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Kabylie : les artistes sont loin de gagner leur vie avec le cinéma Malgré une production locale de plus en plus présente sur le marché



Kabylie : les artistes sont loin de gagner leur vie avec le cinéma                                    Malgré une production locale de plus en plus présente sur le marché
Le cinéma en Kabylie a commencé à susciter, depuis quelques années, l'intérêt des jeunes producteurs et des réalisateurs qui essayent, tant bien que mal, de promouvoir un genre artistique, en dépit du peu de moyens matériels et financiers. Que ce soit à Béjaïa, Tizi Ouzou ou Bouira, la production cinématographique arrive à se faire une petite place sur les étals des disquaires et attire de plus en plus de public. La création du Festival du cinéma amazigh a encouragé les jeunes scénaristes en herbe et les boîtes de productions locales à se lancer dans l'aventure cinématographique, même si au bout de cette course il y a souvent la désillusion comme on l'a constaté chez de nombreux jeunes. En dehors des productions destinées à la télévision algérienne, pour sa chaîne TV4 en langue amazigh, notamment pour la période du mois de Ramadhan, le cinéma demeure au stade artisanal. Les films qui circulent sur le marché sont souvent de qualité médiocre aussi bien du point de vue esthétique que technique. Bande sonore de mauvaise qualité, scènes mal entrecoupées, jeu des acteurs beaucoup plus proche du théâtre que du cinéma, prises de vue mal réfléchies, et d'autres défauts qui ont leurs justifications. Cela sans oublier les thématiques abordées, souvent d'ordre social, qui sont le signe d'un jeune cinéma qui se cherche, en l'absence de scénaristes capables de pousser ce genre aux cîmes comme c'est le cas pour le théâtre et pour la musique kabyle. Comme évoqué auparavant, en l'absence du nerf de la guerre, c'est-à-dire l'argent, il ne faut pas s'attendre à ce que la production cinématographique soit à la hauteur des attentes du public qui est habitué à un cinéma de qualité qui nous vient d'Hollywood ou d'autres contrées. Les films en Kabylie sont produits dans leur quasitotalité par des jeunes étudiants qui, dans leurs chambres universitaires, nourrissent l'idée d'un film, avant de concrétiser leur projet durant la période des vacances estivales. Ils tournent avec une caméra bas de gamme qu'un parent ou un ami leur prête pendant quelques jours pour les besoins du tournage. Pour certains films, comme «Tixidas» ou «Tant pis, je m'en fous» qui ont été largement projetés dans les bus sur les moyens et longs trajets, c'est l uvre de jeunes artistes de Mekla, amateurs de théâtre, qui ont eu recours aux mêmes moyens dérisoires pour les besoins du tournage. Des membres de la famille sont sollicités pour jouer les rôles secondaires ou participer comme figurants. Il est évident que ces acteurs d'un film ne seront jamais payés, au même titre des acteurs principaux qui sont à la fois les réalisateurs et les scénaristes de ces productions qui ont le mérite de soulever de réelles problématiques auxquelles est confrontée la société en Kabylie et qui ne diffèrent pas vraiment de celles vécues par les autres régions du pays. Sans certains producteurs et studios qui leur donnent un coup de pouce, à l'instar de Galaxie Pro qui leur assure une meilleure distribution du produit, l'argent engrangé de la vente des DVD ne couvre même pas les frais de transport, de nourriture et autres dépenses liées à la phase de montage. Résultats des courses : ces artistes s'arrêtent à la production d'un film et préfèrent ainsi retourner sur les planches des théâtres. Faire des films est souvent un geste militant pour la promotion de la culture et de la langue kabyle et amazigh, en ressuscitant des mots et des expressions anciennes disparus de l'usage quotidien. Ces films sont aussi l'occasion de révéler le talent de certains artistes qui vivent d'autres métiers que le théâtre ou le cinéma. Dans un pays où la production cinématographique se limite à quelques films et séries, produits pour la période du Ramadhan, les jeunes artistes kabyles ne comptent pas trop sur le septième art pour gagner de quoi vivre. Pour eux, se faire plaisir et défendre la culture locale constitue le seul gain.
L. M.
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