Tizi-Ouzou - A la une

Une histoire d'accoutrement



Une histoire d'accoutrement
Deux faits divers, la même réaction violente. Le premier émane de lycéens dont le seul tort est d'être tirés à quatre épingles pour fêter les 100 jours d'avant le bac, une tradition née en France et répandue à travers le monde, appelée communément le «percent». Il s'agit pour les lycéens de marquer le début des révisions pour l'épreuve finale du cursus secondaire et de permettre au chef d'établissement d'exprimer ses v'ux de réussite à ses élèves.Ainsi, jeudi dernier, simultanément et spontanément à travers tout le territoire national, sans préavis aucun, lycéens et lycéennes ont défilé dans les rues des villes pour célébrer cette journée dans de beaux costumes-cravates et d'imposants tailleurs féminins, les talons aiguilles étaient également de la partie. Un beau spectacle de «rue» que les lycéens d'Algérie se sont offert.Une ambiance bon enfant très appréciée par les passants. Deuxième fait, cette fois à l'université de Tizi Ouzou, précisément au campus Bastos. La semaine dernière, un étudiant exprime publiquement son «amour» à sa copine devant le regard émerveillé de ses camarades. Une main invisible se saisit d'une caméra et filme la scène secrètement. La vidéo sera par la suite postée sur Youtube. Riposte violente aux deux événements.Des «extrémistes» se manifestent sur les réseaux sociaux et livrent une campagne haineuse sans précédent, soutenus par les médias qui forment le cercle dit «vertueux», cher à Hamid Grine, ministre de la Communication. Ces télévisions offshore donnent un sens «dévoyé» à cette campagne d'acharnement et tirent à boulets rouges sur ces jeunes Algériens, vite rejoints par des faux «douctours» et des imams sulfureux qui ont excellé dans l'art de l'invective. Ainsi, chacun y est allé de sa lecture et ces jeunes sont accusés de dépravation, de suivisme, d'anti-algérianisme? et la liste des accusations reste ouverte.Pour riposter, dimanche dernier un groupe anonyme lance sur internet une campagne appelée le Kamis Day (Jour du kamis), initiée par une chaîne de télévision qui ne cesse d'ailleurs, depuis des mois, d'afficher son alignement et asservissement aux thèses des salafistes djihadistes. Ces événements renseignent sur ces ogres dormants au sein des écoles et des universités algériennes. De nombreux observateurs ne cessent de tirer la sonnette d'alarme sur ce danger qui guette nos établissements.Où des «muftis-imams» autoproclamés font la loi et s'érigent en gardiens des m'urs. Des témoignages d'étudiants révèlent que dans un certain nombre d'établissements, ces groupes se sont érigés en «police religieuse» surveillant les comportements des uns et des autres, voire même leur accoutrement. L'intégrisme est bel et bien une réalité en Algérie.Et ce danger sera appelé à se renforcer, à croire les observateurs aguerris, les prochains mois, car l'Etat a cessé de le combattre. Il est même arrivé à le tolérer. Preuve en est, ces chaînes de télévision, relais des islamistes radicaux, qui s'autosaisissent à l'avènement de la moindre idée progressiste qui émerge de la frange la plus importante de la société algérienne, et livre ces jeunes à un véritable lynchage médiatique. Ces campagnes attisent les frustrations et encouragent la division, créant ainsi deux mondes parallèles dans la même société, prélude à une confrontation violente entre ces jeunes que personne ne pourrait stopper si par malheur ceci venait à se produire.L'intégrisme, conjugué à la violence qui ne cesse de prendre des proportions dangereuses, est une donne qui doit nécessairement interpeller les responsables patriotes afin d'éviter une crispation nourrie et soutenue et qui mènera sans aucun doute au chaos. Il ne faudrait donc plus craindre le bruit des bottes, mais plutôt le silence des pantoufles.


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