Quand les émigrés «réexportent» les produits «Taïwan»
Les vacances étant bel et bien finies et les clameurs des plages tues, la rentrée sociale et scolaire s’annonce déjà dans les rues commerçantes de la ville frontalière de Maghnia, où l’activité reprend crescendo à la faveur des premiers signes de fraîcheur climatique, dans un climat lourd de préoccupations.
Les familles s’activent déjà à préparer la rentrée scolaire de leurs enfants, ainsi que les denrées et ingrédients traditionnels utilisés pour passer un bon mois de Ramadhan. Mais à voir le retard mis par l’activité commerciale à reprendre, cela laisse supposer que le cœur n’y est plus, d’autant plus que, les années précédentes à pareille époque, la cité grouillait de monde venant d’un peu partout des villes de l’Ouest. En fait, pour de nombreuses familles, les emplettes sont déjà faites. Sans doute que la cherté du coût de la vie, alliée aux contraintes budgétaires, au lendemain de la saison estivale, ont contribué en grande partie à cette léthargie dans laquelle se morfond la ville de Lalla Maghnia. Le rush le plus significatif est orienté vers les services de l’état civil, où s’étirent quotidiennement des chaînes interminables. Pour les émigrés qui ne sont pas encore repartis, nombreux sont ceux qui s’affairent autour de leurs bagages, en attendant de refaire le chemin inverse. Même pour cette catégorie, classée habituellement parmi les familles profitant des privilèges sociaux, que leur accorde volontiers le pays d’accueil, les choses deviennent plus difficiles. Effet de mondialisation oblige, on s’aperçoit que nos ressortissants repartent avec énormément de bagages. Tout y passe, depuis les effets vestimentaires que Tati ne vend plus, jusqu’à la literie ou les équipements électroménagers, «Made in China ou Taïwan», les produits importés polarisant néanmoins l’attention de nos émigrés, au détriment de ceux montés dans l’est du pays. En d’autres termes, c’est l’effet boomerang qui est en train de se produire. Depuis l’entrée en vigueur de la monnaie européenne, les Algériens installés à l’étranger, notamment en France ou en Belgique, rentrent au pays avec un minimum de bagages, mais en repartent très chargés.
Préoccupés par leur départ, ils laissent leurs compatriotes locaux deviser en pure perte sur la rentrée sociale et l’écroulement de pans entiers de notre société. En effet, nos citoyens n’ont plus pour objet de discussions, que la hausse des prix des produits de large consommation. Des préoccupations que n’a guère apaisées la dernière conférence de presse du chef du Gouvernement, qui se voulait rassurant mais qui n’a fait que les décevoir davantage. Eux qui s’attendaient à des mesures encourageantes, ils n’ont eu droit qu’à des explications chiffrées de la faillite du système économique, qu’il a contribué à mettre en place. Finalement, le citoyen maghnaoui a compris que rien ne changera désormais pour lui et que la hausse des prix a encore de beaux jours devant elle. Le lait qu’il paye déjà à 35Da le sachet, continuera peut-être à prendre les hauteurs pendant le mois de Ramadhan. La pomme de terre toujours cotée à 65Da le kilo, n’est pas près de descendre de son piédestal, en dépit de la soi-disant concurrence annoncée par sa consœur canadienne, qui ne serait même pas bonne à donner aux cochons, si l’on se fie au goût des premiers gogos qui se sont laissés prendre à la pub faite autour. Quant à l’augmentation des salaires, elle joue à l’Arlésienne, dont tout le monde parle sans jamais la voir. En fait, il y a belle lurette qu’elle a rejoint les poches déjà bien garnies des spéculateurs. «Alors, SVP, arrêtez d’en parler et d’attirer le mauvais œil sur nous autres, pauvres salariés, auxquels la rumeur publique accorde volontiers, ce qu’il n’auront jamais obtenu. En premier lieu, le droit de vivre décemment et dans la dignité,... sans plus!...», implore un pré-retraité de l’enseignement, bon père de famille et qui voit s’amonceler à l’horizon d’autres lendemains qui déchantent.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com