Nous ne sommes pas utopiques. La démo-cratie dans les pays arabes ne se fera pas du jour au lendemain. Les prix Nobel institutionnalistes d'économie ont montré récemment clairement que de nouvelles institutions prennent du temps pour leur efficacité.
C'est le constat après la chute des régimes égyptien, tunisien et libyen où les familles de ces dictateurs et leur entourage accaparent la richesse de leur pays se refugiant sous le couvert de discours dits nationalistes, de l'anti-anti-impérialisme. Mais ces discours à usage de consommation interne, les étrangers connaissant parfaitement les comptes de ces dirigeants, ne trompent plus la population locale confrontée à des conditions difficiles de leur vie quotidienne, étant parabolés. Le cas libyen n'échappe pas à cette règle. Un Etat riche avec une population majoritairement pauvre, étant une économie rentière. Seïf al-Islam, longtemps présenté comme le dauphin de Mouammar Kadhafi, contrôle le secteur stratégique via le groupe public One-Nine Petroleum et la presse à travers One-Nine Group. Aucune publication ne peut exister sans l'accord de cet organisme intimement lié au premier cercle du pouvoir en Libye. Autre domaine sensible : les télécommunications, où c'est donc Mohamed Kadhafi, un autre fils du leader libyen, qui contrôle ce secteur. Pour l'immobilier, c'est un autre fils, Saâd, qui le contrôle où en 2006, il avait lancé la construction d'une ville entière située dans une zone à forte valeur touristique. Et surtout c'est la famille qui contrôle les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (LIA) estimés à 75 milliards de dollars et plus de 150 milliards si l'on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale, sans compter les placements occultes. La limitation drastique des libertés individuelles avait comme objectif d'empêcher la constitution d'élites pouvant contester le pouvoir en place. C'est la même logique qui a prévalu en ne redistribuant pas la manne pétrolière. On estime que la famille a eu à gérer 1 000 Mds de dollars durant ses 42 ans de règne. 3- Dépasser l'entropie actuelle pour une Libye moderne Lorsqu'on connaît les richesses de ce pays, on est frappé par le contraste entre le standing des constructions et la modestie des conditions de cette population où sur une population active de 2,5 millions, 30% sont au chômage pour deux raisons : les femmes sont au foyer (77% des actifs sont des hommes) et les subventions accordées aux citoyens ne les incitent pas à aller au travail. Pour les travaux pénibles et les tâches ingrates, ce sont les employés marocains, égyptiens, tunisiens, algériens, africains ou asiatiques qui s'en chargent. 50 % de la main-d''uvre est étrangère (Afrique, Maghreb, Asie). Nous ne sommes pas pessimistes. La Libye a des potentialités énormes, surtout en ressources humaines, richesse bien plus importantes que toutes les ressources en hydrocarbures. Sans entrer dans les détails nous nous en tiendrons aux axes directeurs. Le pétrole est la clé de l'économie libyenne. Ce qui suscite bon nombre de convoitises occidentales. Cependant, l'industrie pétrolière souffre de l'absence d'une politique d'investissement ambitieuse et sur le long terme. La nouvelle direction du pays doit s'atteler à élaborer un plan de développement sur 20 ans loin des intérêts des grandes compagnies pétrolières. Par ailleurs, une mauvaise utilisation des revenus pétroliers et leur accaparement par une minorité, voire une famille, n'a pas eu de retombées significatives sur ses populations. La principale richesse de la Libye, ce sont ses enfants qui aspirent à la démocratie, au respect et à la justice sociale. Afin que les Libyennes et les Libyens participent à l'édification d'un Etat moderne et prospère, la priorité des priorités c'est de remettre à plat tout le système éducatif du primaire jusqu'à l'enseignement supérieur. Les transports sont à améliorer (il n'y a pas de ligne ferroviaire). Le secteur du tourisme a été délaissé car Kadhafi ne voulait pas que son peuple s'ouvre sur l'étranger. Le pays recèle des gisements insoupçonnés ; une côte aussi large que propice à des complexes touristiques. Les vestiges romains sont à mettre en symbiose avec ceux de Tipaza (Algérie) ou le Loukos et Volubilis (Maroc). Les infrastructures devraient favoriser le développement d'une activité soutenue. La gestion des entreprises était opaque avec une mainmise des fils et fille de Kadhafi. Un nouveau management stratégique et gouvernance s'impose. Cela passe par la formation et l'émergence de pôles de formation publics et privés. Des dispositifs de lutte contre la corruption doivent être mis en place dans la foulée de la dynamique révolutionnaire. Le système bancaire doit être réformé en profondeur afin de le rendre compatible avec les standards internationaux. Le problème pour la jeune République libyenne et son ennemi sera le temps. Il sera nécessaire de nouer des relations de coopération internationale, en privilégiant des accords avec des sociétés et banques maghrébines. Si le système Kadhafi a empêché la formation d'une démocratie parlementaire avec une Constitution et des institutions élues, on devra tenir compte impérativement de l'anthropologie culturelle de la Libye étant une mosaïque de tribus évitant que les Occidentaux mus par une vision mercantile veuillent plaquer des schémas importés qui auraient un effet de repoussoir. Les amis nombreux intellectuels libyens que nous avons rencontrés sont conscients de cette situation et du vide politique du fait de la gestion personnalisée que les partis politiques sont absents. Mais la population libyenne malgré la fermeture a évolué. L'une des tâches immédiates du CNT est de faire adopter une nouvelle Constitution et d'organiser des élections libres avec l'acceptation de tous de l'alternance, un régime parlementaire où le Premier ministre serait issu d'une majorité parlementaire qui aura la confiance du Parlement et doit gouverner en application du programme pour lequel il a obtenu les suffrages du peuple . Le président jouera le rôle d'arbitre, de garant des institutions, de l'intégrité territoriale, des libertés individuelles et de la représentation nationale dans les instances internationales. Il assurera la continuité de l'Etat en toute circonstance et du multipartisme, de l'Etat de droit et du respect de la Constitution. Il sera le dernier rempart contre l'obscurantisme et les velléités par un ou des partis de supprimer le fonctionnement démocratique des institutions. Le chef d'Etat est également le garant du respect des traités internationaux, notamment ceux portant sur les droits humains, de la femme et des enfants. Les citoyens doivent avoir leur destin en main en élisant une majorité et en la remerciant en cas d'insatisfaction par rapport à leurs attentes. Enfin le destin de la Libye est lié à son environnement géographique proche, le Maghreb. Les peuples de cette région ont témoigné et témoignent de leur attachement à l'union. La crainte de « bouleversements incontrôlables » qu'impliquerait une dynamique unitaire, nécessité historique et économique, est à l'origine d'un conservatisme stérile et contraire aux intérêts des populations. (Suite et fin)
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderrahmane Mebtoul
Source : www.lnr-dz.com