
- Depuis quelques mois, plusieurs entreprises publiques valsent au rythme des limogeages et des nominations sans lendemain. Cette tendance fait apparaître en toile de fond une espèce d'imprudence et de légèreté dans la gestion des actifs publics. Algérie Télécom, Saidal, Algérie Poste, des entreprises du secteur de l'eau? elles sont plusieurs à vivre une instabilité chronique depuis des années. Quelle lecture pouvez-vous en faire 'Il faut rappeler que l'Algérie présente un cas atypique en matière de propriété industrielle : les entreprises publiques sont des sociétés par actions à actionnaire unique : l'Etat. Ce propriétaire omnipotent organise, pilote et contrôle l'action du secteur public et oriente la direction en fonction des intérêts des décideurs, de la conjoncture ou tout simplement de l'humeur des puissants. C'est révélateur de l'immensité du gâchis industriel algérien.Déjà que l'acte de gestion n'est pas encore dépénalisé, chose limitant l'action des managers et réduisant leur espace de liberté entrepreneuriale et de prise de risque stratégique, l'on assiste à une terrible pression sur le double plan politique et bureaucratique qui s'exerce sur les dirigeants des entreprises. Cet état de fait a engendré une inertie managériale où l'on n'opère que sur injonction ou, dans le meilleur des cas, par petites doses thérapeutiques assurant la survie de l'entreprise ? sur le plan social cela s'entend, mais pas sur le plan financier.Dans l'esprit des managers, ce qui compte ce n'est pas le résultat financier mais la stabilité sociale, comme le maintien du paiement des salaires et l'évitement des licenciements, cheval de bataille des syndicats qui sont également propriété de l'Etat. Tout est conçu de sorte à ce que le secteur public soit une vitrine plus politique qu'économique du gouvernement, sans plus.- Quel est l'impact de cette instabilité sur le rendement, la productivité et les résultats des entreprises publiques, surtout lorsqu'on sait que certaines, dont Algérie Télécom et Saidal, évoluent dans un marché fortement concurrentiel 'Un effet négatif aggravant, sans plus. Parce que les résultats sont souvent négatifs pour la plupart des entreprises et les contre-performances sont légion. Excepté deux ou trois entreprises, toutes les autres présenteraient des bilans chétifs et pitoyables, passibles de faillite, n'était la générosité du porte-monnaie de l'Etat. J'en veux pour exemple le secteur du textile dans lequel l'Etat a injecté plus de 2 milliards de dollars pour éponger les dettes, mettre à niveau les actifs et le management et renforcer les ressorts de sa compétitivité. Avec de telles sommes, des Etats auraient créé une nouvelle industrie.Pour nous, ce fut un gouffre financier que personne n'ose pointer du doigt. Il faut savoir une chose : la structure actuelle de la propriété des entreprises, avec un monopole actionnarial de l'Etat, ne fera qu'accentuer la crise. La performance de l'Etat réside dans sa capacité à se désengager de la gestion, à réguler les forces du marché et à assurer un climat favorable à l'émancipation concurrentielle de ces entités. Bien des secteurs, comme ceux de l'hôtellerie, continuent à souffrir de la propriété de l'Etat. Ces «deniers publics» ? que l'on appelle culturellement «beylik» ? sont en proie à une véritable dilapidation, disons même une privatisation déguisée. Les moult scandales des EGT (entreprise de gestion touristique) et celui de l'hôtel El Djazaïr, dénoncés par des lanceurs d'alerte, ont saigné le Trésor public.- Depuis le dernier remaniement, des entreprises et non des moindres, à l'instar de Sonelgaz et la BEA, fonctionnent encore sans manager. N'est-ce pas un laisser-aller, voire une grave attitude 'Ceci explique une chose : la primauté de la sphère politique sur la sphère économique. C'est le gouvernement qui tient les rênes d'un secteur public budgétivore et contreperformant. La difficulté à nommer vite des responsables peut être expliquée par plusieurs facteurs : en premier lieu, il y a une véritable guerre des tranchées entre les factions de décideurs pour nommer des gestionnaires à la tête des entités publiques pour les contrôler et orienter leur action vers les intérêts claniques. L'allégeance et la soumission deviennent alors de vrais talents. Ensuite, la pression des syndicats qui voudraient aligner un acteur répondant à leur vision des choses, donc capable de servir leurs intérêts.Aussi, cette vacance peut être la volonté d'un ministre qui voudrait piloter, en qualité d'ordonnateur, l'action d'une entreprise publique. Quoi qu'il en soit, tout cela signifie que l'horloge des décideurs est bloquée sur le mode soviétique de gestion des entreprises publiques où le mérite, la performance, le profit relèveraient d'un pur «ésotérisme».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Titouche
Source : www.elwatan.com