
Fuyant les conflits qui minent leur pays, des milliers de migrants subsahariens et, à un degré moindre, syriens, arpentent les rues des grandes villes algériennes à la recherche pour certains d'un travail, d'autres d'une aumône.Accompagnés souvent de leurs enfants, ils refusent d'être «parqués» dans des centres de prise en charge mis à leur disposition et gérés par l'Etat. Durant ce Ramadhan, leur présence dans les marchés et sur les places publiques est plus visible, notamment en ce qui concerne les Subsahariens, souvent accompagnés d'enfants en bas âge.à la charge de l'étatAu c'ur même de la capitale, de nombreuses femmes voilées, entourées de deux, trois voire quatre mômes à moitié habillés passent des heures sous un soleil de plomb en attendant que des mains charitables leur glissent quelques pièces ou des victuailles. Plus nombreuses il y a quelques années, les Syriennes ne sont plus aussi visibles qu'avant. En cette période de Ramadhan, nombre d'entre elles ont rejoint le centre mis à leur disposition par l'Etat à Sidi Fredj.Nommée à la tête du Croissant-Rouge algérien (CRA) il y a trois mois, Saïda Benhabylès explique que ces personnes qui sillonnent les villes et villages aussi bien du sud que du nord du pays ont le statut de «déplacés» et, de ce fait, sont à la charge de l'Etat qui reste souverain dans ses décisions. «Les pouvoirs publics ont mis en place des centres, deux à Ouargla, un à Tamanrasset, deux à Adrar et un à Sidi Fredj, pour la prise en charge des populations qui ont fui leurs pays et qui ont le statut de déplacés. Toutes les conditions d'une vie décente sont réunies dans ces centres où les pensionnaires ont droit à un hébergement, de la nourriture et une prise en charge sanitaire», explique Mme Benhabylès, précisant que «contrairement aux autres pays confrontés au phénomène de la migration, l'Algérie n'a pas de lieu de rétention entouré de barbelés. Elle a adopté une stratégie humanitaire de gestion du flux migratoire : les centres. Le principe de libre circulation est garanti à tous les pensionnaires».Raison pour laquelle, dit-elle, «il y a ceux qui préfèrent aller chercher un travail en se déplaçant dans les régions limitrophes des centres, à Adrar et Tamanrasset, ou encore en allant jusqu'à Tlemcen et Constantine comme le font les Syriens». Pour la présidente du CRA, il y a une nette différence entre les deux populations de déplacés : «Les Syriens se sont vite adaptés à la vie en Algérie. Il faut dire qu'ils représentent une communauté assez particulière, issue généralement de la classe moyenne, qui a les moyens de se prendre en charge.Plusieurs ont ouvert des commerces et arrivent à vivre dans de bonnes conditions. Ils ont préféré louer des appartements ou des chambres d'hôtel que de rester au centre de Sidi Fredj, où aujourd'hui, une quarantaine de familles seulement y résident avec leurs enfants, qui sont scolarisés. L'Etat leur a facilité l'accès aux écoles, aux soins et au gîte. De plus, la tendance est au retour, puisque beaucoup d'entre eux sont repartis.»Pour ce qui est des Subsahariens, ajoute t-elle, «ils sont de loin plus nombreux. Ils sont des milliers et représentent au moins une quarantaine de nationalités. Certains viennent de très loin, de Centrafrique, du Bénin, du Nigeria, etc. Ils viennent tous de pays confrontés à des conflits armés, mais aussi à la famine. Beaucoup à la recherche d'une vie décente, d'autres visent l'eldorado de l'Occident. Dans les centres, ils trouvent tout ce dont ils ont besoin. Ces centres d'accueil sont de véritables villes. Celui de Ouargla abrite près de 2400 pensionnaires de différentes nationalités, religions et de cultures. La cohabitation est certes difficile, mais la gestion reste pour les volontaires du CRA le principal souci», déclare Mme Benhabylès.La sensibilisation au retour dans le pays d'originePour la présidente du CRA, la gestion des centres d'accueil ne se limite pas à assurer le gîte et la nourriture aux déplacés, mais aussi à participer aux efforts dans les politiques de leur retour dans leur pays : «Nous faisons aussi un travail de sensibilisation en direction des ressortissants dont les pays ne sont pas touchés par les violences ou sont en voie de normalisation. L'exemple le plus récent est celui du Niger, dont le gouvernement a appelé ses ressortissants à revenir aux pays. Pour aider à ce retour, nos volontaires font dans le travail de proximité pour encourager les nigériens déplacés à rentrer chez eux. Certains y ont cru. Ils sont repartis avec l'aide de l'Etat, dans la dignité.D'autres ont préféré rester en Algérie. Il en est de même pour certains habitants du nord du Mali, qui ont émis le v'u de retourner dans leurs villages ; grâce à nos volontaires et aux moyens mis à leur disposition par les autorités, sont aujourd'hui bien installés à Kidal et à Gao. C'est pour vous dire que le travail du CRA ne se limite pas à donner à manger et à boire aux déplacés, mais aussi à les accompagner pour leur permettre d'avoir une vie décente et digne.» Pour ceux qui craignent les conséquences d'une telle liberté de mouvement pour les Subsahariens, la présidente du CRA répond : «Nous préférons que ces déplacés soient recensés et accueillis dans des centres, avec toutes les conditions de prise en charge sanitaire, avec comme premier souci la préservation de leur dignité plutôt que de les enfermer dans des prisons à ciel ouvert sous prétexte qu'ils sont présumés porteurs de maladies. Ces gens sont porteurs d'une grande détresse. Ils ne méritent pas d'être stigmatisés ni d'être enfermés. A Tamanrasset, un millier de migrants vivent dans des familles et l'aide est destinée justement à ces familles pour faire en sorte que leurs hôtes soient bien pris en charge, en attendant leur retour chez eux.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salima Tlemçani
Source : www.elwatan.com