De notre correspondant à Tizi Ouzou
Lakhdar Siad
La rentrée sociale en cours est crainte par l'ensemble des catégories de la société, les plus lésées en premier lieu, et n'augure rien de positivement remarquable par rapport aux précédentes rentrées, moroses, tendues et très difficiles, synonymes de peur des ménages, notamment des parents d'élèves, face à l'inflation et à la multiplication par deux ou trois des prix des produits alimentaires de base, et peut-être des articles scolaires, appréhensions justifiées des milliers de chômeurs quant à leur avenir dans le monde actif (insertion ou attente ') et menaces accrues sur les libertés politiques et syndicales. Surtout que la population de la région de Kabylie a trop mal respiré durant l'été et a été soumise à des exacerbations diverses dans tous les domaines frisant souvent la provocation et sentant même, par endroits, la manipulation des situations sociales délétères ou jugées trop sensibles avec des conséquences graves et inéluctables. Flambée des prix des fruits et légumes, y compris des aliments de saison prisés pour leur accessibilité aux bourses moyennes, coupures longues et répétées de courant électrique, pénuries d'eau dans les chefs-lieux urbains et les villages (on manque toujours d'eau potable à quelques mètres seulement du barrage de Taksebt qui alimente pourtant régulièrement plusieurs wilayas d'Algérie), canicule prolongée et aggravée par des incendies criminels qui ont emporté des milliers d'hectares de couverture végétale, morts en nombre élevé sur la route, report inopportun ou bien carrément annulation des départs en vacances pour nombre de familles habituées à le faire, pour cause de coïncidence de la période avec le mois du carême, décalage des fêtes familiales et arrivée des émigrés qui constituent des apports de joie dont on se passe rarement pour à peu près les mêmes raisons. Alors quelle est dans ces conditions la couleur de la rentrée sociale attendue dans une dizaine de jours ' «Ça va de mal en pis, tout le monde le sait et tout le monde le vit tous les jours. Oui, ça va pour les peinards qui ont le pouvoir, qui ont des ficelles sinon qu'est ce que tu veux qu'il arrive à la rentrée pour nous, rien, ça sera peut être pire», constate un ancien épicier du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou, qui dit avoir pensé fermer son commerce pour ne pas affronter la réaction de ses clients qui se plaignent tout le temps des prix «trop élevés» qu'il affiche, «malgré moi», dit-il. «J'ai songé à stopper tout, changer d'activité pour ne pas croiser les yeux en colère de ma clientèle qui ne veut pas comprendre que je n'ai rien à voir dans la montée en flèche des prix des aliments de base ; mais quoi faire ' C'est pareil pour tous les autres métiers apparemment, tous les secteurs sont gangrénés, pourris, l'informel prend tout, ça y est on a touché le fond», désespère-t-il. Il résume ainsi la tension qui règne dans le secteur commercial qui concentre une bonne partie des raisons de la colère de la population. D'où une grande tension pour la rentrée, qui s'annonce plutôt difficile et plus compliquée que les précédentes sachant, d'autre part, que des dates et évènements politiques se profilent à l'horizon ou risquent même de se produire ces jours-ci. Dans les QG des partis politiques, l'ordre du jour est à la participation ou non aux prochaines élections locales prévues en novembre prochain, quoique le «oui» l'emporte dans la majorité des cercles de décisions des organisations politiques. Des débats pour «des places» dit la vox populi qui, par ailleurs, se tiennent en dehors des centres d'intérêt des électeurs qui seront sollicités et qui sont accaparés durablement, pour la plupart, par les vicissitudes de la vie. Un chiffre pour clore le tableau noir et l'absence d'horizons prometteurs. Sur plus de 40 000 demandes déposées en 2011 au niveau des agences de l'emploi de la wilaya de Tizi Ouzou, seules un peu plus de
4000 ont trouvé écho, soit le dérisoire taux de 10 %. Et encore, parce que quand un chômeur est recruté dans le cadres des filets sociaux en vigueur, on ne sait jamais pour combien de temps ni comment ni combien, ni quand il sera payé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L S
Source : www.latribune-online.com