
Le moment est venu en cette année charnière de préparation du prochain plan quinquennal 2015-2019 de procéder à un bilan précis et à une évaluation sans complaisance du secteur des TIC. J'avais du reste tenté de le faire dans ces mêmes colonnes le 23 septembre 2013. Faisons donc une deuxième tentative qui intervient cette fois après l'introduction de la 3G. Les angles d'attaque et les données pour faire cet exercice, généralisable du reste à l'ensemble des autres secteurs, sont nombreux et variés. On peut en indiquer quelques-uns parmi les plus sensibles et les plus connus comme celui de l'état d'avancement du projet e-algérie 2013 que tout le monde semble avoir oublié, notamment dans sa déclinaison en matière de e-gouvernance, celui de la gestion chaotique du passage à la 3G ou bien encore celui de l'échec du plan Ousratic et enfin de l'identification des causes profondes des mauvais classements internationaux de l'Algérie en la matière. Il ne sert à rien de nier l'évidence : on est très mauvais, y compris par rapport à d'autres pays du continent africain que j'ai pu observer tels que l'Ethiopie ou la Namibie et l'Afrique du Sud qui commercialisent la technologie la 4G depuis un certain temps déjà.Il est vrai qu'en Algérie, des progrès sont palpables. A titre d'illustration on peut relever que la densité en matière de téléphonie mobile (nombre d?abonnés pour 100 habitants) a été de 102,11% en 2013 selon l'Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT). On peut rappeler également qu'en 2013, l'Algérie, premier pays d'Afrique en superficie, a déjà installé 43 000 km de fibre optique et que, selon la ministre en charge du secteur, toutes les communes du pays seront reliées à la fibre optique avant la fin du premier semestre 2014, y compris celles de Bordj Badji-Mokhtar, Tindouf et In Amenas. Ceci dit, tout le monde convient qu'en Algérie, l'obstacle principal aux effets d'entraînements vertueux des TIC réside dans l'utilisation insuffisante et médiocre qui est faite du hardware coûteux mis en place en termes d'infrastructures et de matériels. Cela est dû certes à la faiblesse de nos industries du contenu et autres services de software qui ont précisément pour vocation d'élaborer, de diffuser et/ou de commercialiser les produits numériques dans la sphère économique et sociale. Mais cela est dû aussi à des tropismes économiques et sociaux qu'il faudra combattre. À ce sujet on peut citer l'hypertrophie de la sphère informelle ainsi que les archaïsmes et les retards dans lesquels se trouvent beaucoup d'entreprises algériennes que la traçabilité numérique a justement pour vocation de réduire puis d'éliminer. C'est ce dont témoigne Ali Kahlane, président de l'Association algérienne de fournisseurs de services d'Internet (AAFSI) lorsqu'il relève que le secteur des TIC "savait que le développement de l'économie de l'information et du savoir ne pouvait se limiter au développement des infrastructures numériques... et que cela devait se faire en harmonie avec un environnement juridique et institutionnel solide". Pour ma part, j'irai plus loin en disant que le développement de ce secteur ne peut se faire sans la volonté et le courage politiques de réformer en profondeur la sphère économique et sociale. Comment voulez-vous qu'il y ait une avancée dans le paiement électronique si, à la moindre mesure pour rendre obligatoire le paiement par chèques des transactions commerciales d'un certain montant, la pression de quelques lobbies commerciaux formels et informels fait reculer les pouvoirs publics ' À l'inverse la généralisation de l'utilisation de la carte électronique Chifa, qui permet de faire prendre en charge les médicaments des malades chroniques, a été un succès parce que la volonté politique était forte.Enfin je terminerai par deux points qui montrent bien que ce secteur des TIC peut devenir un des secteurs moteurs dans le nouveau régime de croissance diversifié qu'il faudra engager. Le premier est sa contribution à la substitution aux importations de services. C'est dans cette perspective que semble se placer Mobilis, la filiale d'Algérie Télécoms lorsque son P-DG Saâd Damma avance comme argument commercial "l'argent des abonnés reste en Algérie". Maintenir et élargir les parts de marché de Mobilis face à des concurrents étrangers ou mixtes qui ont pour objectif de rapatrier le plus de dividendes est, dans un cadre concurrentiel, une bonne chose. Mais pour ma part j'aurai souhaité une ambition plus forte de la part de Mobilis. Celle d'aller conquérir des parts de marché en Afrique et ailleurs comme le font des opérateurs de pays voisins et même celui du Soudan. Deuxième point, le secteur des TIC (entreprises et administration) doivent appuyer et accompagner beaucoup plus les entreprises algériennes dans leur démarche de modernisation numérique car moins de 20% d'entre elles utilisent les TIC dans leur management. En contrepartie, le secteur trouvera un marché émergent avec un soutien, notamment financier, des pouvoirs publics déjà acquis puisque le programme de la mise à niveau des entreprises implique la mise à niveau numérique. Vous savez, on ne fait rien pour rien ou pour utiliser une expression à la mode c'est "gagnant-gagnant" pour le secteur des TIC et pour les entreprises. L'Etat aussi retrouvera ses billes puisque, au final, des entreprises plus performantes créeront plus de biens. C'est autant de gagné sur la facture des importations.M. Mmustaphamekideche@ymail.comNomAdresse email
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com