Tizi-Ouzou - A la une

«Beaucoup de handicaps pourraient freiner la pénétration des marchés africains»



«Beaucoup de handicaps pourraient freiner la pénétration des marchés africains»
L'adaptation des produits aux marchés africains, l'assistance du secteur bancaire et de la douane, l'assurance?qualité, les normes techniques et la logistique sont, selon Brahim Guendouzi, enseignant à l'université de Tizi Ouzou, autant de paramètres à prendre sérieusement en considération pour espérer réussir l'expérience en terre africaine.- Comment évaluez-vous la coopération entre l'Algérie et ses principaux partenaires commerciaux 'La coopération entre l'Algérie et ses principaux partenaires commerciaux est ordinaire, dans le sens où l'on se contente d'échanger des produits énergétiques d'un côté avec des produits manufacturiers de l'autre, sans grande ambition afin de les rehausser à un niveau plus qualitatif. Il faut dire que la diplomatie économique est quasi inexistante dans ce cas.L'absence de volonté de part et d'autre fait que les relations commerciales de l'Algérie avec l'extérieur restent en deçà des potentialités que recèle l'économie algérienne. D'autant plus que les opérateurs économiques ne semblent pas eux aussi trop vouloir s'investir dans des actions plus concrètes, et ce, pour des raisons multiples spécifiques à chaque partie.Les relations économiques Nord-Sud sont réputées assez déséquilibrées compte tenu de la nature des forces en présence. Par ailleurs, les rapports Sud-Sud peinent à progresser du fait de nombreux obstacles tant objectifs que subjectifs. L'Algérie se trouve à la croisée des chemins, car étant un pays pétrolier avec des ressources conséquentes elle n'arrive pas à trouver le chemin de la croissance économique durable lui permettant de rehausser le niveau de coopération avec ses partenaires étrangers.- Concernant l'Union européenne et l'Algérie?Les relations commerciales de l'Algérie avec les pays de l'Union européenne sont relativement plus consistantes puisque les importations du pays représentent 60% du total. De même que les exportations de pétrole et gaz à destination des pays européens sont conséquentes. L'accord d'association signé entre l'Algérie et l'Union européenne a eu pour effet d'encadrer et en même temps de dynamiser ces relations commerciales. Le démantèlement tarifaire, certes progressif, s'est fait au détriment de l'Algérie.Les mesures d'accompagnement ont été timides, comme par exemple les programmes de mise à niveau des entreprises qui n'ont pas eu les effets escomptés. Le constat actuel est amer : l'explosion des importations, alors que la structure des exportations n'amorce pas de mouvement de diversification.- La nécessité de se tourner vers d'autres pays, notamment vers l'Afrique, est de plus en plus évoquée. Qu'en pensez-vous 'Toute destination commerciale est la bienvenue pour le cas de l'Algérie, y compris les économies africaines dont certaines connaissent des taux de croissance économique appréciables, et ce, compte tenu de nombreuses contraintes qui les caractérisent.- Comment les entreprises algériennes comptent-elles alors s'y prendre 'La question mérite d'être posée à maints égards. Il y a précisément le fait de la taille de ces entreprises en termes de moyens matériels, humains, financiers, organisationnels et technologiques pouvant les handicaper à l'approche de ces marchés. Ensuite, il est de notoriété que les opérations d'exportation nécessitent un savoir-faire, des frais spécifiques lourds, une confrontation à de nombreux intermédiaires et une prise de risques élevée, dont on sait que les PME ne sont pas toujours à même d'accepter.Cette nouvelle orientation de la politique commerciale vers l'extérieur ne pourra être totalement efficace ni aboutir à une amélioration de la performance de l'économie nationale et celle des entreprises industrielles si par ailleurs la politique macro-économique se caractérise par des insuffisances et des lenteurs.- L'Afrique peut-elle constituer une alternative plus fructueuse pour les entreprises algériennes face aux difficultés d'accès aux autres marchés, notamment européens 'Les marchés africains peuvent dans certains cas présenter des opportunités d'exportation pour des entreprises algériennes. Mais attention, il y a beaucoup de handicaps qui pourraient freiner le processus de pénétration de ces marchés. Il y a, par exemple, l'inexistence d'accords commerciaux préférentiels, d'autant plus que l'Algérie n'étant pas membre de l'OMC elle ne peut bénéficier de la fameuse clause de la Nation la plus favorisée (NPF) en vigueur entre les pays membres de l'organisation. Ce fait aura pour conséquence de pénaliser les produits algériens en termes de droits de douane et autres mesures non tarifaires de protection commerciale.Par ailleurs, en matière d'implantation d'entités commerciales ou productives dans les pays africains, il faut tout d'abord prendre la précaution de signer des accords de non-double imposition afin de garantir sur le plan fiscal les intérêts des opérateurs algériens. Le manque d'expérience des entreprises algériennes à l'approche des marchés étrangers fait que l'Etat soit contraint de leur assurer un accompagnement adéquat.Il existe un dispositif de promotion des exportations hors hydrocarbures (Fnspe, Algex, Cagex, CACI, etc.) qu'il faudra parfaire en tenant compte des réalités des marchés africains que personne ne maîtrise d'ailleurs. Au demeurant, il reste l'identification à faire du potentiel de produits exportables, ainsi que les entreprises qui disposent de capacités organisationnelles, humaines et financières et qui ont la volonté à vouloir développer des flux d'exportations en s'investissant dans tous les domaines touchant cette activité.La question de l'adaptation des produits aux marchés africains, l'assistance du secteur bancaire et de la douane, l'assurance-qualité, les normes techniques, la logistique, etc., sont autant de paramètres à prendre sérieusement en considération pour espérer réussir cette expérience en terre africaine. Vouloir cibler les marchés africains, c'est bien ; le faire concrètement et durablement n'est pas évident. Quelques opérations sporadiques ont une chance d'aboutir. Ce sera un apprentissage.Cependant, l'accès aux marchés étrangers, et pas uniquement africains, nécessite à la fois une stratégie, des ressources conséquentes et des savoir-faire. Cela se construit sur les moyen et long termes. Surtout avec la nouvelle orientation du commerce international autour des chaînes de valeur mondiales.- Quels sont, justement, les facteurs sur lesquels il y a lieu de jouer pour améliorer le niveau des relations et passer au stade de l'investissement 'Je considère que l'Algérie a intérêt à se doter d'une structure officielle à même de gérer ces questions qui deviennent de plus en plus complexes dans le contexte de la mondialisation. Je pense à la création d'un Secrétariat d'Etat au Commerce extérieur pour plus de synergie entre les différents acteurs concernés par les échanges commerciaux avec l'étranger.Il y a lieu de mettre de l'ordre dans les importations, où nous constatons malheureusement beaucoup de failles. La question centrale de la diversification des exportations hors hydrocarbures est qu'il faudra se doter d'une véritable stratégie afin de pouvoir intégrer les chaînes de valeur mondiales par lesquelles des flux commerciaux seront susceptibles de se développer. La question de la normalisation et des normes internationales doit être prise en charge dans l'intérêt des entreprises algériennes.L'accompagnement des sociétés exportatrices par les pouvoirs publics est également une préoccupation légitime à ne pas ignorer. Il y a en définitive de nombreuses interrogations qui sont en suspens depuis de nombreuses années du fait de l'absence d'une structure qui élabore des réflexions et mène des actions en profondeur car le commerce extérieur, l'investissement et la production s'organisent de plus en plus autour des chaînes de valeur mondiales (CVM).Le règlement n°14-04 du 29 septembre 2014 fixant les conditions de transfert de capitaux à l'étranger au titre de l'investissement à l'étranger par les opérateurs économiques de droit algérien est certes encourageant pour l'activité d'exportation et d'investissement, mais cela reste insuffisant s'il n'y a pas d'autres mesures d'accompagnement.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)