Tizi-Ouzou - A la une

Mohand-Arezki Bouziane s'en souvient



Témoins - Bon nombre de ceux qui ont fait que l'Algérie est, aujourd'hui, un pays indépendant ne sont plus de ce monde. Certains de ceux encore en vie, préfèrent, pour une raison ou pour une autre, rester dans l'ombre.
Pour pouvoir remonter jusqu'à cette époque macabre des tortures pendant la Guerre de Libération, nous nous sommes rendus à Tadmaït, dans la wilaya de Tizi Ouzou où nous avons rencontré El-Hadj Arezki Bouziane.
C'est après avoir longuement insisté, que ce moudjahid ' âgé aujourd'hui de 81 ans (il est né le 6 mars 1931) ' a bien voulu remonter avec nous à ses années de détention dans le camp de regroupement dit Camp-du-Maréchal (anciennement un moulin à l'huile traditionnel) sis en plein centre de la ville de Tadmaït. Entouré de cinq de ses anciens compagnons d'armes toujours en vie, El-Hadj Arezki se souvient de tout comme si cela datait d'hier.
Il a été arrêté sur les monts de Sidi Ali Bounab le 31-09-1957. «Après quatre mois de séquestration on a été transféré dans un autre camp pas très loin entre Draâ El-Mizan et Boghni (toujours dans la wilaya de Tizi Ouzou). Vu le calvaire que nous vivions dans ce camp, une seule idée nous hantait l'esprit : l'évasion. Mais les militaires se sont rendu compte de notre plan», a-t-il dit. Et de poursuivre : «C'est ce qui a contraint l'administration coloniale française à songer à notre transfert vers notre point de départ pour être acheminés enfin vers le camp de détention de Boussouil dans la wilaya d'Oran vers le début de l'année 1958 pour être déplacés en 1960 dans le camp de Sidi Echahmi dans la même wilaya.» Pour El-Hadj Arezki, «tous les moyens ont été utilisés par les tortionnaires pour nous soustraire la moindre information». «Parfois on se demandait si on avait vraiment en face de nous des êtres humains. Ils étaient impitoyables. Moi personnellement j'en ai vu de toutes les couleurs.
Si j'ai de la chance de vous raconter aujourd'hui ce qu'on a enduré, ce n'est pas le cas de milliers d'autres qui ont succombé sous la torture», a-t-il encore témoigné.
Parmi les tortures subies, il cite le viol, le jet d'eau froide, le supplice de la baignoire remplie d'excréments et les électrochocs. Les souvenirs sont trop douloureux à évoquer pour El-Hadj Arezki, qui marque une pause. «Excusez-moi.
C'est plus fort que moi. Ce n'est vraiment pas facile pour qui ce soit de revivre des moments aussi sombres», a-t-il dit les larmes aux yeux. Et c'est là que nous avons compris pourquoi Mohand-Arezki Bouziane a refusé qu'on s'installe avec lui sur la terrasse de sa maison.
Tout simplement parce que l'endroit qui hante ses longues nuits n'est qu'à quelques mètres de son actuelle résidence (maison familiale). Même si du Camp du Maréchal, «cette prison que tous les maquisards redoutaient», il ne reste que des décombres aujourd'hui.
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