Un hameau en marge du développement
Située sur la bordure droite de la route de Tlemcen, à quelque 500m de l’extrémité sud de Hennaya et à un kilomètre seulement de son centre-ville, la cité du cimetière des Martyrs, anciennement appelée «fabréqua», a été complètement zappée par les différents exécutifs communaux qui se sont succédé à la tête de la mairie.
Une cité en marge du développement
Ce hameau déshérité qui tarde à prendre son envol vers la modernité, voit ses familles s’entasser pêle-mêle, faute d’espace vital. Il faut signaler d’emblée que la léthargie de cette cité n’est pas liée à un quelconque isolement, du moment qu’elle est située, en bordure de la route nationale RN22, juste en face du cimetière dont elle porte le nom. «Fabréqua» dévoile sa nudité et sa désolation à tous ceux qui empruntent la RN22 et par-là même à toutes les autorités locales, qui se rendent régulièrement au «champ de repos» de nos valeureux Martyrs, pour y déposer leurs gerbes de fleurs en hommage à leur mémoire.
L’aide à l’habitat rural? C’est pour les autres...
En dépit de sa proximité avec ce lieu hautement symbolique, cette cité n’en a pourtant jamais tiré bénéfice. Ce lieu-dit, livré à lui-même, est matérialisé par une trentaine de maisons, nombre qui aurait dû être beaucoup plus conséquent, n’était-ce l’obligation faite à plusieurs familles, issues du même lit, de cohabiter sous le même toit. Ces familles, souvent nombreuses, vivent dans une promiscuité insoutenable, aggravée par l’exiguïté des lieux; pourtant, elles n’ont jamais été intégrées dans le programme d’aide à l’habitat rural, comme cela a été le cas pour plusieurs groupes d’habitations du même genre, entre autres ceux de Taâounia et de Mekacem.
S’y procurer une bouteille de gaz peut relever du parcours du combattant, car à l’instar de bien d’autres quartiers de Hennaya, les habitations de la cité du cimetière des Martyrs, ne sont pas encore raccordées au gaz naturel, dont les conduites passent, pourtant, tout près.
La bouteille de gaz comme panacée
Les habitants continuent donc à faire confiance à la bonne vieille bouteille de gaz, sauf qu’il n’est pas toujours aisé de s’en procurer. Pour mettre en exergue les difficultés inhérentes à l’approvisionnement en gaz en ce lieu, un jeune a tenu à nous décrire le parcours du combattant que les citoyens doivent endurer pour bénéficier de cette énergie indispensable: «Notre cité, dira-t-il, vit le calvaire en matière de gaz. Lorsque le camion du distributeur passe, chacun peut être servi sans le moindre problème; mais la situation est toute autre, quand celui-ci ne fait pas sa tournée habituelle. Dans ce cas, si quelqu’un a besoin de gaz, il doit commencer par dénicher un véhicule et quand il en trouve, il est obligé d’y mettre le prix, car faute de liaison directe, le véhicule ne peut pas rallier Hennaya sans faire un grand détour et pour cause. Il lui faut emprunter la RN22, dans le sens opposé, jusqu’au rond-point de «Koudia», avant de rebrousser chemin par l’autre voie, qui mène jusqu’au chef-lieu de la commune. Cela équivaut à parcourir une douzaine de kilomètres. L’opération est compliquée, vous en conviendrez...»
Le téléphone, l’état des rues, une salle de prière...
Les tribulations des habitants de «Fabréqua» ne s’arrêtent pas là, puisqu’ils sont confrontés quotidiennement à d’autres problèmes non moins frustrants. Imaginez un peu la situation de ces gens lorsqu’un cas d’urgence se présente, souvent de nuit (brusque accès de maladie, grossesse arrivant à terme...), alors qu’ils ne disposent même pas de lignes téléphoniques fixes, qui leur permettraient de contacter les services concernés ou à tout le moins, alerter leurs proches ou amis véhiculés. Les jeunes que nous avons rencontrés, ont soulevé d’autres problèmes vécus par les habitants de cette bourgade, vivant en marge du développement. Ils ont dénoncé l’état lamentable des rues mal aménagées, elles qui n’ont jamais été bitumées. Leurs chaussées sont tellement dégradées que les automobilistes même clandestins préfèrent les éviter. L’inexistence d’une simple salle de prières, pour ne pas parler d’une mosquée, est un autre grand souci pour les fidèles. Cette situation empêche les vieux d’accomplir la prière collective, recommandée par le Prophète (QSSL), aux différents moments de la journée; les plus jeunes, pour leur part, sont obligés de rester à Hennaya, s’ils veulent s’acquitter de leur devoir religieux lors des prières du «Maghreb» et du «Icha». «Nous aimerions disposer d’une salle de prières, qui nous éviterait de rester à Hennaya jusqu’à la fin de la prière du «Icha» et en même temps, cela nous permettrait de prier collectivement à l’aube», nous a lancé un jeune assis dans un café de Hennaya, où il attendait l’heure du «Maghreb».
A quand la construction d’une passerelle ?
Le plus gros problème auquel sont confrontés quotidiennement les habitants de la cité et qui rend leur vie infernale est, incontestablement, la proximité de la RN22, dédoublée. Les résidents en général et les écoliers en particulier sont exposés journellement aux dangers de cette route, car pour descendre sur Hennaya, ils n’ont d’autre alternative que celle de traverser, à leurs risques et périls, cet important axe à double voie, redouté pour sa circulation dense voire quasi ininterrompue. L’un de nos interlocuteurs nous dira même à ce propos: «Nous avons déjà payé un lourd tribut à cause de cette route, qui a servi de théâtre à de nombreux accidents, particulièrement au niveau de notre cité, certains plus meurtriers que d’autres qui auront laissé de lourdes séquelles chez les victimes. Malgré la prudence dont font preuve les habitants pour traverser cette route, bon nombre sont souvent pris de vitesse par les voitures surgissant en trombe de l’angle mort situé en haut de la côte et qui plus est, à la sortie d’un virage. D’ailleurs, pas plus tard que la semaine passée, une jeune femme a failli se faire tuer. Si elle s’en est sortie, sans réelle gravité, «c’est grâce à la Baraka et «Daâouet El-Oualidine» (bénédiction des parents)», poursuivra notre interlocuteur. «Ceci, pour dire que le vœu le plus cher de nos citoyens, est que les autorités communales étudient l’opportunité de nous installer rapidement une passerelle, à l’instar de «Taâounia», qui vient de réceptionner la sienne. Notre second vœu est qu’ils inscrivent dans leurs projets prioritaires, la résolution des problèmes déjà évoqués», conclura-t-il.
L’association du quartier doit être renouvelée
Comme on peut le constater, quoique leur cité soit dépourvue d’éléments pour le moins vitaux, la majorité de ses habitants acceptent leur mal vie, comme s’il s’agissait d’une fatalité à laquelle il faut se résigner. Preuve en est qu’à la question «Avez-vous, un jour, exposé vos problèmes à qui de droit?...», nous avons eu la réponse suivante d’un jeune: «A ma connaissance, non!... Cela aurait dû être fait, il y a déjà bien longtemps, mais l’association du quartier est pratiquement en cessation d’activité, et ce, depuis pas mal de temps. En réalité, elle n’a jamais existé que... sur le papier. Son président, un sexagénaire illettré, n’a d’autre préoccupation que celle de ne pas lâcher son fauteuil, d’ailleurs il ne veut même pas en entendre parler. De plus, il inspire la crainte aux jeunes qui préfèrent l’éviter, plutôt que de l’interpeller quant à l’inanité de la dite association. Pourtant, son mandat a expiré depuis fort longtemps, mais il n’a jamais jugé utile de convoquer une nouvelle assemblée générale, pour procéder au renouvellement du bureau de cette association».
Après avoir observé un long moment de silence, notre jeune interlocuteur reprendra: «Je crois qu’il est de notre devoir, en tant que jeunes, de faire les démarches nécessaires pour que cette association soit renouvelée. Il y va même de l’intérêt de toute notre population.»
Apparemment, si les jeunes sont décidés à agir pour le bien-être de leur cité, il y a gros à parier pour que leurs conditions de vie s’améliorent sensiblement, surtout s’ils sauront prendre le relais, pour s’attacher avec dévouement et dynamisme, à une besogne qui n’a rien d’une sinécure. Mais, ne dit-on point que la valeur n’attend pas le nombre des années?... A eux donc de prouver la véracité de ce vieux dicton...
R. Zenasni
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com