Le président de la cour de justice de Sétif a appelé à rapprocher les points de vue entre le juridique et le scientifique qui qualifie les contentieux médicaux, afin de répondre aux préoccupations des familles de malades et des médecins.La responsabilité du médecin et du chirurgien a été, hier, au siège du Club des avocats, l'objet d'une journée d'étude à l'initiative de la cour de Sétif, des Ordres des avocats et des médecins de la région de Sétif. S'adressant aux professionnels de santé et du droit, le président de la cour de justice de Sétif, Rachid Allène, a, d'emblée, affirmé avoir constaté une hausse du nombre d'affaires liées aux erreurs médicales au niveau des tribunaux. M. Allène a expliqué, à propos de l'objet de cette rencontre, que le but est de débattre des problèmes inhérents à la responsabilité des médecins, afin de trouver les solutions idoines aux questions qui taraudent les esprits des magistrats et des médecins. "Le problème de la responsabilité intéresse de plus en plus de larges franges de la société, car il y a une véritable prise de conscience des citoyens.
Cela a induit une augmentation du nombre d'affaires au niveau des tribunaux, à cause de la hausse des erreurs médicales dans les structures de santé publiques et privées", a déclaré le président de la cour de Sétif. Et de détailler : "Le patient est devenu de plus en plus exigeant car il voit que le praticien, qui a tous les moyens de diagnostiquer, peut mettre fin à sa souffrance, voire aux complications de sa maladie. C'est ce qui rend la profession plus complexe, nécessitant l'utilisation d'équipements et de matériaux modernes, dont pour certains, il est difficile de maîtriser les effets secondaires qui pourraient engendrer des dommages inattendus si le praticien ne prend pas les précautions nécessaires." M. Allène a, par ailleurs, insisté sur la nécessité de créer un équilibre entre les intérêts des deux parties, à savoir le médecin et le patient, car certaines erreurs médicales pourraient causer des dommages, d'où la responsabilité médicale. Il a, par ailleurs, appelé à répondre aux préoccupations des uns et des autres, en rapprochant les points de vue entre le juridique et le "scientifique technique" qui qualifie les contentieux médicaux.
Le directeur de la santé et de la population de la wilaya a indiqué que "les erreurs médicales ne sont pas propres à l'Algérie". En 2019, le directeur général de l'OMS a présenté des chiffres qui font froid dans le dos en indiquant que 2,6 millions de patients décèdent annuellement à la suite d'erreurs médicales, ainsi que les montants exorbitants payés par les structures sanitaires en guise d'indemnisation des victimes. De son côté, le Dr Nacir Diafat, président de la section ordinale de Sétif, a rappelé que le médecin a la responsabilité de soigner, pas de guérir : "Le médecin est responsable quand il n'assure pas les soins et non quand le patient ne guérit pas. Il a aussi l'obligation de recourir à l'utilisation des moyens et procédés scientifiques adoptés qui régissent le diagnostic et les soins des patients." Et de rappeler le rôle des conseils de l'Ordre dans la sensibilisation des praticiens et la nécessité d'exercer la noble mission, tout en respectant les règles modernes de leur exercice. Le Dr Diafat a aussi souligné que seule une loi spéciale, tant souhaitée par les praticiens, permettrait aux médecins d'exercer leur profession en toute liberté et assurance. Il a aussi plaidé pour la création d'un fonds spécial pour l'indemnisation des probables erreurs médicales.
S'agissant du nombre des victimes d'erreurs médicales et des plaintes déposées au conseil de l'Ordre, le Dr Abdelhak Mahdjoubi, propriétaire d'une clinique privée à Sétif et membre du conseil de l'Ordre de la région de Sétif, ne mâche pas ses mots : "Je peux vous dire que nous n'avons pas de juges spécialisés et même la culture juridique de nos médecins est pauvre, d'où la nécessité d'organiser ce genre d'opérations de formation continue, en présence des deux parties et des différents intervenants car il y a une incompréhension de part et d'autre." Et d'ajouter : "Nous devons expliquer aux médecins les outils juridiques dont ils doivent disposer, afin d'éviter de tomber dans la faute médicale, et aussi aux juges la faute médicale d'un point de vue technique."
"Les statistiques nationales n'existent pas, cependant, le nombre d'affaires au niveau de notre Conseil évolue rapidement surtout avec l'ouverture des cliniques et l'organisation de l'hospitalisation privée. Les patients sont devenus très demandeurs de réparations et exigeants. Cela fait plus de dix ans que je suis au Conseil de l'Ordre. Nous traitions cinq dossiers par semaine contre un dossier tous les deux à trois mois, il y a quelques années. On comprend que les gens se plaignent. Cependant, il est de notre devoir d'éclairer la justice car nous sommes un organe consultatif pour donner un avis technique sur l'acte médical, afin d'avoir un jugement très équilibré en fonction de la faute", a indiqué à Liberté le Dr Mahdjoubi.
FAOUZI SENOUSSAOUI
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Faouzi SENOUSSAOUI
Source : www.liberte-algerie.com