
Ils sont en résidence légale ou en immigration clandestine, les ressortissants syriens et ceux de l'Afrique subsaharienne sont nombreux à avoir élu domicile à Tamanrasset pour fuir l'atrocité et les soubresauts qui secouent leurs pays respectifs.Leur présence dans la ville de Tin Hinan est très remarquée. Au bord de Oued Sersouf, Guettaa El Oued ou à Matna Talat, on les trouve visiblement partout. Céans, ils exercent tous les métiers et dans divers secteurs. Cependant nombre d'entre eux ont été contraints à la mendicité. Ce phénomène, faut-il le signaler, a pris de l'ampleur. Les instructions données par le gouvernement quant à la prise en charge de cette frange défavorisée sont malheureusement reléguées aux chapitres des projets en gestation. En dépit des assurances du premier magistrat de la wilaya, Mahmoud Djemaâ qui dit avoir accordé «la priorité au dossier des réfugiés officiellement reconnus», rien n'est concrétisé sur le terrain.«Les réfugiés souffrent le martyr face au regard ingrat et au rejet de la société. Depuis notre installation à Tamanrasset, en juillet 2013, aucune organisation ne nous a prêtés aide et soutien. Nous quémandons toute la journée pour une hypothétique obole sans parvenir à subvenir à nos besoins les plus élémentaires», relate avec amertume Norhane, une mère syrienne rencontrée devant la mosquée de la cité Malta. Acompagnée de ses deux petits enfants, Wissam et Aymen, elle y vient quotidiennement au moment des prières pour tendre sa sébile et implorer la compassion des fidèles. «C'est le seul moyen pour survivre quand on est loin de son pays», a-t-elle lâché, les yeux pleins de larmes.Norhane n'est pas la seule ressortissante syrienne à avoir choisi ce métier de la honte pour survivre, eu égard aux nombreuses familles présentes dans les coins et recoins de la ville de l'Ahaggar. Face à cette situation alarmante, aucune réaction officielle n'a été jusque-là enregistrée. Selon le président du comité de wilaya du Croissant-Rouge algérien, Moulay Cheikh, «le CRA n'a jamais été sollicité quant à la présence de réfugiés sur le territoire de la wilaya. Donc on ne peut pas intervenir. Ces migrants, syriens ou subsahariens ne sont pas reconnus comme étant des réfugiés, sinon ce serait de notre devoir de les prendre en charge dans le cadre humanitaire. Je tiens à affirmer que les migrants qui ont sollicité l'aide du CRA refusent la vie de ghetto». En effet c'est ce que nous avons constaté suite à une petite virée effectuée dans la ville marquée par l'affluence massive des Souadines (Noirs d'Afrique subsaharienne).Ces derniers travaillent dans le commerce informel, possèdent des magasins dans les marchés, ouvrent des restaurants, font les man?uvres dans les chantiers, travaillent dans les champs agricoles et occupent tous les lieux qui leur permettent d'avoir un revenu, même modeste. Leur situation administrative sur le territoire algérien et les conditions dans lesquelles ils vivent, les obligent à saisir forcément les occasions d'embauche qui leur sont offertes même en contrepartie d'une minable rémunération. Une situation qui profite beaucoup aux entrepreneurs qui les exploitent à un prix modique dans la réalisation des projets lancés dans la wilaya.Les migrants acceptent les offres d'emploi que les chômeurs tamanrassetis refusent pour ne pas manquer leur sieste sacrée. Les voir dans la capitale de l'Ahaggar donne l'impression qu'ils sont des citoyens à part entière, vivant en toute liberté et dans la légalité totale. Il nous est difficile d'avoir des chiffres exacts sur leur nombre dans la wilaya, puisque le sujet demeure un véritable tabou pour les autorités, notamment depuis la publication du rapport américain, en 2011, accusant l'Algérie de trafic d'êtres humains.Cependant, ce qu'il faut retenir c'est que la cohabitation des Noirs africains aux côtés des Noirs algériens n'est que l'autre face d'une réalité sociale basée sur les liens ancestraux entre les deux communautés et d'une politique ayant pour principale devise le bon voisinage. La communauté des Noirs est très présente dans cette ville où vivent les populations de 50 pays du monde qui s'ajoutent aux citoyens algériens issus des 47 wilayas. «Tamanrasset constitue ainsi une zone de transit et un passage inéluctable pour aller au Nord ou vers les pays de l'Europe, fuyant la pauvreté, la misère extrême, les conditions inhumaines et l'esclavagisme sauvage qu'ils vivent dans leur pays», souligne-t-on.Il suffit d'aller à la nouvelle gare routière, sise à 5 km au nord de la ville, pour confirmer cet état de fait. Les bus à destination des autres wilayas, où ils vont se lancer dans une nouvelle aventure, affichent souvent complets au grand bonheur des transporteurs. Contrairement aux dernières années lorsqu'ils étaient arrêtés et contrôlés à presque chaque barrage sécuritaire, les Subsahariens voyagent en toute quiétude à la quête de cieux plus cléments.Evitant de courir plus de risques, d'aucuns préfèrent s'installer à Tamanrasset pour gagner leur vie.Au fur et à mesure de leur présence sur le territoire de la wilaya, ils ont crée leurs propres habitudes et mènent un train de vie qui leur permet de travailler, de s'amuser et de faire face aux difficultés de la vie dans une ambiance particulière à même de leur faire oublier la tyrannie et le drame vécu quotidiennement à quelques toises seulement des frontières. Pour des raisons humanitaires, l'Algérie les a accueillis à bras ouverts et a décidé au terme d'une instruction adressée aux wilayas concernées de ne «rapatrier que les personnes impliquées dans des affaires criminelles ou celles recherchées judiciairement», précise une source sécuritaire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ravah Ighil
Source : www.elwatan.com