De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati
Il y a environ une quinzaine d'années, les pouvoirs publics ont créé l'Agence nationale de soutien à l'emploi de jeunes (Ansej). Un organisme chargé d'accompagner les nombreux chômeurs du pays dans une démarché créatrice de micro-entreprises, dans le but de ralentir l'accroissement d'un chômage de plus en plus lourd pour un pays qui n'était pas encore sorti de la violence destructrice de vies humaines et du tissu économique. L'engouement des jeunes algériens pour le dispositif Ansej était sans pareil. Des dizaines, voire des centaines de milliers de jeunes se sont rués vers les sièges de l'Ansej dans toutes les wilayas du pays. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, c'était le même topo. Des queues interminables étaient et sont encore perceptibles devant les locaux de cette agence d'aide à
l'emploi de jeunes, sis au centre-ville de Tizi Ouzou. Des jeunes à la recherche d'une aide pour une activité et qui voyaient leur avenir s'éclaircir un peu après des années d'oisiveté et de souffrance. Une occasion pour la wilaya de Tizi Ouzou de multiplier les créneaux d'investissement qui devaient réanimer un tant soit peu sa vie économique.Sauf que devant cette ferveur populaire, les gestionnaires de l'Ansej n'ont pas pris le recul nécessaire dans leur gestion des dossiers. L'étude du marché a été scandaleusement négligée quand il s'agissait d'accorder une aide pour une activité quelconque. Après une boulimie de cybercafés dont bon nombre ont tout simplement baissé rideau, et celle du transport qui a fait des routes un enfer de camions, de fourgons et de véhicules utilitaires, l'Ansej a aussi péché par la provocation d'une autre boulimie : celle des entreprises de bâtiment qui pullulent dans la wilaya de Tizi Ouzou. La meilleure manière de tuer une activité, c'est de multiplier les intervenants, avec une certaine propension à accorder des aides même à ceux qui n'ont pas l'expertise requise. L'Ansej a, en réalité, créé ce que les entrepreneurs qualifiés appellent «les casseurs de prix» qui participent, même involontairement, à mettre dans la difficulté les entrepreneurs accordant une importance viscérale à la qualité du produit et surtout à sa sécurité. Et Tizi Ouzou est un peu spécifique dans la mesure où les projets sont déjà rares pour satisfaire uniquement les opérateurs qualifiés. Dans le but d'acheter la paix sociale, les responsables de l'Ansej, et derrière eux peut-être les pouvoirs publics, ont privilégié la quantité à la qualité.Dans cette wilaya, ils sont nombreux, très nombreux les opérateurs qui ont dû mettre la clé sous le paillasson en raison de cette concurrence insensée et déloyale. D'autres ont carrément quitté le territoire de la wilaya vers des cieux plus cléments. C'est le cas d'un jeune entrepreneur, architecte de formation, que l'Ansej a aidé pour créer son entreprise de bâtiment en 2002. Il réussira tant bien que mal à maintenir son entreprise en vie, «à cause des casseurs de prix qui soumissionnent à bas prix, mais réalisent des travaux sans la qualité». «C'est ce qui fait la médiocrité du bâtiment à Tizi Ouzou», assène notre interlocuteur qui a requis l'anonymat. Sa patience et sa résistance l'ont aidé à tenir le coup jusqu'en 2006 quand une institution d'une autre wilaya du pays a publié un avis d'appel d'offres pour la réalisation de logements. Il soumissionnera et se lancera dans une petite expérience qui le décidera à rester dans cette wilaya à ce jour. «C'est une wilaya en expansion où il y a beaucoup de travail, en plus de la considération dont jouissent les opérateurs économiques, contrairement à notre Tizi Ouzou», ajoutera-t-il sèchement avant de dénoncer les lenteurs administratives et autres blocages pour des petites futilités. «Vous savez que dans la wilaya où je suis, quand il y a une petite erreur sur la facture ou un document quelconque, les agents de l'administration corrigent le plus normalement du monde et font avancer le dossier, alors qu'à Tizi Ouzou, les dossiers et autres factures sont rejetés pour un oui ou pour un non, et même pour une petite virgule», affirme le jeune entrepreneur, et de dénoncer également la lenteur dans le traitement des situations qui dure souvent plus de deux mois, «au moment où ici, en quinze à vingt jours les situations sont traitées quasi (-) machinalement». Aujourd'hui, l'entrepreneur de Tizi Ouzou qui a remboursé ses prêts bancaire et Ansej, a bénéficié d'une extension de ses activités, et son entreprise vit un épanouissement que nombre d'entreprises de Tizi Ouzou lui envient. Doit-on quitter Tizi Ouzou pour réussir '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M B
Source : www.latribune-online.com