
A tous ceux qui attestent avec de grosses certitudes que Tizi-Ouzou est une ville à l'histoire très récente, beaucoup de vestiges leur apportent un cinglant démenti. Des traces datant de l'an 800 avant JC démontrent clairement de contacts et d'échanges fructueux entre la population berbère locale et les habitants de la rive nord de la Méditerranée. D'ailleurs, les Phéniciens se sont bien implantés sur les rivages proches de Tizi-Ouzou, plus précisément à Dellys, Tigzirt, Azzefoun. Plus tard, les Romains iront jusqu'à s'implanter dans les contrées intérieures comme Taourga, Djemaâ Sarahidj où des ruines ont été découvertes. Puis vint la période de ce que les historiens appellent l'islamisation de la Kabylie est qui ne s'est pas faite sans heurts malgré l'adhésion d'une partie de la population qui s'est montrée sensible aux prêches de marabouts d'alors. Une autre partie de la population, la plus importante nous dit-on, fera de la résistance comme le firent les habitants des Aurès sous la direction de la célèbre Kahina. A ce sujet, Ibn Khaldoun notera que de nombreuses tribus opposeront une résistance farouche aux envahisseurs Hafsides en refusant de leur payer l'impôt. Une résistance qui sera facilitée par le relief boisé de toute la Kabylie. Mais plus tard on assistera à une adhésion massive au rite malékite tandis que le maraboutisme s'étendra et donnera naissance à une grande confrérie, la Rahmania. Quant à l'empire Ottoman, il ne pénétrera pas dans la totalité de la Kabylie et se contentera d'en contrôler les centres urbains en surveillant de près les déplacements des populations. Libertés restreintes comme les prémisses de la colonisation française qui rencontrera une grande résistance de la part d'une population déjà rodée et évoluant à l'aise dans un relief montagneux. Ce n'est qu'au bout de 27 ans de guerre féroce livrée aux « rebelles » que l'armée réussira à occuper toute la région. Mais la lutte pour l'indépendance ne s'arrêtera pratiquement jamais jusqu'au déclenchement de la Révolution de novembre 1954 et connaîtra ses figures de proue dont la célèbre Fatma N'Soumer qui en fera voir de toutes les couleurs à l'oppresseur français. Toute la Kabylie verra alors ses activités économiques déstructurées par le colonialisme ravageur et destructeur, ce qui poussera beaucoup d'habitants à s'exiler pour travailler notamment en France, faisant de la région un gros fournisseur d'émigrés. Cette région très « spécifique » dont le chef-lieu Tizi-Ouzou, connaitra au cours des décennies précédentes de nombreux soubresauts dus essentiellement à des revendications identitaires. Il faut donc noter le caractère apaisant apporté par la nouvelle Constitution qui reconnaît le tamazight comme langue officielle. Que de chemin parcouru depuis que l'écrivain Mouloud Mammeri fut interdit de conférence à l'université de Tizi-Ouzou, déclenchant ce qui deviendra le printemps berbère. La ville elle-même se décline en trois parties essentielles, la « haute-ville » appelée « dechra » et qui constitue l'âme de la cité avec ses maisons basses, ses venelles étroites, ses mosquées de type ottoman. Le centre-ville et ses avenues larges et spacieuses où sont concentrées toutes les activités et enfin la Nouvelle ville et ses « excroissances » urbaines, ses cités anonymes avec leurs barres d'immeubles... On s'arrête un moment pour casser la graine dans un ces restaurants typiques de tout le pays, propret et proposant une carte standard qui, par crainte de l'inconnu, vous pousse vers le classique steak-frites. Ici, tous les magasins sont frappés des couleurs locales, celles de la JSK, la passion de toute la région. Le club le plus titré d'Algérie et qui fut à une époque le grand fournisseur de la sélection nationale, mais qui, au gré des saisons, accomplit un parcours irrégulier. Comme présentement où le club fait l'objet de vives contestations remettant en question la gestion du président qui règne sans partage depuis bientôt un quart de siècle. Tizi Ouzou, c'est aussi la région qui a donné à l'Algérie les plus illustres des artistes et fins lettrés. De Hadj M'hamed el Anka dont la famille est originaire d'Azzefoun à Tahar Djaout qui repose dans le petit village d'Oulkhou en passant par les chantres de la littérature que sont Mouloud Mammeri et Mouloud Feraoun ainsi que les nombreux chanteurs et artistes-peintres qui nous excuseront de ne pouvoir les citer tous dans ce modeste espace... La nuit tombe, Youcef, un vieux routier de la presse a insisté pour nous offrir ce qu'il appelle un modeste repas. « Seksou bel kadid », le couscous à la viande séchée, aux fèves et aux cardes, est un véritable régal. Demain un régal des yeux nous attend. Yakouren et Tala Guilef, hauts lieux de la randonnée en montagne.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A A
Source : www.horizons-dz.com