De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati
C'est bientôt la fin du Ramadhan qui a saigné les familles algériennes pour cause de cupidité de spéculateurs et impuissance des institutions publiques. Les spéculateurs, ou les requins des produits alimentaires, attendent de donner le coup de grâce à ces familles à l'occasion de l'Aïd pour chercher d'autres occasions mesquines pour faire fortune sur le dos des plus démunis. Il y a aussi les requins de l'habillement qui profitent toujours des fêtes de l'Aïd pour assommer les pauvres familles. Les requins sont dans tous les secteurs, mais les plus «redoutables», ce sont les requins de la culture qui agissent dans l'ombre avec une impunité extraordinaire, les artistes arnaqués se sentant dans l'incapacité de dénoncer leurs agissements.Dans la wilaya de Tizi Ouzou, ils ne sont pas nombreux, semble-t-il, mais aucun artiste contacté n'a révélé qu'il a déjà eu à faire à des arnaqueurs, généralement des producteurs ou éditeurs. Donc, soit que les arnaques ne sont pas nombreuses dans cette wilaya, soit que les arnaqueurs sont tellement puissants qu'ils arrivent à camoufler leurs agissements par des procédés de génie. Mais si les artistes refusent de s'exprimer sur le sujet, certains proches n'hésitent pas à en parler, même si les informations en leur possession peuvent paraître approximatives ou basées sur des déductions personnelles.
C'est ainsi que l'on apprendra que les requins de la culture utilisent des procédés de lâches. Selon le proche d'un chanteur, certains éditeurs choisissent d'abord leur proie. Ils ne s'attaquent jamais aux artistes de renom, sinon cela leur retombera sur la tête. Leur lâcheté les mène vers les jeunes chanteurs débutants. Ces jeunes artistes vulnérables qui espèrent mettre leurs produits sur le marché, à tout prix, parce qu'on leur fait croire que toutes les portes sont fermées, alors qu'elles sont entrouvertes. Une entrouverture qui permet de surveiller l'artiste fragile, comme les fauves surveillent leurs proies dans la jungle avant d'attaquer. Qui permet aussi de faire miroiter une possibilité au jeune artiste pour l'empêcher de désespérer et lui faire croire, à la fin, qu'il bénéficiera d'une «faveur». Une faveur qui va lui coûter cher, bien entendu.Selon notre source, l'éditeur qui a un programme précis pour l'année, se dit favorable à une aventure avec un nouveau venu dans le monde de la musique, si son programme, incluant des artistes connus, est susceptible de marcher et de couvrir les risques qu'il va prendre. Il prend le produit sans promettre une édition à l'artiste. Ce dernier s'accroche à cette idée parce qu'on l'a convaincu, dés le début, que c'est la seule solution. Si au bout de quelques mois, l'éditeur décide de ne pas mettre le produit sur le marché pour une raison ou une autre, le jeune artiste risque de devoir tout refaire, notamment si de nouvelles sonorités arrivent sur le marché, le produit étant mis sous le boisseau.Et c'est là que l'éditeur devient un vautour, c'est quand il sent que le produit proposé peut connaître le succès. Dans ce cas, il procède de la même manière avec la porte entrouverte, le sentiment de faire une faveur à l'artiste ou même lui rendre service. Ensuite, il fera signer au jeune artiste, qui prend dans ce contexte le statut de pigeon, un contrat de longue durée (jusqu'à cinq années) pour le maintenir dans son giron le plus longtemps possible. De ce fait, le jeune artiste est piégé et ne peut plus rien contester, redoutant des représailles qui lui obstrueraient la route vers le succès rêvé. Et là, c'est le degré d'avidité de l'éditeur qui décidera des suites à donner à la démarche, l'artiste se retrouvant à sa merci. Si le requin perçoit une grande possibilité de succès pour l'artiste, il anticipera et lâchera un peu de lest, comme une sorte d'investissement pour la période qui suivra l'expiration du contrat signé. Dans un autre cas, il restera comme une sangsue jusqu'à la fin du contrat, avant que le jeune artiste ne soit abandonné à son triste sort. Et dans les deux cas, l'artiste est incapable de dénoncer et de se défendre parce qu'il percevra l'affaire comme une humiliation que l'on ne peut rendre publique. Une attitude très appréciée par les requins qui ne se font pas prier pour poursuivre leurs aventures de prédateurs.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M B
Source : www.latribune-online.com