Trois jours après la fin de la prise d'otages près d'In Amenas, les témoignages affluent. Les récits fournis permettent de reconstituer quatre jours d'enfer et de mettre en lumière le rôle joué par les Algériens.
Le groupe islamiste sur le site gazier du Sud de l'Algérie a utilisé les otages comme boucliers humains pour stopper les coups de feu tirés par les troupes algériennes depuis des hélicoptères.Il est le seul survivant d'un groupe de neuf otages. Un otage philippin raconte. Le groupe islamiste sur le site gazier du sud de l'Algérie a utilisé les otages comme boucliers humains pour stopper les coups de feu tirés par les troupes algériennes depuis des hélicoptères, a raconté hier ce rescapé.
«Chaque fois que les troupes du gouvernement essayaient de mitrailler l'ennemi depuis un hélicoptère, on se servait de nous comme boucliers humains», a déclaré Joseph Balmaceda, qui faisait partie des otages. «On nous demandait de lever les bras. Les forces gouvernementales ne pouvaient pas tirer sur eux tant que nous étions retenus», a ajouté l'homme, visiblement épuisé, à son arrivée à Manille.
«Je suis le seul à avoir survécu»
Il dit être le seul survivant d'un groupe de neuf otages placés à bord d'une camionnette sur laquelle les attaquants avaient fixé des explosifs et qui a explosé. Deux assaillants étaient en train de transférer les otages vers un local principal de l'usine gazière, mais la bombe a explosé lors de heurts avec les forces de sécurité algériennes, a ajouté Joseph Balmaceda, 42 ans. «La seule chose qui restait du véhicule, c'était l'arrière de la Land Cruiser», a-t-il dit. «Je suis le seul à avoir survécu car j'étais coincé entre deux roues de secours».
Le Philippin a ensuite rampé sur 300 mètres en direction des forces algériennes. «Lorsque je suis arrivé devant elles, je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital». Les deux assaillants qui conduisaient le véhicule ont eux aussi été tués, a-t-il indiqué. L'explosion de la voiture s'est produite selon lui au deuxième jour de la prise d'otages, qui avait démarré mercredi soir.
«Nous avons une dette éternelle envers les Algériens»
Khaled n'a «pas vu l'attaque contre l'autobus». Cet Algérien, ingénieur à Sonatrach, a été un des premiers otages libérés quelques heures après l'assaut des djihadistes. «J'ai entendu des rafales, des tirs nourris. Ensuite, celui qui était visiblement le chef du commando s'est adressé à nous. Il nous a dit s'appeler 'Belaouar', et a ajouté qu'il allait rapidement nous relâcher.
Ce sont les étrangers qui les intéressaient, ils ne voulaient qu'eux».«Les terroristes nous ont dit : 'Vous n'avez rien à faire dans cette histoire, vous êtes algériens et musulmans. On va vous relâcher», a affirmé Iba El Haza, un chauffeur algérien employé sur le complexe gazier. Un témoignage anonyme d'un autre employé algérien dans le Mail on Sunday corrobore ce récit : «Ils sont allés dans un des bâtiments, ont rassemblé les expatriés, les ont fait mettre en cercle et leur ont tous mis des explosifs autour du cou.
Nous autres Algériens, nous étions regroupés à part et nous étions traités avec bienveillance. Ils nous ont dit que nous ne serions pas tués car nous étions musulmans et qu'ils ne cherchaient que les chrétiens». D'après ce témoignage, les Algériens avaient le droit d'envoyer des SMS ou de passer des appels téléphoniques. Mais les ravisseurs ont fait couper le réseau pour empêcher les expatriés de le faire.
«Je me suis barricadé avec un autre collègue dans le bureau»
Samir, technicien supérieur, fait partie avec Khaled des premiers otages libérés. «Au moment de l'attaque des terroristes, j'étais dans ma chambre», explique cet Algérien originaire de Skikda, dans le nord du pays. Avec plusieurs collègues, Samir a profité de la confusion née d'un tir d'hélicoptère pour fausser compagnie aux ravisseurs. «On s'est dirigé vers une issue de secours qu'on a fait exploser avant d'aller ensuite vers un portail qu'on a cassé. En face, à deux mètres, il y avait les militaires : de peur qu'on nous tire dessus, nous avons avancé les mains en l'air. Dès qu'ils nous ont vus, les militaires ont cessé les tirs».
«Je me trouvais à l'extérieur du bureau quand j'ai vu les terroristes arriver», a de son côté raconté un otage roumain qui travaillait sur le complexe gazier. «Ils (les terroristes) ont commencé à tirer sur les gardiens, puis ils sont entrés et ont commencé à prendre des otages. Je me suis barricadé avec un autre collègue dans le bureau, en bloquant la porte avec un meuble», a expliqué cet ancien captif. Certains otages ont trouvé refuge dans de faux-plafonds. D'autres se sont cachés sous un lit, comme le Français Alexandre Berceaux.
«Je ne pourrais jamais dire assez de bien de ces gars»
«C'est encore très dur», car «c'était horrible». «J'ai entendu des tirs à quelques mètres», a raconté l'ex-otage, emmitouflé dans une épaisse parka noire, le regard perdu. Le calvaire a commencé avec les «alarmes qui ont retenti» très tôt mercredi matin. Alexandre Berceaux s'est alors dissimulé sous un lit, dans une chambre en préfabriqué.
«Pour cacher qui j'étais», explique-t-il. Dans un premier temps convaincu que «tout le monde était en danger» car «ça tirait partout», il réalise que les assaillants recherchent les expatriés. Durant ces quarante heures de cauchemar, ses collègues algériens, autorisés par les ravisseurs à se déplacer, ont pris «des risques énormes» pour lui apporter eau et nourriture.
Alan Wright et d'autres Occidentaux ont eux aussi tenu à rendre hommage à leurs collègues algériens. «Nous avons une dette éternelle à leur égard». Ces derniers ont aidé cet Ecossais de 37 ans à s'échapper avec d'autres expatriés. L'employé de BP s'est caché pendant près de 30 heures dans un bureau, en compagnie d'employés algériens du site, alors que les coups de feu se faisaient entendre à l'extérieur. «Les Algériens pouvaient se déplacer librement. Alors, on se disait :
's'ils sortent, ils (les preneurs d'otages) vont leur demander d'où ils viennent et ils vont venir fouiller ici», a relaté Alan Wright. «C'était ma plus grande crainte : qu'ils se rendent et que nous soyons pris. Je ne pourrais jamais dire assez de bien de ces gars qui étaient avec nous dans ce bureau et qui avaient la possibilité de se rendre et d'être en sécurité, mais qui ont décidé de rester avec nous et de nous aider à nous échapper», a indiqué l'ex-otage depuis son domicile en Ecosse, où il a retrouvé sa famille.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com