pour son attachement au savoir et aux savants. Il reçut son premier enseignement dans les écoles coraniques, où il mémorisa le Coran sous la direction du cheikh Ahmed Bouarrouq. À l’arrivée du cheikh Mohamed El-Béchir El-Ibrahimi à Tlemcen, il intégra l’école de Driba Zerrar, l’un des principaux foyers d’enseignement réformiste de l’époque.

Il poursuivit ensuite ses études à l’école française, puis à l’école islamique française, en préparation au baccalauréat. Ses professeurs remarquèrent très tôt son génie, notamment dans les sciences arabes et islamiques. Cependant, ses idées nationalistes et son appartenance intellectuelle à l’école du cheikh El-Béchir El-Ibrahimi le rendirent vulnérable à la persécution de l’administration coloniale. Le directeur français de l’école, Alfred Bal, l’a même sanctionné ouvertement en lui disant : « Je te fais échouer parce que tu es un disciple du cheikh El-Béchir El-Ibrahimi. »

En 1937, il intégra la Dar Al-Hadith à Alger et fut l’élève direct du cheikh Mohamed El-Béchir El-Ibrahimi, qui eut une influence profonde sur sa formation intellectuelle et humaine. Chafai le décrivait toujours comme « le père bienveillant au visage noble ». Lorsque les autorités coloniales françaises décidèrent de fermer la Dar Al-Hadith, Chafai s’opposa à cette décision et dénonça ses implications coloniales visant à affaiblir la langue arabe et l’identité islamique en Algérie.

En 1936, alors qu’il n’avait que 16 ans, il devint président de la syndicat des étudiants musulmans. En raison des pressions exercées par les autorités coloniales en 1938, il fut contraint de quitter l’Algérie clandestinement. Il passa par le Maroc, aidé par un capitaine de navire espagnol, en se faisant passer pour un ouvrier, puis se rendit au port d’Alicante et à Tanger, où le cheikh Maki Al-Nasri prit en charge son voyage et l’envoya au sein de la mission estudiantine marocaine en Égypte.

Boumedien Chafai arriva au Caire en 1938 et intégra l’Université Fouad Ier (actuelle Université du Caire), où il étudia à la Faculté des Lettres et se spécialisa en psychologie. Il obtint son master, puis son doctorat en 1947, avec une thèse intitulée « L’attention volontaire », évaluée comme très bien, un accomplissement scientifique remarquable pour l’époque.

Après ses études, il devint professeur de psychologie à l’Université du Caire et ouvrit un cabinet de psychologie au Caire, puis un autre à Beyrouth. Il entretint des liens étroits avec la délégation du Front de libération nationale et avec les étudiants algériens au Levant, les recevant régulièrement dans son cabinet pour les soutenir et les accompagner dans leur cause nationale.

Le Dr. Boumedien Moulessehoul Chafai fut assassiné dans son cabinet au Caire le 25 février 1958 par un individu juif se faisant passer pour un patient. Cependant, le contexte de son assassinat, coïncidant avec l’intensification de la révolution algérienne, a conduit de nombreux chercheurs à estimer qu’il fut victime d’une liquidation physique orchestrée par les services de l’administration coloniale française dans le cadre d’une politique visant à éliminer les intellectuels algériens anti-coloniaux.

Il fut enterré au cimetière de Qarafa dans le quartier d’Al-Hussein au Caire, en présence d’une délégation du FLN présidée par Ferhat Abbas et l’accompagnant de l’officier Oumran. Une veillée funèbre eut lieu le 26 février, à laquelle assistèrent plusieurs personnalités algériennes de premier plan, dont le cheikh Mohamed El-Béchir El-Ibrahimi, Ahmed Toufiq El-Medani et Mohamed Al-Amin Debagh.

Parallèlement à son activité académique, le martyr Boumedien Chafai contribua par de nombreux articles dans les journaux Al-Basaïr et Al-Chihab, et rédigea une longue série sur la littérature et ses fonctions pédagogiques et humanistes, s’appuyant sur des exemples éminents du patrimoine arabe et européen, tels que Al-Jahiz, Al-Asfahani, Goethe et Lamartine.

Il laissa également un ensemble notable d’ouvrages académiques spécialisés en psychologie, parmi lesquels :
L’attention volontaire, la sérénité psychologique, l’anxiété, le sommeil, l’insomnie, le repos psychologique, l’hypnose, l’action volontaire, l’illusion, le sommeil et l’insomnie, le conflit psychique, la fatigue, la psychologie de l’enfant, l’amour et les maladies psychiques.

Le Dr. Boumedien Moulessehoul Chafai est considéré comme l’un des pionniers de la psychologie dans le monde arabe à l’époque moderne, bien qu’il n’ait pas reçu en Algérie, après l’indépendance, la reconnaissance et l’attention qu’il méritait. Il aurait été juste, au minimum, de donner son nom à une université ou à une institution scientifique, de rééditer ses ouvrages ou de les inclure dans les programmes universitaires algériens, sachant que ses livres restent enseignés dans plusieurs instituts et universités en Égypte, au Levant et en Irak.

En hommage à ce grand savant, l’Association des savants musulmans algériens a donné son nom au club médical, en reconnaissance de son apport scientifique et national.
Que Dieu lui fasse miséricorde et lui accorde Sa vaste demeure.
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