
On n'a pas assez fouillé la contribution des artistes et gens de lettres à la guerre de Libération nationale. Il est vrai qu'il reste beaucoup à écrire de notre histoire, autant dans sa globalité que dans ses aspects particuliers, et sa branche culturelle demeure un parent pauvre, sinon inexistant.Dans l'engagement des artistes pour la cause nationale, Ali Maâchi (1927-1958), musicien et chanteur, fait figure de proue. Cet ancien marin, devenu l'auteur de Angham El Djazaïr, fut assassiné par les militaires et son corps pendu avec deux de ses compagnons à un platane centenaire de la place de Tiaret.Le martyre des écrivains Réda Houhou (1911-1956) et Mouloud Feraoun (1913-1962), tous deux exécutés, illustre aussi d'une manière terrible la communauté de destin des artistes et auteurs avec le combat libérateur. Même s'ils n'étaient pas engagés dans les rangs du FLN et de l'ALN, leurs expressions, sinon leur existence-même, suffisaient à en faire des victimes de choix pour les parachutistes tortionnaires ou les milices des ultras de l'Algérie française. De même, Mohamed Touri (1914-1959), comédien et grand comique surnommé «le Buster Keaton algérien», fut emporté par les séquelles des tortures qu'il avait subies durant son emprisonnement.La grande cantatrice Fadhela Dziria (1917-1970) a connu les geôles de Serkadji pour avoir été agent de liaison et collectrice de fonds. D'une manière ou d'une autre ? funeste, dure ou plus sournoise ?, tous les artistes et intellectuels algériens ont eu maille à partir avec la police ou l'armée coloniale. Ces services ont commencé très tôt à s'intéresser à ces «voix de l'Algérie» dans un contexte historique fondé sur une négation de la culture algérienne. Le chercheur Ahmed A.Dellaï avait exhumé ainsi les fiches de police concernant Cheikh El Anka (1907-1978) et datées de 1939 (Arts & Lettres, El Watan, 07/12/13) ! Filatures, liens avec les milieux nationalistes, occupations, relations personnelles? tout y passait. N'oublions pas que parmi les premières mesures de l'autorité militaire française, vers 1838, figure l'interdiction des théâtres de marionnettes considérés comme subversifs. Le colonialisme avait hautement conscience du danger que représentaient pour lui l'art et la culture.Quel que soit leur degré d'enrôlement dans le combat libérateur, la plupart des artistes et écrivains y ont participé, faisant notamment de l'allusion et du symbole une arme terrible contre la censure coloniale très tatillonne. Défendre l'identité culturelle du pays recouvrait un enjeu stratégique.En créant en 1958 sa troupe artistique, le FLN reconnaissait de manière manifeste que la contribution des artistes à l'arrachement de l'indépendance nationale résidait justement dans leur art. Leurs fusils, c'étaient leurs plumes, leurs caméras, leurs guitares, leurs pinceaux, etc. Et ils ont atteint leurs cibles.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A F
Source : www.elwatan.com